Top 14 - Arthur Iturria : « Il faut remettre Clermont à sa place »

  • Le troisième ligne et capitaine de Clermont Arthur Iturria
    Le troisième ligne et capitaine de Clermont Arthur Iturria Icon Sport - Romain Biard
Publié le , mis à jour

Le capitaine clermontois le dit fermement : fini la transition ou la reconstruction. Ambitieux, il incite ses coéquipiers à prendre leur destin en main pour retrouver les sommets.

Que change cette victoire face à La Rochelle ?

Ce match était peut-être un peu plus important parce qu’on connaissait la qualité de l’adversaire, son statut de champion d’Europe et d’équipe invaincue en Top 14. Dire qu’on l’a préparé comme tous les matchs, ça ne serait pas vrai. À domicile, aussi, on ne pouvait pas se rater. Tout cela nous a mis une petite pression supplémentaire.

Ce match vous apporte des réponses sur votre niveau ?

Sur notre capacité à être constants, oui. Nous avions fait 60 bonnes minutes à Toulon, il fallait confirmer. On l’a fait, avec un bel état d’esprit. C’est en ce sens que ce match nous apporte des réponses. Il faut continuer.

Il y a longtemps qu’on n’avait pas vu Clermont mettre un tel cœur au combat. Quel a été le déclencheur ?

C’est vrai, j’ai eu un ressenti un peu particulier sur ce match, quelque chose que je n’avais pas senti depuis longtemps dans l’équipe. Je ne sais pas s’il y a vraiment un déclencheur. C’est surtout une accumulation d’investissements individuels qui crée cette connexion. La qualité de l’adversaire a mis chacun de nous en éveil. Nous n’avions pas envie de passer pour des clowns devant notre public.

Ces dernières années, on a souvent pointé les manques de Clermont dans le combat. Était-ce Vexant ? Motivant ?

En ce qui me concerne, ni l’un ni l’autre. Je sais qu’il y en a qui apprécient moins, à qui cela casse un peu les bonbons. Moi, je ne me formalise pas. Depuis quelque temps, on n’a pas très bonne presse, c’est vrai. Clermont n’est plus toujours cité parmi les favoris. Mais chacun son métier. Je vais essayer de bien faire le mien, bien bosser aux entraînements, bien reproduire en match pour changer l’image du club. Et je ne vais surtout pas commencer à commenter le boulot des autres.

Jules Plisson disait qu’avec une défaite face au Stade rochelais, on aurait reparlé d’une saison de transition à Clermont. Ce n’est plus le cas ? La transition, c’est fini ?

J’en ai parlé la dernière fois : il faut arrêter de parler de transition, de construction ou de reconstruction. On ne doit plus se cacher derrière ça. On est l’ASM, on se doit d’être ambitieux. Un nouveau staff est installé et maintenant, on avance. Plus question de transition. Il faut remettre Clermont à sa place, on est là pour ça. Sur le terrain, je vois des grands garçons. Même les jeunes sont en fait là depuis deux ou trois ans. Plus le droit de se cacher. Si on est intransigeants avec nous-même, qu’on ne se cherche plus d’excuses, on remettra Clermont là où il doit être.

Que vous a-t-il manqué l’an dernier pour rentrer dans le peloton des 6 qualifiés ?

Le contenu des matchs n’était pas très bon, on le sait. Il n’y avait jamais de stabilité dans nos performances. Un manque de rigueur, quelques faiblesses dans la dimension mentale aussi, avec tous ces points ratés à l’extérieur. Au final, ça fait la différence.

Les départs de Camille Lopez et Morgan Parra ont été largement commentés. Au-delà de la perte humaine et sportive, y a-t-il du positif dans ces départs ?

Ce sont deux excellents joueurs, je ne vous révèle rien. Ils ont incarné ce club. Mais personne n’est irremplaçable. Sportivement, Jules (Plisson) et Antho’ (Belleau) doivent prendre leur place.

Et dans votre rôle de capitaine ?

On se complétait bien avec Morgan. Je ne pense pas avoir changé ma manière de faire. J’ai l’impression d’être le même. C’est vrai que le départ de Morgan a libéré un peu d’espace. Sa présence était forte dans le vestiaire, il était écouté. Mais on s’entendait très bien et il m’a beaucoup épaulé.

Face à La Rochelle, vous avez impressionné en touche. Y a-t-il une méthode Ledevedec ?

Julien a pris une place que Jono occupait un peu l’an dernier, mais il ne pouvait pas tout faire. C’était une bonne chose d’étoffer le staff à ce niveau-là. Et ça fonctionne bien, d’autant que Julien est quelqu’un d’hyper ouvert. Il arrive avec ses idées mais tu peux discuter avec lui. Il n’est pas fermé sur ses positions. Je retiens surtout ça de lui. Il propose, on échange et il nous pousse à oser, à tenter.

