L'édito : Toulon, toujours différent

  • Franck Azéma et Pierre Mignoni (Toulon).
    Franck Azéma et Pierre Mignoni (Toulon). Icon Sport - Icon Sport
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L'édito du vendredi par Léo Faure... Le slogan avait été inventé par Mourad Boudjellal, pas exactement un novice pour tout ce qui a trait au marketing et, plus globalement, à la mise en lumière de son club. "Ici, tout est différent" décliné dans toutes les langues, et sur tous les supports de communication du club. Différent, ça l’était franchement, il faut bien le dire.

C’était même un feuilleton quotidien. Pas un jour de mer calme. C’était finalement raccord avec cet environnement méditerranéen et ces tempéraments exacerbés, exubérants, exigeants aussi, et exagérant sans mal toutes les émotions qui entourent la vie d’un club. À Toulon, tout était différent au point que le tumulte était parfois devenu contre-productif.

Avec ces principes d’instabilité, le RCT a gagné, beaucoup, et notamment lors de cette séquence 2012-2016 à l’effectif presque irréel. Deux finales et quatre titres. Insatiable. Toulon a aussi marqué parfois contre son camp, à force d’agitations inutiles.

Pierre Mignoni était de ce temps-là, adjoint de Bernard Laporte. Il a grandi à Mayol, au propre comme au figuré. Il est né à la vie à Besagne, à 100 mètres du stade. Il est aussi né comme entraîneur entre ces murs blancs, face au bleu de la mer, sous ce rouge et noir provençal qui l’a poursuivi affectivement toute sa vie.

De cette première époque "Toulon version Boudjellal", Mignoni sait toutes les qualités, tous les pièges aussi. Parti à Lyon, où il a pu se développer dans un contexte nettement moins hystérisant, il revient fort d’une rigueur, d’une méthode. Aussi d’une capacité à déléguer, ce qui lui fut longtemps reproché à ses débuts.

À ce sujet, c’est un défi ultime qui s’ouvre à lui. Il n’est plus question de déléguer, mais carrément de fractionner les responsabilités à parts égales. Mignoni-Azéma. Ou Azéma-Mignoni. Sans ordre prédéfini. Le duo a choisi d’ignorer les schémas hiérarchiques et de se placer sur la même estrade, au même rang. Pas de numéro 1, ni de numéro 2. Une addition de compétences plutôt qu’un ruissellement vertical des responsabilités, d’un chef vers son adjoint. C’est ainsi que le projet est vendu.

Est-il viable ? Jusqu’ici tout va bien. Les deux hommes s’apprécient et n’ont pas attendu de se rejoindre sur la rade pour le faire. Confidence : il y a cinq ans, on a avait posé la question à Franck Azéma de ses affinités dans le milieu et s’il se verrait, un jour, travailler en duo. Il avait répondu par deux noms. Dont celui de Pierre Mignoni.

Les deux hommes partagent aussi un élément essentiel à cet attelage innovant : aucun des deux ne court après la lumière et les honneurs. Ce qui devrait les aider à maintenir une bonne entente. Reste à savoir, quand viendront les premiers problèmes, qui tranchera. Qui aura le dernier mot. Et si, au bout de ce chemin de compromis, les frustrations de l’un et/ou l’autre n’auront pas raison de ce schéma participatif.

Pas si simple, vous l’aurez compris. Mais pas impossible. Et peut-être même diablement ingénieux, si cela venait à fonctionner. En tout cas, l’association des deux "ex" numéros 1 interpelle. Cela ne pouvait se faire qu’à Toulon, toujours un peu différent. C’est sa génétique. Maintenant, il faut gagner.

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