XV de France féminin - Caroline Drouin : « En 12, je pose le cerveau ! »

  • Caroline Drouin a été alignée à l'ouverture face à l'Afrique du Sud mais peut également évoluer au poste de premier centre.
    Caroline Drouin a été alignée à l'ouverture face à l'Afrique du Sud mais peut également évoluer au poste de premier centre. Icon Sport
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Titulaire et auteure d’un essai lors de la dernière victoire Bleue contre l’Angleterre, à Grenoble en 2018, la demi d’ouverture évoque ses bons souvenirs, décrypte l’Angleterre, futur adversaire des Bleues, et parle
du plaisir qu’elle prend à changer de poste, entre l’ouverture et le centre.

Quels souvenirs gardez-vous de votre dernière victoire contre l’Angleterre, acquise en fin de match au Stade des Alpes de Grenoble ?

Que de bons souvenirs ! Le Stade des Alpes était plein, il y avait une ambiance de folie… On savait qu’en les battant, on se donnait une chance de faire le grand chelem. Je me souviens d’un match âpre, très engagé comme toujours contre les Anglaises. Je revois aussi ce dernier essai de Jess’ (Jessy Trémoulière, N.D.L.R.) qui s’arrache pour marquer à la 77e minute. C’était fou.

Comment s’était passée la semaine ?

Très sérieuse. On avait insisté sur le fait qu’on pouvait le faire. On avait de la rancœur aussi, par rapport à notre défaite en demi-finale face à elles lors de la Coupe du monde 2017. Ce jour-là, on ne s’était pas adaptées à des conditions climatiques désastreuses. À cette époque, on pratiquait un jeu vraiment déployé, on déplaçait énormément le ballon mais nous n’avions pas su utiliser davantage le pied lors de la demi-finale. Cela nous avait laissé beaucoup de frustration et on avait fini troisièmes, en gagnant contre les USA.

Revenons à 2018. Vous souvenez-vous de votre essai marqué juste avant la mi-temps ?

C’était un essai d’avant ! J’étais allée « péter » dans la défense à cinq mètres de la ligne. Je me souviens surtout de l’explosion de joie qui l’avait suivi : toutes les filles m’avaient sauté dans les bras en même temps. Le match était serré, cet essai nous permettait de repasser devant juste avant la mi-temps, donc c’était parfait.

Vous êtes encore nombreuses à avoir vécu ce moment. Est-ce important pour le groupe ?

Même s’il y a eu beaucoup de rotation dans le groupe ces dernières années, on est nombreuses à savoir que l’on peut les vaincre. C’est important en termes d’expérience collective.

D’autant plus si vous vous mettez à la place de vos jeunes coéquipières, qui n’ont connu que des défaites contre les Anglaises…

Mentalement, il n’y a pas de blocage. Mais c’est sûr que les plus récentes capées n’ont pas encore vécu cela. Dans ces situations, un cercle vicieux peut se créer et c’est à nous de les remettre en confiance, de leur dire qu’elles ne doivent pas voir l’Angleterre comme une équipe impossible à battre. On a les clés pour les vaincre.

Sentez-vous les jeunes joueuses inhibées par ces défaites ?

Je ne pense pas car leur jeunesse leur donne une sorte de fraîcheur. Cette série de défaites impacte davantage les joueuses comme nous. Les jeunes ne doivent pas se poser de questions et on doit les encourager à penser positivement, en leur disant que c’est faisable.

Pensez-vous beaucoup à cette série de huit défaites ?

À Bayonne (défaite dans le dernier Tournoi des 6 nations, N.D.L.R.), nous avons été inhibées par cette pensée. Aujourd’hui, je trouve que l’équipe l’est moins. Samedi, les Anglaises seront favorites et nous, outsiders. On n’a rien à perdre. La pression, elle est sur elles. Les Anglaises sont potentiellement favorites au titre. Nous, on doit lâcher les chevaux.

Psychologiquement, comment faut-il aborder ce match ?

Différemment d’un match du Tournoi. Souvent, le France-Angleterre des Six Nations est une finale. On se met beaucoup de pression. Cette fois, ce n’est qu’un match de poule. Cela ne définira pas la fin de la compétition. On pourra toujours dire que la série de défaites continue mais pour une fois, ce match n’est pas la finalité de la compétition. Clairement, je n’aborderai pas ce match de la même façon.

Quel regard portez-vous sur leur premier match contre les Fidjiennes ?

Les Anglaises ont fait un match fidèle à elles-mêmes : pragmatiques et chirurgicales, comme elles l’étaient dans le Tournoi. Elles ne se sont pas privées de leur mettre 80 points. Elles ont encore fait beaucoup de ballons portés après touche, notamment en début de rencontre avant d’écarter davantage le jeu. Il y aura un gros boulot à faire devant pour les contrer sur les mauls et il faudra monter fort pour défendre notre ligne.

La première mi-temps des Fidjiennes vous a-t-elle livré quelques enseignements ?

La première action m’a marquée car les Fidjiennes ont franchi d’entrée de jeu. Cela veut bien dire qu’il y a des failles. Il n’y aura pas 10 000 opportunités, mais il y en aura. Il faut garder ça en tête.

Avez-vous demandé quelques tuyaux aux Fidjiennes, avec qui vous partagiez le même hôtel à Auckland ?

(Rires) Non, on ne leur a même pas demandé !

