John Smit : « Juan Smith a frappé Jaque Fourie parce qu’il lui a fait peur ! »

  • John Smit (à droite) accompagné de Richie McCaw et Martin Johnson.
    John Smit (à droite) accompagné de Richie McCaw et Martin Johnson. Midi Olympique.
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OSCARS MIDI OLYMPIQUE – À vingt-quatre heures de la 69ème cérémonie des Oscars Midi Olympique, les huit capitaines champions du monde étaient conviés à l’hôtel Barrière-Le Fouquet’s à Paris. Parmi eux, John Smit, vainqueur du Mondial 2007, s’est longuement confié sur ses souvenirs avec quelques anecdotes alléchantes…

John, comment allez-vous depuis votre arrivée à Paris ce vendredi ?

Au mieux ! Depuis vendredi c’est juste incroyable, nous avons pu aller voir des concerts et un opéra donc c’était vraiment génial. Je crois que la dernière fois que j’ai passé autant de temps à Paris c’était en 2007 lors du Mondial (rires). C’est la première fois depuis quinze ans que je reviens, j’ai bien disputé quelques rencontres avec les Saracens ici mais ce n’était pas pareil !

Pourquoi avez-vous décidé de venir ici pour cette grande réunion des capitaines ?

C’est un groupe de joueurs tellement spécial ! On parle quand même d’une collection de mecs qui ont tous réussi à gagner la Coupe du monde. Quand j’ai reçu le mail d’invitation je me suis dit : « ne sois pas la seule personne à refuser (rires) ! ». Et je crois aussi que plus on vieillit, plus les souvenirs ressurgissent et c’est une manière de recollecter des souvenirs du passé.

Vous avez notamment discuté avec Richie McCaw et Martin Johnson. Vous vous êtes remémorés certains souvenirs de match ?

La chose la plus magnifique dans ces échanges est que l’on parle de tout sauf de rugby (rires) ! Et encore moins des matchs auxquels nous avons participé ! On parle davantage de la Coupe du monde en France qui arrive, quels sont les favoris, les meilleurs joueurs… Le passé est le passé, aujourd’hui je crois que Martin, Richie ou les autres capitaines nous sommes davantage des grands fans du rugby actuel que des anciens joueurs qui ressassent les moments passés.

Malgré tout, quels souvenirs émergent lorsque vous êtes réunis avec ces monstres du rugby mondial ?

Revenir ici, avec tous les capitaines champions du monde me ramènent évidemment à Paris quinze ans en arrière ! Quand nous avons quitté l’Afrique du Sud pour cette longue aventure en France. Évidemment nous voulions soulever le trophée Webb-Ellis mais dans ce genre de compétition, personne ne peut prédire à l’avance le vainqueur. Et Paris nous a envoûté ! Pendant les sept semaines qu’on a passé ici, on sentait vraiment l’amour des Français… c’est peut-être parce que nous n’avons pas joué contre eux (rires) ! Et quand on a battu les Anglais, je crois que c’est le moment où les supporters français nous ont le plus apprécié ! Dans chaque ville où nous sommes allés, nous nous sommes vraiment senti chez nous !

Maintenant que vous êtes retraité depuis neuf ans, quelle est votre nouvelle vie ?

Je vis la vraie vie maintenant, j’ai un vrai métier ! Juste après ma retraite j’ai gravité autour du rugby sud-africain pendant trois ans. Aujourd’hui je suis à la tête d’une entreprise de nettoyage et de sécurité qui est d’ailleurs sponsor des Sharks de Durban et les Bulls de Pretoria ! Je n’ai pas du tout d’influence dans le rugby sud-africain !

Le rugby vous manque-t-il ?

Vous savez… Il y a certaines choses très spécifiques qui me manquent. La première d’entre elles est la camaraderie. Être en tournée avec un groupe de mec pendant plusieurs semaines, partager des moments intenses ensemble… mais j’ai été très chanceux dans ma carrière de joueur ! J’ai joué de dix-huit à trente-cinq ans, et j’ai aimé mon premier match aux Sharks et mon dernier pour les Saracens. Quand je regarde les Springboks aujourd’hui, je ne suis pas envieux de leur situation ou je ne me dis pas : « mince, j’aurais aimé jouer un match de plus ». Je suis vraiment content de la carrière que j’ai eu et je crois que c’est la meilleure récompense que j’ai eu dans ce sport.

