Laporte, une audition tout en contrastes

  • Bernard Laporte, Mohed Altrad et Serge Simon ont défendu leurs positions avec fermeté face au tribunal. L’avenir nous dira si les trois hommes ont su être convaincants…
    Bernard Laporte, Mohed Altrad et Serge Simon ont défendu leurs positions avec fermeté face au tribunal. L’avenir nous dira si les trois hommes ont su être convaincants… Abaca / Icon Sport - Abaca / Icon Sport
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Cette deuxième semaine d’interrogatoire a permis au tribunal de clore le "cas Laporte". Celui-ci a-t-il été persuasif ? Le bilan est mitigé, pour tout dire…

Cette semaine, Bernard Laporte a changé d’attitude vis-à-vis des procureurs de la République, Céline Guillet et François-Xavier Dulin. Si le président de la FFR avait semblé, lors de la première journée de son interrogatoire, recevoir la leçon comme on l’aurait faite à un enfant, il a cette fois-ci défendu sa position avec fermeté, reprochant ici à l’accusation "un monologue", interpellant Céline Guillet ("Je peux parler ou vous décidez tout ?"), secouant François-Xavier Dulin ("Il joue sa carrière sur ce procès, lui"), obligeant parfois la présidente Rose-Marie Hunault à intervenir en ces termes pour apaiser la querelle : "Mais enfin, monsieur Laporte…" Comment interpréter le changement de posture du président de la fédération ? Ici, on imagine simplement que ses deux avocats, Fanny Colin et Jean-Pierre Versini-Campinchi, ont demandé à leur client de se comporter comme ce qu’il est dans les faits, soit "un présumé innocent" et que l’ancien sélectionneur des Bleus, largement secoué en début de procès et enchaînant les approximations, a reçu le message.

A-t-il oui ou non marqué des points cette semaine, aux yeux des trois membres du jury ? Sur certains aspects du dossier, oui. Concernant le report du match Montpellier-Racing 92, où il est ici reproché à Laporte d’avoir en mars 2017 tenu à maintenir la rencontre au préalable reportée par la LNR (au motif que les joueurs du Racing 92 avaient été perturbés par l’annonce de la fusion des deux clubs franciliens) afin de préserver les intérêts du MHR, l’élu fédéral a été clair : "Mais pour quelle raison aurions-nous dû reporter Montpellier-Racing ? Contrairement aux joueurs du Stade français, ceux du Racing ne faisaient pas grève, que je sache ! Et c’est d’ailleurs ce que disait à l’époque leur capitaine Henry Chavancy : "Nous voulons jouer". Nous nous sommes donc réunis en bureau fédéral et avons décidé d’engager notre droit à la réforme pour maintenir la rencontre. Le stade du MHR était plein, les hospitalités aussi : il était impossible d’annuler cette rencontre la veille".

Par ailleurs, le piège qu’a tenté lundi après-midi de lui tendre l’avocat d’Anticor (l’association luttant contre la corruption en France), Yann Gasnier, fut rapidement démonté par Bernard Laporte et ses conseillers. De quoi s’agit-il, au juste ? Le 14 février 2017, alors que se tient à Genève une réunion décisive de l’EPCR (l’instance gérant les coupes d’Europe), doit être tranchée la question du rachat du club de Gloucester (Premiership) par Mohed Altrad, déjà patron du MHR. Le "sujet étant éminemment politique", selon les termes alors employés par Serge Simon, c’est Bernard Laporte lui-même qui assista ce jour-là au vote, Pascal Papé, l’élu fédéral siégeant habituellement à l’EPCR, étant retenu sur d’autres fronts. "Monsieur Laporte, disait donc maître Gasnier, comment vous êtes vous rendu en Suisse ce jour-là ?En voiture, répondait l’ancien manager du RCT. J’étais au ski à Vars (Hautes-Alpes) et le trajet m’a pris environ 3 h 30. – Vous n’y êtes donc pas allé en avion ? Vraiment ?" Entendez par là qu’une rumeur avait un temps soufflé que Laporte, afin de rejoindre au plus vite la réunion de l’EPCR censée avoir un impact immédiat sur les intérêts de Mohed Altrad, avait emprunté le jet privé de ce dernier. Le sous-entendu volait même en éclats lorsque Fanny Colin, avocate du président de la Fédération, lançait aux juges : "Nous avons joint au dossier d’instruction une note de 80 euros de frais de péage correspondant au trajet effectué par M. Laporte ce jour-là." Passé la contre-attaque de la défense, la présidente s’étonnait néanmoins qu’un courriel récupéré dans l’ordinateur de Mohed Altrad dise ceci : "Bernard Laporte fait du lobbying pour nous". À ce titre, Bernie concluait : "Si j’avais voulu faire du lobbying, j’aurais appelé un à un mes alter ego des fédérations internationales. Or, je n’en ai pas appelé un. Le seul que j’ai contacté, c’est Simon Halliday (alors président de l’EPCR, N. D.L.R.) qui était favorable au rachat. Mais il savait que ça ne passerait pas, in fine." C’est ce qu’il se produisit.

