L'édito : l’heure des dames

  • Laure Sansus (France).
    Laure Sansus (France). Icon Sport - Icon Sport
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L'édito du vendredi par Léo Faure... Évitant les pièges et les excès d’un temps où la question féminine se place au centre de tout, à commencer par le débat public, ces filles en Bleu se dressent en plus bel étendard de cette nécessaire question féministe : elles ne revendiquent rien de cette cause qu’elles défendent pourtant autrement mieux que par de beaux discours sans suite et souvent récupérateurs ; les Bleues de France travaillent par l’acte. Et l’exemple.

Moins belliqueux, c’est vrai, et moins violent dans sa globalité, le rugby qu’elles pratiquent séduit désormais en masse. Un sport qui retrouve ici ses idéaux de déplacement, d’évitement et de vitesse, abandonnant aux hommes la culture du "tout frontal" qui a encore sacré les Sud-Africains, lors de la dernière Coupe du monde au Japon. Un sport plus aéré, plus frais aussi. Et cela se retrouve dans leur capacité à conquérir de nouveaux publics : les audiences du rugby féminin sont à la hausse, leur nombre de licenciées aussi.

Ces belles promesses d’avenir doivent désormais trouver leur validation dans une épopée. Une belle histoire, comme le marqueur d’un temps qui change. En Nouvelle-Zélande, à partir de ce week-end, les Bleues pourront devenir la première équipe de France senior championne du monde de rugby. Ce qui acterait définitivement leur entrée de plain-pied dans la grande histoire de leur sport.

L’affaire n’aura pourtant rien de simple. Si le rugby féminin n’a pas encore la densité de celui des hommes, où une douzaine de nations postulent aux phases finales, il est aussi plus ancré dans sa hiérarchie. Plus stable. Pour les Bleues, qu’il est légitime de considérer comme la troisième nation mondiale, le plafond de verre est épais. Leurs écueils se nomment l’Angleterre et la Nouvelle-Zélande. Deux nations seulement qui nous devancent, c’est peu. Mais battre la première semble parfois appartenir au registre de l’utopie, quand triompher de la seconde apparaît encore comme un exploit. Voilà pour les enjeux et les défis de cette Coupe du monde.

Pour brouiller un peu plus ces cartes, les Bleues se sont offert un luxe qu’elles n’avaient peut-être pas : changer de staff, de méthode et de discours à seulement 6 mois de la Coupe du monde. Une énième défaite contre l’Angleterre, dans le dernier Tournoi des 6 nations, a fait éclaté au grand jour les tensions internes. Exit Samuel Cherouk (entraîneur de la conquête) et Stéphane Eymard (entraîneur de l’attaque), pourtant assis sur un bilan flatteur et une amélioration certaine de cette équipe depuis leur prise de fonctions. Le Landais Thomas Darracq, qui les avait rejoints en cours de mission, est désormais aux manettes.

Le changement qu’il fallait ? Si proche d’une telle échéance, le procédé est risqué. Et une récente défaite contre l’Italie, en match de préparation, n’a rien pour rassurer son monde. Mais ces Bleues, au cœur immense, ont prouvé par le passé leur capacité à se transcender dans les grands événements. Celui qui s’ouvre cette nuit à l’Eden Park d’Auckland en est évidemment un. Et pour ces dames, il est désormais l’heure de valider toutes les belles promesses des dernières années.

Léo FAURE
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