On a aussi vu les Anglaises jouer beaucoup sur les extérieurs, chose qu’elles n’avaient pas faite contre vous à Bayonne lors du dernier Tournoi…

Je pense qu’elles se méfient de notre capacité à bien défendre la ligne. Elles insistent sur leurs forces, qui sont les ballons portés. Elles n’ont pas autant osé jouer à Bayonne.

On avait pourtant l’impression qu’elles n’avaient pas vraiment forcé leur talent lors de ce match…

Elles sont restées sur leurs ballons portés, c’est vrai. Peut-être qu’elles ne voulaient pas se dévoiler en vue de la Coupe du monde ? On verra ce week-end…

Caroline Drouin a été auteure d'une grande partie lors de la première journée.
Caroline Drouin a été auteure d'une grande partie lors de la première journée. Dave Lintott / Icon Sport

Quelles failles voyez-vous dans le système anglais ?

Comme d’autres équipes, elles ont mis une mi-temps avant d’entrer dans la compétition. Après, c’est une équipe assez lourde, et je pense qu’elles n’aiment pas nous affronter. Elles ont tout intérêt à casser le rythme de la rencontre. On doit plus tenir le ballon que contre l’Afrique du Sud. Alors, les opportunités viendront.

En tant que demi d’ouverture, pensez-vous qu’il vaut mieux tenir le ballon ou les renvoyer dans leur camp avec du jeu au pied ?

C’est toute la subtilité de ce match. Dans les faits, il faut jouer, tenter encore plus que contre l’Afrique du Sud. Après, on sait aussi que si on garde le ballon dans notre camp et que l’on commet une faute, cela va leur donner une pénaltouche, un maul et possiblement un essai. Il faudra trouver l’équilibre, bien gérer nos temps forts et faibles et faire fructifier au mieux nos possessions.

Quel regard portez-vous sur vos progrès dans le jeu au pied ? L’équipe de France paraît désormais plus armée dans ce domaine…

Le déclic a été en 2017 et cette demi-finale où l’on s’est retrouvées en difficulté parce qu’on manquait de pied. Individuellement, les filles ont sacrément bossé depuis et aujourd’hui, c’est une de nos forces. Nos entraînements dans ce secteur sont souvent plus durs que nos matchs. C’était le cas contre l’Afrique du Sud tant les filles ont gagné en longueur de frappe.

Faudra-t-il accepter les phases de ping-pong rugby que peut imposer l’Angleterre ?

Il faudra les accepter mais aussi ne pas avoir peur d’y aller, car on aura des opportunités sur le troisième rideau. Couvrir tout le terrain, ce n’est facile pour personne. On a une bonne longueur de jeu au pied et il y a des chances pour que les Anglaises soient souvent décrochées.

Émilie Boulard disait que vous aviez eu des opportunités de relances que vous n’avez pas saisies, à Bayonne, contre l’Angleterre…

C’est la contrepartie de notre jeu au pied performant : on doit l’utiliser, mais on doit aussi rester lucides pour être à l’affût du moindre bon ballon de relance. On a parfois tendance à tomber dans l’excès de jeu au pied.

Avec le recul, comment expliquez-vous ces 50 minutes où vous n’avez pas pu marquer contre l’Afrique du Sud ?

Déjà par la qualité de l’adversaire. C’était une tout autre équipe que celle affrontée à Vannes, en novembre dernier. Elles étaient déjà très heureuses de venir en France et nous affronter. Samedi dernier, c’était différent. Les contacts étaient violents et elles n’ont rien lâché, même quand il y avait 19-0. Elles ont réussi à nous faire perdre le fil. Le positif, c’est qu’on a su le retrouver en remettant la main sur le ballon.

Individuellement, on vous a vu très mordante balle en main. Fallait-il marquer physiquement les Sud-africaines ?

C’était important. Je commençais à voir que des espaces se libéraient. Romane (Ménager) et Madoussou (Fall) arrivaient à franchir, à passer les bras alors je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire autour d’elles. On aurait pu le faire plus tôt dans la partie et ce sera une des clés de la rencontre contre les Anglaises car je ne suis pas sûre qu’elles mettent autant d’impact en défense que les Sud-africaines…

Vraiment ?

Oui, vraiment. Honnêtement, ce match était vraiment violent. Je n’avais pas souvent vu Madoussou prendre des reculades comme elle en a prises samedi dernier. Mais elle finit toujours par gagner. Et elle l’a encore fait !

On vous a encore vu repasser en 12. Aimez-vous ce poste ?

Cela revient à ce que l’on disait juste avant : si je mords davantage la ligne, c’est parce que je m’entraîne plus en 12. Quand je suis en 10, j’ai du mal à aller jouer mes duels car je dois garder du recul pour orienter le jeu. En 12, je me libère. Je pose le cerveau, en quelque sorte et je deviens une sorte d’avant ! En plus, je me régale et je sais ce que ma demie d’ouverture attend de moi : je me propose à hauteur, je viens couper avec des courses tranchantes…

Quel regard portez-vous sur Emily Scarratt, la centre anglaise ?

C’est clairement le métronome derrière. C’est elle qui dit où l’équipe doit jouer, et quand. On la voit pointer du doigt les zones sur le terrain. Elle dicte le jeu des Anglaises et elle le fait très bien. C’est une très grande joueuse qui dirige l’équipe et on devra garder un œil sur elle.
 

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