Jacques Rivoal (Président du GIP France 2023) : « Nous sommes tournés vers l’avenir »

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Jacques Rivoal (Président du GIP France 2023) L’ancien patron de Volkswagen France, s’affiche en pleine lumière depuis le limogeage de Claude Atcher. Il prend la parole pour la première fois, revient sur la rentrée très agitée qui a mis sous l’éteignoir les animations prévues dans le cadre du J-365.

Vous avez pris en mains le pilotage du GIP, après la mise à l’écart de Claude Atcher. Quels ont été vos premières missions ?
On s’est d’emblée focalisé sur la mise en place d’un plan d’action que l’on pourrait résumer autour de deux grands mots, forts : l’ouverture afin de mobiliser autour de nous l’ensemble des parties prenantes, qu’il s’agisse de la FFR et de toute la famille du rugby, de l’État, des collectivités hôtes, en particulier les villes et métropoles où vont se jouer les matchs, les sponsors et World Rugby. Tout l’écosystème doit être rassemblé derrière nous, au service de l’événement.
Deuxième élément : la collégialité avec une gouvernance tricéphale entre le président que je suis et qui est désormais investi de manière plus opérationnelle, Julien Collette (directeur général adjoint chargé d’exercer la direction générale par intérim) et Martine Nemececk (directrice du tournoi). Nous additionnons nos expériences et nos compétences pour délivrer ce formidable événement.

Vous êtes désormais opérationnels ?
Oui, nous sommes tous les trois à la barre en relation permanente avec les parties prenantes. Nous mettons en place de nouvelles instances de gouvernance, en essayant d’introduire plus d’autonomie, de délégation et de responsabilité des équipes.

Avez-vous des informations quant au limogeage de Claude Atcher et aux rapports des commissions d’éthique ou de l’inspection du travail ?
Je peux juste vous dire ce que vous savez déjà : le rapport du comité d’éthique sur le management de Claude Atcher a motivé la décision de le suspendre. Nous attendons le rapport de l’inspection du travail pour envisager d’autres suites.

À la lecture de votre réorganisation et de vos engagements, il semble acté qu’Atcher ne reviendra pas. Sauf que le rapport d’enquête n’est toujours pas tombé… Le flou persiste donc.
Nous sommes tournés vers l’avenir, autour de la nouvelle gouvernance que nous avons mise en place et de la poursuite de l’organisation du tournoi. Pour le reste, nous attendons les conclusions de l’inspection du travail, comme il est normal.

L’image de France 2023 a-t-elle été dégradée ?
L’image de l’événement ne semble pas avoir pâti de cet épisode lié au fonctionnement interne du GIP : la mise en vente de billets à l’unité les 13 et 15 septembre dernier a ainsi été un succès total ! Pour le reste, l’épisode est derrière nous. Il y a de la réassurance qui s’est installée depuis. Vous savez, j’ai passé beaucoup de temps à rencontrer nos différentes parties prenantes, je vais les revoir prochainement lors d’une grande réunion. J’ai ressenti de la frustration de ne pas pouvoir partager les choses, entre sponsors par exemple, autour d’un club des sponsors. Notre rôle est celui d’un facilitateur. Pour ce qui est des villes et métropoles hôtes, nous les avons également vues. Et nous allons également rassembler les Ligues régionales de la FFR, avec la volonté qu’elles travaillent plus étroitement ensemble, avec les collectivités et le GIP.

Beaucoup de noms ont circulé et circulent encore pour prendre la direction du GIP et livrer la Coupe du monde. Serez-vous donc un président opérationnel de transition ou irez-vous jusqu’au bout ?
J’ai été élu il y a quatre ans maintenant, réélu l’année dernière. Mon mandat court donc jusqu’à fin 2024. Je me considère donc comme un président extrêmement investi dans la conduite de ce projet et aujourd’hui complètement opérationnel avec Julien et Martine.

Un mot sur l’ambiance au sein des équipes du GIP. Selon nos informations, le climat reste lourd…
Je crois que les gens ont compris. On a travaillé beaucoup la communication interne, pour expliquer aux gens ce qui s’est passé et ce que l’on veut faire. Il y a toujours un peu d’attentisme, même si les gens comprennent. Et puis en trois semaines, nous n’avons pas encore eu le temps de déployer complètement la réorganisation, ni même défini les délégations de pouvoir et de signature que l’on veut mettre en place. Du coup, il y a une attente légitime de nos collaborateurs mais nous n’allons pas les décevoir. L’énergie et la compétence sont là, c’est à nous de les mobiliser. Je leur ai dit qu’ils avaient une mission fantastique : produire de l’émotion sportive. Et pour cela, il faut être épanoui dans son job.