La commission d’appel ? Son boulet au pied…

Au fil des jours, on comprend mieux ce qui semble agacer la présidente du jury Rose-Marie Hunault, chez le prévenu Laporte. Elle ? C’est une femme de dossiers, rigoureuse à l’extrême ; une magistrate crainte et respectée en son monde. Elle a ingéré, en quelques semaines à peine, toutes les subtilités de cette affaire hautement technique et complexe, disséqué tous les mécanismes d’une Ligue ou d’une fédération, analysé les rapports parfois conflictuels que peuvent entretenir monde amateur et associatif, rugby professionnel et univers amateur. Dès lors, elle a du mal à concevoir que Bernard Laporte, patron d’une fédération sportive depuis six ans, puisse être aussi léger sur certains aspects de sa fonction, qu’il méconnaisse le budget exact de la FFR, qu’il crée une commission d’éthique sans jamais vraiment y recourir lui-même, qu’il renvoie systématiquement le jury à Christian Dullin, secrétaire général en charge "des fonctions régaliennes". Laporte ? Il est un homme de "réseaux", pas de "dossiers". Il est selon ses termes le "représentant de la Fédération", son "premier commercial" et Mohed Altrad n’a d’ailleurs pas dit autre chose, lorsqu’il monta à la barre : "Bernard Laporte n’est pas parfait : c’est un homme de terrain et il ne connaît pas tous les statuts, les mécanismes d’une Fédération… Vous vous en êtes peut-être aperçu… Il délègue mais ne suit pas ses délégations au jour le jour. Et alors ? Paul Goze était pareil à la Ligue." Ce à quoi la présidente répondait : "Mais M. Goze n’est pas convoqué par le tribunal, M. Altrad." La relative désinvolture de Laporte sur les dossiers courants fait-elle de lui un coupable ? Évidemment, non. Mais cet aspect de sa personnalité le desservira forcément, au jour de la décision. Pourtant, c’est sur le sujet de la commission d’appel que Bernard Laporte fut le plus acculé par les procureurs et les juges. Pour mémoire, il lui est ici reproché une intervention supposée auprès de la commission d’appel de la FFR afin que celle-ci amoindrisse, en juin 2017, une sanction envers le MHR. Auditionné par les enquêteurs, Jean-Daniel Simonet, le président de la fameuse commission, disait dans le procès-verbal : "Bernard Laporte m’a appelé. J’ai été surpris par sa démarche. Il m’a dit que M. Altrad était un soutien de la France à la candidature pour l’obtention de la Coupe du monde et que cet entrepreneur faisait beaucoup pour le rugby amateur. J’ai compris ce qu’il voulait." Derrière ça, le tribunal exposait d’autres éléments de l’enquête policière : le témoignage de Florent Lajat, responsable juridique de la FFR, et de Philippe Peyramaure, qui siégeait alors à la commission d’appel présidée par Simonet. Le premier disait aux enquêteurs : "Jean-Daniel Simonet m’a appelé pour me dire que les trois membres, après un coup de fil de Bernard Laporte, avaient décidé de changer la sanction vis-à-vis du MHR. Je lui ai expliqué que c’était gênant." Le second ajoutait : "Au téléphone, monsieur Simonet m’a dit que M. Laporte était furieux, qu’il en allait de l’intérêt supérieur du rugby français d’amoindrir la sanction envers le MHR." À ces témoignages plutôt corsés, Bernard Laporte n’eut alors à opposer que sa parole…

