Top 14 - Pierre Venayre (DG du Stade rochelais) : « Désormais, il faut se comporter en champions d’Europe »

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Pierre Venayre (directeur général de La Rochelle) - L’ancien centre maritime (2001-2007), désormais aux manettes du club aux côtés de Vincent Merling, évoque avec nous les retombées du titre européen et analyse ce qui fait aujourd’hui la force et la particularité du modèle rochelais.

Il est évidemment trop tôt pour tirer un bilan mais quelles sont vos premières sensations, en cette fin d’été ?

C’est un court mais bon début de saison. Si l’on avait dû tirer des enseignements rapides l’an passé, on n’aurait jamais cru pouvoir être champions d’Europe. Il faut rester prudent mais ce qu’on a perçu, c’est que le fait d’avoir été éliminés assez tôt a laissé le temps à l’équipe de se ressourcer un peu plus et aux nouveaux de s’intégrer. Ce que l’on peut retenir sur les premiers mois passés ensemble, c’est la très bonne adaptation des arrivants. C’est ce qui donne aussi une certaine dynamique au groupe et favorise de passer à autre chose. L’année dernière, nous étions restés longtemps sur les deux finales perdues. Il y avait eu beaucoup de difficultés à basculer. Là, avec la coupure, le titre qui a été célébré comme il faut et le nouveau cycle, j’ai l’impression que la transition a été plus facile.

Qu’a changé le titre européen ?

Ça a créé une dynamique incroyable, une curiosité médiatique, une attractivité forte de la marque avec encore plus d’entreprises qui veulent s’engager dans le projet. En interne, le titre ne change pas grand-chose. Le club garde sa stabilité, avec un système qui reste très collectif, où personne ne déborde : le président préside, le DG dirige, les entraîneurs entraînent. Ça nous conforte dans notre mode de gestion du club et dans notre actionnariat partagé, avec plus de 700 partenaires. C’est ce modèle qui a permis de nous développer et nous allons continuer sur cette voie. Ce qui change le plus, c’est la manière dont on est regardé, attendu. Quoi qu’on fasse, il faut se comporter en champions d’Europe désormais. Ça rehausse nos standards et nos exigences. C’est un nouveau chapitre de l’histoire du club mais il n’y a pas de rupture.

Au niveau de l’engouement, vous avez encore passé un palier...

C’est du jamais vu. Cet été, il y a eu 6000 personnes à un de nos trois entraînements ouverts, c’est dingue. Nous avons fait voyager la Coupe d’Europe dans la région et en France. Ça a généré une effervescence. Le moment sur le port de La Rochelle avait été hallucinant. C’est notre façon de vivre le club, de manière très communautaire. Le fait que la victoire soit autant partagée, ça la rend encore plus belle. C’est une grande équipe du Stade rochelais qui a gagné, mais c’est le trophée de tout un peuple.

On a le sentiment que l’aura du Stade rochelais se nationalise, en quelque sorte. Est-ce un vœu de votre part ?

La notoriété, ce n’est pas une fin en soi. On ne va pas transformer notre image pour ça. Ça pourrait être une menace. Nous partons du principe que si l’on continue à être crédible sportivement, performant économiquement et à enchaîner les guichets fermés, notre image sera bonne et notre personnalité atypique. De fait, la notoriété va se développer. Mais notre ancrage régional est la priorité. La dimension nationale, c’est du bonus.

Qu’est-ce qui pourrait menacer votre essor ?

Il faut alimenter la dynamique mais ne pas s’enflammer. C’est ça le piège. La chance que l’on a, au club, c’est que Vincent (Merling) est là depuis 30 ans, moi depuis 20 ans, Sébastien Boboul, Romain Carmignani et Robert Mohr ont connu les années creuses de Pro D2. On a même joué le maintien une saison. On connaît des heures brillantes mais on sait qu’il y a des cycles. Le jour où l’on aura l’impression que l’on est arrivé, ce sera la fin de tout. Ce qui est génial, c’est que le rugby français va très bien et est de plus en plus concurrentiel. Ça nous incite à rester en éveil.

Comment avez-vous géré l’afflux de demandes d’abonnements, plus fort que jamais, à l’intersaison ?

On a toujours plafonné les abonnements pour laisser un certain nombre de places à d’autres personnes et pour que le stade se régénère. Sur les 16000 places, il y a 13000 abonnés. Dans des périodes où l’engouement est aussi fort, les listes d’attente s’allongent et il y a de petites frustrations qui se créent, c’est inévitable. Il y a aujourd’hui un phénomène de rareté, c’est pourquoi les entreprises sont si demandeuses. Le sésame a une vraie valeur. Nous travaillons actuellement sur des projets d’extension de la capacité du stade pour 2023. C’est fait prudemment. On a vécu des périodes où l’on pouvait s’allonger dans les tribunes sans embêter personne. Ça fait quatre ans que c’est plein mais on ne sait pas comment ce sera dans dix ans. La vision est à moyen, long terme, en se disant qu’il faut que le stade reste plein. Ok, on peut jouer sur la jauge mais il ne faudrait pas que l’offre de places dépasse la demande. Il n’y aurait pas de cohérence à avoir un stade à 25 000.