Cela ne se décrète pas du jour au lendemain. Cela demande du temps…
Vous avez raison, cela demande du temps, de la pédagogie et de la communication. L’intention est là, il faut le réaliser. Je suis très confiant sur le fait que notre plan d’action sera mis en place dans les jours à venir, d’ici à la fin septembre.

Allez-vous renforcer les équipes, alors que les choses vont forcément s’accélérer à moins d’un an de l’événement ?
Oui. On va « staffer » après avoir identifié certains besoins « RH » qui n’étaient pas satisfaits. On a décidé de lancer les processus de recrutement pour combler ces manques sur certains métiers comme la communication, fonction RH ou le sponsoring. Sans oublier des compétences plus techniques sur l’organisation du tournoi.

Vous étiez en place, aux côtés de Claude Atcher. N’aviez-vous rien vu de la problématique de management brutal qui a été dénoncée ?
J’étais un président non exécutif, je présidais le Conseil d’administration, les Assemblées générales et quelques réunions. Je n’étais pas là tous les jours et n’avais pas de bureau. Ce qui nous a marqué, je parle des gens qui étaient comme moi autour de l’événement, c’est qu’il n’y a eu aucun signe avant-coureur. Les langues se sont déliées ensuite. Cela m’a frappé, et je me suis posé pas mal de questions à propos de la manière de capter les signaux faibles. En toute humilité, on n’a pas su les voir, et les interpréter. Je m’interroge beaucoup là-dessus.

Quels sont les enjeux majeurs pour le comité d’organisation, dans les mois à venir ?
Nous avons désormais vendu toute la billetterie « grand public », il reste un tiers du programme « hospitalité » à commercialiser. Du point de vue des revenus, les voyants sont plutôt au vert avec les succès de la billetterie, du sponsoring et de l’engagement des collectivités. C’est bien engagé.

Est-il difficile de rendre hommage au travail de Claude Atcher, artisan de cette réussite ?
Je suis complètement transparent là-dessus : si l’organisation de la Coupe du monde a été remportée par la France, c’est grâce à l’investissement de deux personnes : Claude Atcher et Bernard Laporte. Et si le dossier est aussi bien engagé aujourd’hui, c’est grâce à tout ce qui a été fait par le Directeur général précédent. Il n’y a pas de débat par rapport à ça.

Revenons aux enjeux, à l’avenir et aux chantiers prioritaires…
Cela commence, je le répète, par l’ouverture et la mobilisation de l’énergie collective des parties prenantes.

Mais au-delà, quels enjeux ?
Au niveau opérationnel, il y a d’abord l’organisation du Tournoi avec sa décentralisation vers les neuf villes hôtes et nos directeurs de sites qui vont gérer les quarante-huit matchs. Dans le même temps, nous devons boucler le programme des volontaires, avec un recrutement de quatre mille à cinq mille personnes qui est en cours de finalisation.

Où en êtes-vous des projets connexes à l’organisation du tournoi, tels la « Mêlée des cœurs », le « Tournoi des quartiers » ou le programme « Campus » ?
On les regarde tous. Ce sont des très beaux projets, qui s’inscrivent pour beaucoup dans notre projet « RSE ». Il faut que l’on tienne nos ambitions et que l’on respecte l’héritage. Notre problématique actuelle, c’est de les sécuriser et d’avoir les moyens de livrer ce que l’on a promis. Pour les apprentis, l’ambition est belle mais un comité d’organisation n’est pas un centre de formation. Et puis, clairement, on voit que nous aurons du mal à satisfaire nos ambitions sur certains métiers ; pas sur le sport mais en ce qui concerne les domaines du tourisme ou de la sécurité. Pour ce dernier domaine, on manque de personnes intéressées.

Vous parlez d’héritage. Claude Atcher avait annoncé 100 millions d’euros pour le rugby français. Êtes-vous toujours aligné sur ce montant ?
La revue budgétaire approuvée par le conseil d’administration le 16 juin dernier table sur un objectif de 68 millions d’euros.

C’est ce qui est « sécurisé » à date ?
C’est la cible mais il faut que l’on regarde tout ça car l’enjeu est majeur. Nous sommes confrontés à l’inflation et à des besoins supplémentaires en « RH » ainsi que quelques risques sur d’autres postes. Il y a des risques et on verra aussi, lors de notre revue budgétaire, s’il y a des opportunités. Peut-être que si tout se passe bien au niveau des hospitalités, nous pourrons dépasser le chiffre d’affaires prévu. On verra où on va atterrir et où nous en serons en termes d’héritage (FFR, le rugby pro et les collectivités). Une chose est sûre, nous devons tout faire pour sécuriser l’événement.

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