En parlant de votre longue carrière, vous avez connu deux clubs européens, Clermont puis les Saracens, quelle expérience tirez-vous de ces deux passages ?

Ma première expérience à Clermont était un peu spéciale ! Je venais de remporter la Coupe du monde avec l’Afrique du Sud et je suis arrivé dans cette nouvelle équipe comme n’importe quelle recrue. Et cela m’a vraiment plu. Il y a une chose que j’ai apprise en venant en France et plus particulièrement à Clermont : les gens sont de vrais passionnés, comme en Afrique du Sud. Je vais vous donner une anecdote : j’étais en train de manger dans un restaurant à Clermont avec Marius Joubert et il y avait plein de personnes qui attendaient que nous finissions pour prendre des photos et signer des autographes. J’ai trouvé cela génial, le respect que les supporters français ont pour le jeu et les joueurs est juste incroyable. Aux Saracens c’était très différent, j’étais à la fin de ma carrière, je ne débutais pas beaucoup de rencontres, mais j’étais plus dans un rôle de mentor pour les jeunes. En Angleterre, le rugby est secondaire par rapport au football qui prend une place impressionnante.

Plus précisément, que retenez-vous de votre court passage à Clermont (2007-2008) ?

On avait une grande équipe à l’époque, j’étais impressionné à tous les niveaux. L’équipe était déjà habituée à jouer des phases finales et à être régulièrement dans le dernier carré. Mais la chose qui m’a le plus marquée était cet acharnement à vouloir gagner le bouclier de Brennus. Il n’y avait rien d’autre au monde. Ils ont créé une philosophie intégralement tournée vers ce titre. Je me rappelle qu’on avait gagné deux fois contre Toulouse, à domicile et à l’extérieur, mais on avait perdu la finale. Cela nous avait vraiment fait mal. Et je regrette encore aujourd’hui de ne pas être resté plus longtemps, étant donné que j’avais signé trois ans mais j’ai dû rejoué pour l’Afrique du Sud, surtout qu’ils ont finalement remporté le Brennus en 2010. Je suis désolé pour les supporters de ne pas avoir pu leur ramener ce titre avant. J’aurais vraiment aimé faire partie de cette épopée.

Maintenant que vous êtes retraité depuis presque dix ans, quelle est votre meilleure anecdote en carrière ?

Vous vous souvenez de Jaque Fourie ? Nous sommes à une semaine de notre dernier match de poule et Jaque voulait rendre cette aventure marrante. Donc il a eu l’idée de mettre une caméra dans une salle où les avants ont l’habitude prendre leurs meilleures pancackes (rires). Il avait fermé la salle et il s’était caché derrière un rideau pour leur faire peur et faire une vidéo très drôle ! Mais au final, le premier avant qui a ouvert la porte c’était Juan Smith. Et quand Jaque est sorti de sa cachette, Juan lui a collé un énorme coup de poing dans la machoire et il ne pouvait plus parler pendant une semaine (rires). Et cette histoire, les entraîneurs ne l’ont jamais su parce qu’on leur a caché ! Malheureusement on n’a plus la vidéo !

Quel est votre regard sur l’équipe de France et les Springboks ?

Je crois que les deux équipes sont de sérieux prétendants au Mondial. La France a énormément progressé depuis plusieurs années, et je pense que ce test de novembre sera un match capital en vue de la Coupe du monde. Si les deux équipes alignent leur meilleure équipe ce sera un résultat très important à suivre. Ils sont les deux favoris au titre mais la partie triste de cette histoire est qu’ils sont dans le même tableau pour les phases finales. Ils se rejoindront probablement dans ces moments-là… c’est triste mais c’est le jeu !

Quelle est votre opinion sur l’introduction d’équipes sud-africaines dans la Champions Cup ?

Je suis un grand fan ! À long terme, je crois que c’est une excellente décision pour les franchises sud-africaines. Pour avoir joué la Coupe d’Europe, je peux vous garantir que c’est l’une des plus grandes compétitions auxquelles j’ai participé. Vous jouez contre des équipes qui sont quasiment des sélections nationales à elles seules. Cette année, je crois que les équipes sud-africaines seront dans une phase d’ajustement. Elles sont habituées au United Rugby Championship mais la Champions Cup est complétement à part. Il faut aussi penser à la variable de l’éloignement géographique ! J’ai mis onze heures pour venir à Paris depuis l’Afrique du Sud.
 

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Clément LABONNE
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