Vous avez volé trois ballons : un travail de lecture ou de systèmes ?

Un peu les deux : Julien nous donne plusieurs systèmes défensifs. Ensuite, à nous de choisir le bon suivant le moment du match, la zone, le scénario. La touche défensive, c’est une question d’alchimie.

À titre personnel, vous êtes l’auteur d’un excellent début de saison. Comment l’expliquez-vous ?

Déjà, je joue et j’enchaîne. Depuis combien de temps n’avais-je pas disputé quatre rencontres de suite à 80 minutes ? J’y réfléchis en début de semaine et je ne m’en souviens même pas. Pour y parvenir, j’ai bossé cet été, avec le programme du club mais aussi de façon aussi personnelle. Je m’étais blessé à la voûte plantaire en fin de saison dernière, j’avais terminé sur cette frustration. Donc je n’ai pas vraiment coupé, comme on peut le faire quand on sort d’une saison à 35 matchs. Là, j’avais vraiment à cœur de revenir fort. Je ne voulais pas passer pour un gland à mon retour, le mec qui est soit pété, soit en méforme.

Qu’avez-vous fait ?

J’allais à la salle de musculation, au Pays basque. J’ai aussi fait des sports de raquette, un peu de pelote basque avec Camille (Lopez) qui venait de s’installer. De toute façon, là-bas, tout le monde joue et il y a toujours un de disponible pour une partie. Je suis aussi pas mal allé courir avec des potes, dans les chemins. Je suis toujours à la recherche du plaisir. L’été, c’est important. En vacances, je n’arrive pas à faire comme ceux qui s’obligent à des séances de fractionné.

Vous n’avez plus goûté à l’équipe de France depuis le Mondial 2019 au Japon. Cela reste-t-il un objectif pour vous ?

Ce n’est en tout cas pas l’objectif que je me suis fixé. Vous l’avez dit, je n’y suis plus depuis 2019 et quand je vois la qualité de cette équipe de France, les supers joueurs et la profondeur d’effectif qu’ils ont, je ne veux pas me faire de faux espoirs. Mon objectif, c’est une grosse entame de saison en club et surtout d’enchaîner les matchs. Ensuite, si l’équipe de France vient, ce sera un super bonus. Mais je n’en fais pas une obsession.

Au début, était-ce une frustration ?

Ça l’a été, oui, à la Coupe du monde et juste après. Je me suis blessé en finale Top 14 juste avant et je n’ai jamais trop eu le temps de retrouver la forme. Ensuite, j’ai enchaîné du moins bon avec du mauvais. Il faut le dire. Il n’y a donc pas de frustration à avoir : quand tu es très bon, tu es appelé. Je ne l’étais pas, je suis lucide par rapport à ça, et je ne méritais donc pas d’être appelé.

Au Japon, vous n’aviez pas caché votre déception d’être replacé en deuxième ligne. Payez-vous cette franchise ?

Peut-être que je suis un peu trop honnête, je ne sais pas. J’ai dit ce que je ressentais, c’est tout. En deuxième ligne, je peux dépanner. Mais je suis mieux en 3e ligne.

Vous serez en fin de contrat en juin prochain. Quelle est la suite ?

J’y réfléchis actuellement, avec ma compagne. Pour l’instant, je ne sais pas trop. C’est un peu flou, pour le moment, parce que je n’ai pas envie d’y penser franchement. Je veux d’abord me concentrer sur le sportif, sur ce début de saison hyper important pour moi. Ensuite, je me pencherai sur mon avenir.

Plutôt envie de rester ou de partir ?

Vraiment, je n’y ai pas trop réfléchi. J’attends de voir mon niveau, aussi celui de l’équipe. Pour l’instant, je suis ouvert à tout. J’imagine que cela se décantera vers la fin de l’année mais je ne sais même trop comment cela se passe. C’est la première fois que je suis dans cette situation. Jusqu’ici, j’avais toujours prolongé plus d’un an avant la fin de mon contrat. Donc je découvre un peu ça. Pour l’instant, je n’en fais pas une fixation.

Vous n’avez jamais caché votre attachement à votre Pays basque originel. Est-ce une tentation pour la suite de votre carrière ?

Oui, j’y suis très attaché. Ma compagne est de là-bas, moi aussi. Mon fils est également né là-bas. J’aime vraiment Clermont, il y a longtemps que je vis ici et je m’y sens bien. Mais le Pays basque, c’est particulier pour moi. Est-ce que ce pourrait être une destination de carrière ? Il faudrait voir ce qui se met en place au niveau du rugby. J’ai le temps de regarder et d’analyser tout ça, je ne suis pas pressé.

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