Quels sont les travaux à l’ordre du jour ?

Il y aura une communication à ce sujet début octobre mais il y a un projet de développement d’une tribune avec création de places. On fait les choses petit à petit : on a été à 10 000, 12500, 15000, 16000 et là, ça portera la capacité à 16500-16700 personnes.

Un autre marqueur fort de l’embellie du Stade rochelais tient à sa force d’attractivité sur le marché des transferts...

Ça s’est construit progressivement. L’arrivée du centre d’entraînement a été un premier pas important. Ça a crédibilisé notre positionnement sportif. Quand un joueur visite les installations, ça veut dire quelque chose. Puis il y a eu la signature de Victor Vito qui a été notre première grande recrue. Ça a été marquant pour nous. Les joueurs l’ont appelé après et le bouche-à-oreille a fonctionné. À côté de ça, il y a notre stade qui est plein, la région qui est agréable… Il y a autre chose que je ressens, désormais : c’est que les joueurs perçoivent qu’en venant chez nous, ils peuvent à la fois gagner et avoir des ambitions internationales. Ça peut même être un accélérateur de carrière pour le XV de France. Quand on voit un joueur comme Brice (Dulin) qui s’est relancé ou ceux qui ont découvert les Bleus en se développant au sein du club… Dans un plan de carrière, ça a du sens. Il y a en plus un staff attractif, autour de Ronan O’Gara, et un climat serein.

Pour repousser ses limites, le Stade rochelais devra-t-il s’accoutumer à la victoire ? Cela, dans la mesure, où le succès en Champions Cup avait peut-être constitué un aboutissement avant les phases finales de Top 14, la saison passée...

La semaine d’après la finale, l’équipe a gagné à Lyon, tout de même. Je n’ai pas l’impression qu’elle se soit liquéfiée. L’appétit était encore énorme. Après, peut-être que les gars étaient fatigués, tout simplement, après cette performance majuscule et les quelques festivités qui avaient suivi. D’un point de vue émotionnel, ça avait été très fort. L’ambition et l’envie étaient là. Il a peut-être manqué de l’énergie. En tout cas, ça a été vécu comme une déception. Je peux vous dire qu’un coach comme Ronan, qui a une soif de vaincre impressionnante, déplafonne votre ambition. On l’avait vécu avec Patrice (Collazo), déjà. Il avait été le premier à nous dire : “On peut être champions de France”. Au début, on ne le croyait pas trop. Puis en 2017, l’équipe a terminé première du Top 14 et on s’est dit : “Il avait raison.” Lui, Jono (Gibbes) ou Ronan, ce sont des entraîneurs qui ont eu du succès dans leur carrière. Je pense aussi à Philippe Gardent, en charge de la préparation physique, qui a une autre expérience et amène une autre vision. Cet amalgame entre eux et des gars du cru, des personnes compétentes, également, fait notre richesse. Tout ça vient nourrir notre projet.

L’impératif de résultat va devenir plus fort pour vous : êtes-vous parés à cette attente ?

On ne focalise pas le projet sur le fait de gagner mais sur notre identité, notre culture et notre vie de club. Être champion, c’est une chose. L’être plusieurs fois, ce serait la confirmation que le club a un nouveau statut. Mais nous n’écrivons pas dans nos objectifs que l’on veut être champion d’Europe et gagner le Brennus. Il y a des projets mis en œuvre pour développer au mieux la performance afin de pouvoir remporter ces titres. Le jour où il faudra s’inquiéter, c’est quand l’on ne respectera plus les fondamentaux, quand on transgressera nos valeurs, quand on ne sera plus aligné entre nous…

Avez-vous la crainte de décevoir ? C’est la rançon de la gloire pour tous les vainqueurs passés...

Je sais que l’on a plus de chance de décevoir une fois que l’on a touché le Graal mais ça ne nous soucie pas trop. Tant que l’on respecte notre identité et que l’on reste à la hauteur en termes d’exigence, nous avons un public qui aime suffisamment le club pour savoir qu’il y aura des hauts et des bas. En fait, on avait plus de pression après les deux finales perdues. Déjà, retourner en finale, c’était dur. Mais si l’on y trébuchait une troisième fois de suite, alors… Le fait d’avoir gagné l’an passé, ça nous a enlevé ce poids.

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