Top 14 - La Rochelle soigne sa thérapie toulousaine

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Publié le , mis à jour

À l’heure de recroiser un Stade toulousain catalogué comme son bourreau, contre lequel il n’a gagné qu’une fois depuis l’automne 2017, le club à la caravelle s’avance à Ernest-Wallon avec les prémices d’une tout autre approche mentale. Née d’un certain Eric Blondeau, déjà auteur de prouesses par le passé en Top 14.

« On doit reconnaître et accepter qu’il y a un complexe contre Toulouse. Mais il y a un moment où tu dois dire stop, je pense que les joueurs ont dit stop. » 9 juin 2022, avant-veille du barrage de Top 14 – finalement perdu – face à Toulouse. Pour la première fois depuis son arrivée sur les bords de l’Atlantique, Ronan O’Gara verse publiquement dans la théorie du complexe. Sans doute la dernière, aussi. Bientôt cinq mois après cet énième revers contre son meilleur ennemi de la décennie en cours, bien des choses ont évolué, côté maritime, dans l’approche de cette confrontation en passe de devenir le nouveau classique du rugby français, bien qu’ultra-dominée par une seule équipe jusqu’ici: le Stade… toulousain, vous l’aurez aisément compris.

Si l’on vous dit Éric Blondeau ? On voit d’ici supporters clermontois et montpellierains arborer illico un fier sourire. Après deux expériences franchement concluantes auprès de l’ASM et du MHR, voilà désormais cet expert des mécanismes comportementaux au chevet du Stade rochelais. S’il n’a pas été enrôlé spécifiquement pour traiter à la racine le syndrome toulousain, le contenu de ses interventions trouve un écho certain en cette semaine que Romain Carmignani, entraîneur des avants maritimes, reconnaît « particulière » face à « notre bête noire ».

« Si vous changez le regard, vous changez le comportement »

« Bête noire. » Tenez, un terme banni du vocabulaire d’Éric Blondeau. « À part la couleur du maillot… Le noir, on le retrouve sur le maillot de Toulouse, en plaisante l’intéressé. Le reste, ce n’est pas important. » Ou comment, par une méthode articulée autour de la réaction du cerveau face à toute une panoplie d’émotions et d’enjeux, s’atteler à « diminuer la peur en changeant le regard que les joueurs et les entraîneurs portent sur les situations. »

« Le cerveau a besoin d’une certitude, il l’ancre et agit en fonction de ça. Or, c’est une illusion. Quand on comprend la mécanique, on peut se débarrasser de son emprise pour faire son match. Quand je lis que c’est un ogre, Toulouse n’a jamais factuellement mangé personne ! Si vous changez le regard, vous changez le comportement », vulgarise l’ancien rugbyman reconverti coach professionnel, prisé dans de nombreux domaines dépassant largement le cadre sportif et dont le nom a été soufflé à la direction jaune et noir par le skipper et supporter rochelais Yannick Bestaven, vainqueur du dernier Vendée Globe.
Depuis l’intersaison, s’il échange avec Ronan O’Gara plusieurs fois par semaine, Éric Blondeau intervient a minima une fois par mois, à l’Apivia Parc. Deux jours durant. Suivant des thématiques validées avec un manager « très clinique, loue-t-il, dans la performance » et qui, contrairement à bien d’autres, « n’a pas peur de me faire confiance pour parler à ses joueurs, qui eux-mêmes font preuve de curiosité et de beaucoup d’intelligence. »

Des Rochelais déjà libérés ?

Alors que l’actualité ramène le champion d’Europe à son complexe, le consultant se veut clair sur le sujet : « tous les matchs du passé n’ont aucune influence sur celui de dimanche, sauf si on décide de leur donner de l’influence ! Le match n’a pas été joué, à nous de l’écrire. C’est comme l’histoire de Clermont et ses dix finales perdues. On est dans le même genre de truc qui ne sert vraiment à rien, si ce n’est vouloir détourner les joueurs de ce sur quoi ils doivent se concentrer et ce qu’ils peuvent contrôler. Les journalistes et les types dans les bars n’ont qu’une seule envie, c’est de coller une autre image (rires). Il suffit de ne pas y prêter attention. Aujourd’hui, les Rochelais ne donnent plus du tout d’attention à ça. »

Vérification faite dimanche dernier, dans la foulée du succès rochelais contre Toulon, les propos des acteurs convergent. « Je n’ai jamais entendu le groupe parler de ces défaites concédées contre Toulouse, assure Teddy Thomas, arrivé en juillet. Ce sont des choses derrière nous. Ils ont perdu, tant pis. On a tous envie de gagner. Je ne suis pas sûr que l’aspect revanche soit abordé dans la semaine, on a trop de choses à mettre en place autour de nous pour perdre de l’énergie à parler d’équipe adverse. »

« Travailler ce sur quoi on peut agir, quel que soit l’adversaire, c’est vraiment le focal de cette saison, insiste Éric Blondeau. Il faut se concentrer sur chaque moment de vérité : une touche, une mêlée, un lancement, un renvoi… L’improvisation est vitale. Sachez qu’on va essayer de surprendre Toulouse. Si on surprend, on prend l’ascendant. Après, il y a un gagnant et un perdant mais on ne regrettera pas le match et on ne va pas se laisser contaminer par des illusions. » La meilleure recette pour en finir avec les désillusions ? Vivement dimanche.

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Par Romain ASSELIN
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