"Je vais vous dire toute la vérité". C’est en ces termes que Mohed Altrad, le patron de Montpellier et sponsor maillot du XV de France, a démarré mardi son interrogatoire. Après une longue introduction au fil de laquelle le milliardaire héraultais évoqua son enfance en Syrie ("Ma mère avait 12 ans quand elle fut violée par le chef de la tribu. Puis j’ai été répudié par mon père…") et évoqué l’affaire d’un prisme purement émotionnel ("On dit à ma fille : "Ton père est pourri". C’est une situation difficile à vivre. Mais j’imagine que je suis devant vous parce que j’ai nui à l’harmonie des hommes…"), le patron du MHR, à qui il est ici reproché un "pacte de corruption" avec Bernard Laporte, a abordé les faits un à un. Ici, posons-nous la question : la présidente du jury a-t-elle été désarçonnée par la personnalité de Mohed Altrad ? Ou alors, celui-ci était-il mieux préparé que Laporte ? Toujours est-il qu’elle nous sembla moins virulente avec le patron du groupe AIA qu’elle ne le fut avec le président de la FFR deux jours durant. Quant au sujet du contrat d’image signé entre sa multinationale et l’élu fédéral, Altrad répondit ceci : "Moi, je n’ai pas vu le mal et mes avocats n’ont soulevé aucun souci lorsque je leur en ai parlé. Vous savez, je gère des milliards. Pourquoi aurais-je cherché à corrompre Bernard Laporte pour 150 000 euros ? C’est le plus petit montant que l’on peut proposer (à un consultant extérieur, N.D.L.R.) chez Altrad. Galthié avait 300 000 euros, on peut aller jusqu’à plusieurs millions." Parfois brillant dans ses explications, parfois empêtré dans des digressions qui firent s’étaler l’audience au-delà de 23 heures, Altrad a passé le premier écueil. Mais a-t-il réellement convaincu ?

Pour Altrad, une fin d’audience douloureuse

Serge Simon, appelé à la barre mercredi soir, est poursuivi pour "prise illégale d’intérêts". Il est reproché au vice-président de la FFR d’avoir donné instruction à Joël Dumé, alors patron des arbitres, d’envoyer un directeur de jeu (Romain Poite) pour conduire le match entre Montpellier et le Racing 92 de mars 2017, une rencontre pourtant précédemment reportée par la Ligue Nationale de Rugby, la LNR estimant que les Racingmen avaient été perturbés par l’annonce de la fusion parisienne. Simon s’est ainsi défendu : "J’ai participé à une chaîne de décision mais n’ai pas donné d’ordre à M. Dumé. Je n’aurai pas dû participer à cette chaîne de décisions, peut-être. Mais est-ce du pénal ? Est-ce que je mérite le tribunal correctionnel ? Répondez-moi : qu’est-ce que je fais là ?" Porte de Clichy, la température est brutalement montée de plusieurs crans lorsque le procureur, François-Xavier Dulin, a pris la parole pour interroger le prévenu Simon sur des sujets déjà effleurés par la présidente. Simon, à présent très agacé, a alors élevé la voix : "Je vous ai donné la réponse dix-huit fois, monsieur le procureur. Je vous adore, vous ! Mais vous êtes l’architecte d’un raisonnement qui ne tient pas !" "Vous me manquez de respect, ripostait aussitôt le procureur. Je vous signale que cela n’avait pas été le cas avec les autres prévenus et croyez-moi, c’est gênant…" Pourquoi Simon fut-il aussi véhément, sachant que dans les faits, il est le prévenu risquant le moins de sanctions ?

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