Portrait de François-Xavier Dulin, un procureur offensif à l’assaut du duo Laporte-Altrad

  • Mardi, Bernard Laporte entendra le réquisitoire du procureur François-Xavier Dulin pour ce qui sera, n’en doutons pas, le climax de ce procès.
    Mardi, Bernard Laporte entendra le réquisitoire du procureur François-Xavier Dulin pour ce qui sera, n’en doutons pas, le climax de ce procès. Abaca / Icon Sport - Abaca / Icon Sport
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La dernière semaine du procès « Altrad-Laporte » s’annonce brûlante et connaîtra probablement son point culminant mardi, à l’occasion du réquisitoire du procureur François-Xavier Dulin…

Cette semaine, le procès « Laporte-Altrad » va connaître une accélération soudaine et probablement, son point culminant. Mardi après-midi, le procureur François-Xavier Dulin devrait en effet livrer son réquisitoire, un exercice oratoire censé convaincre la présidente du tribunal, Rose-Marie Hunault, de la culpabilité des cinq prévenus de l’affaire qui nous occupe depuis désormais quinze jours. Lui ? C’est un jeune magistrat, sec comme un cotret et pourvu d’une épaisse chevelure poivre et sel. Orateur brillant, particulièrement clair, souvent théâtral voire un rien cabot, il est aujourd’hui reconnu dans le petit monde de la magistrature comme "un homme qui compte" et depuis le début du procès, a multiplié les « punchlines », comparant ici la société Score XV de Claude Atcher à « un vaisseau fantôme », reprochant ensuite à Bernard Laporte « un zéle tout particulier pour quelqu’un de supposément neutre, lorsqu’il est question de répondre au téléphone à Mohed Altrad », résumant enfin la position tenue par le président de la FFR depuis l’ouverture des débats en ces termes : « J’ai bien compris, monsieur Laporte, qu’il y avait pour vous d’un côté les ennemis et de l’autre les amis… dont je ne fais visiblement pas partie ». Le dernier réquisitoire dont François-Xavier Dulin fut l’auteur, l’an passé, a particulièrement marqué les esprits, le procureur ayant plaidé trois heures durant dans la sombre "affaire des sondages" ayant abouti à la condamnation à huit mois de prison ferme de Claude Guéant, l’ancien bras droit de Nicolas Sarkozy, une prouesse oratoire au fil de laquelle le magistrat avait d’ailleurs comparé l’Elysée de « Sarko » aux écuries d’Augias…

Pour être clair, François-Xavier Dulin ira au bout de son raisonnement et tentera de condamner lourdement Bernard Laporte, l’homme au centre de l’enquête des policiers de la BRDE (Brigade de Répression de la Délinquance Economique) et du procès en cours. Demandera-t-il mardi l’inégibilité de celui-ci ? C’est en effet ce qui se dessine et si, dans le pire des cas pour le prévenu Laporte, celle-ci était retenue par le tribunal au moment du délibéré (attendu dans un mois), elle conduirait tôt ou tard à la démission de l’élu, la sanction s’appliquant aussi pour un mandat en cours. On dit ici « tôt ou tard » puisque si Bernard Laporte était condamné en première instance – et on est évidemment très loin – ses avocats feraient sûrement appel de la décision et l’élu fédéral resterait en place un, voire deux ans de plus et peut-être même jusqu’à la fin de son mandat, soit en 2024. Dès lors, que les gros pardessus s’agitant à Marcoussis depuis le début du procès en espérant un strapontin ces prochaines semaines (« Nous devons nous préparer au pire ! », a-t-on récemment entendu…) mettent le « pied sur le ballon », pour emprunter à un lexique apparenté…

Dulin a repris le flambeau avec ardeur

De toute évidence, le procureur Dulin mettra donc ses tripes sur la table lorsqu’il entrera en scène, bien au fait de la portée médiatique du procès et tout aussi conscient qu’une enquête ayant duré quatre ans et mobilisé des dizaines de policiers ne saurait accoucher d’une relaxe ou d’une simple condamnation pour « prise illégale d’intérêts », l’équivalent d’une contravention dans ce genre de dossier. Joue-t-il ici « sa carrière », comme le lui souffla Bernard Laporte mercredi dernier, en pleine audience et à l’instant où le face à face entre Serge Simon et le procureur sentait le soufre ? On n’ira évidemment pas jusque-là. Toujours est-il que si Dulin n’était pas le magistrat en charge de l’affaire « Altrad-Laporte » lorsque celle-ci démarra, le procureur financier a depuis repris le flambeau avec l’ardeur d’un missionnaire : pour rappel, François-Xavier Dulin avait en effet succédé à l’automne 2020 à la tête du Parquet National Financier à Éric Russo, depuis devenu avocat pour le prospère cabinet Quinn Emanuel… spécialisé dans la défense des prévenus en col blanc. Passé le réquisitoire de François-Xavier Dulin, les avocats de la défense et ceux des parties civiles (Urssaf du Limousin, Ligue Nationale de Rugby, Anticor et FFR) livreront à leur tour leurs plaidoieries. Ça va secouer, pas vrai ?

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