TOP 14 - Juan Imhoff : « Le Racing, c’est ma vie »

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    "Le Racing, c’est ma vie"
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L’international argentin (41 sélections) s’est confié sur les performances des Pumas lors du Rugby Championship l’été dernier et sur son attachement au club des Hauts-de-Seine. À 34 ans, il dispute sa douzième saison consécutive sous le maillot francilien avec lequel il n’a connu qu’un seul titre, le bouclier de Brennus, en 2016.

Vous avez retrouvé le Top 14 après votre participation au Rugby Championship où l’Argentine a fini en dernière position, malgré deux victoires dont un succès historique en Nouvelle-Zélande. Qu’avez-vous pensé de cette édition 2022 ?

Ça aurait pu être une édition spéciale avec des points partagés car les équipes avaient des niveaux similaires. A la fin, la Nouvelle Zélande se retrouve devant tout le monde. C’est un tournoi plus compliqué que la Coupe du monde car on enchaîne les meilleures équipes au monde tous les week-ends. Je pense aussi que la nouvelle formule, avec moins de déplacements, convient à tout le monde.

Comment le groupe argentin a-t-il vécu les trois dernières défaites, après les belles performances du mois d’août ?

Nous avons ressenti beaucoup de frustration car on sait quel peut être notre niveau. Tout est encore nouveau car il y a eu un changement récent de staff mais on a vite compris ce qu’on voulait faire. On s’est tous mis d’accord. Nous avons fait de très belles performances mais il nous faut nous améliorer sur la constance et la discipline, sans penser aux adversaires. Sans la discipline, au rugby, tu ne fais rien. C’est un point qu’on a payé cher lors des deux défaites à la maison contre l’Australie (1re journée) et l’Afrique du Sud (5e journée).

En ce qui vous concerne, vous avez joué deux matchs. Vous y attendiez-vous ?

J’étais disponible pour quatre matchs car il y en avait deux où j’étais en vacances. Je suis content de ce que j’ai fait pour revenir à ce niveau-là, surtout pendant la victoire contre l’Australie à domicile (48-17) où il était capital de faire une bonne performance pour y croire encore. Tout le monde me connaît : j’aime bien jouer tous les matchs. Avec les Pumas, il y a beaucoup de concurrence et de stratégie. Je vais devoir améliorer mon jeu pour être titulaire à chaque match.

Que pensez-vous du nouveau staff dirigé par l’Australien Michael Cheika ?

Il est très intéressant. C’est un staff basé sur des choses simples, sur la mentalité des joueurs. Il nous donne beaucoup de responsabilités et je suis convaincu que ce staff a une identité très claire dans ce qu’il veut faire. Je ne vais pas trop en parler car c’est un peu le secret de cette équipe.

Votre coéquipier Emiliano Boffelli a été une pièce maîtresse de l’exploit chez les All Blacks (15-25) en août, avec un 100 % de réussite dans le jeu au pied. Quel est votre regard sur ce joueur passé très rapidement au Racing 92 lors de la saison 2020-2021 ?

C’est un pote, quelqu’un que j’aime beaucoup. Nous avons grandi ensemble. Emiliano a des qualités qu’il est le seul à avoir en Argentine. Que ce soit sur les ballons aériens ou sur son coup de pied, c’est un très bon joueur. Il marche beaucoup à l’affectif et il faut l’entourer et l’accompagner. Son passage au Racing l’a aidé à grandir. Cette frustration de ne pas avoir été gardé l’a fait s’améliorer. S’il continue comme ça, il aura encore beaucoup d’années pour montrer ce qu’il vaut.

Avez-vous échangé ensemble à propos de son passage frustrant ici ?

Bien sûr. On en parle, voire on en rigole. Pour lui, ça a été compliqué. Le rugby professionnel est tellement dur et va tellement vite que ça n’a pas marché pour lui au Racing mais ça l’a aidé pour l’avenir. Aujourd’hui, il est l’un des meilleurs joueurs au monde à son poste.

Parlons justement de votre carrière au Racing 92, club que vous avez rejoint en 2011. Comment décririez-vous vos liens noués avec cette équipe ?

Mon éducation et ma façon de voir la vie font que je suis quelqu’un qui a besoin d’amour dans les relations humaines. Quand je suis arrivé au Racing, c’était un projet avec de très bons joueurs. Les ambitions étaient très claires : devenir le meilleur club au monde. Le président Jacky Lorenzetti m’a accueilli d’une façon très familiale, comme ce que je connaissais dans mon club de formation à Duendes. Je me suis rendu compte que sans ça, je n’aurais pas joué au rugby. Je n’aurais pas pu avoir le niveau que j’ai eu. Au-delà des salaires et des joueurs qu’il y avait ici, j’ai créé ma famille en étant au Racing 92, je me suis marié et j’ai eu mes enfants ici. Même à Rosario (ville de son club formateur, N.D.L.R) en Argentine, les gens aiment le club à cause de moi ! Ce sentiment d’amour m’a fait dépasser mes limites pour ce club. J’essaie de le partager avec les jeunes pour montrer qu’on peut avoir de l’amour pour les couleurs de ce club sans être français au début. À la base, je n’ai eu aucun talent. Tout ce que j’ai fait dans ma carrière, je l’ai fait grâce au travail et à la passion. Je remercie ce club qui m’a ouvert ses portes. C’est un amour que je garderai à vie.

Cette année, votre contrat a été prolongé jusqu’en 2024. Comment se sont déroulés les échanges avec le président Jacky Lorenzetti ?

J’avais 21 ans quand il m’a connu. Il m’a fait venir en France. On a tout donné pour ce club même si nous sommes tous les deux très frustrés car nous voulons davantage de titres. On déteste perdre. Je garde pour lui et moi la discussion que nous avons eue. C’était un peu compliqué des deux côtés. Je pense que j’ai fait une très belle saison l’année dernière mais cela ne sert à rien d’être bon tout seul car ce qui compte à la fin, ce sont les titres.

N’avez-vous quand même pas eu peur

que tout s’arrête ?

Je savais où était le danger. J’avais peur car je n’étais pas prêt à quitter ce club. Il y a eu un moment où l’on m’a dit que je ne serais pas gardé. J’ai dû aller chercher des clubs ailleurs. Cette période a été compliquée pour moi. Les mecs qui disent qu’ils n’ont pas peur, ce n’est pas vrai. Quelqu’un qui n’a pas peur est franchement inutile. Moi, j’ai eu peur de savoir que l’aventure pouvait s’arrêter là alors que j’avais encore des choses à faire.

Est-ce délicat de retrouver votre club après avoir manqué les premiers matchs de la saison ?

Au contraire ! Plusieurs matchs sont passés. Des mecs ont eu la possibilité de jouer et ont fait de très belles performances. Ça met une pression supplémentaire. Quand on est là tous les jours, on ne s’en rend pas compte. Mais quand on est loin du club pendant plusieurs mois, il y a l’envie de revenir et faire de belles choses. Je ne veux pas être dans une situation où l’on dirait "attention, il y a Juan Imhoff qui arrive". Au contraire, je veux y aller petit à petit et je pense que ça va bien se passer.

Comment comptez-vous gérer la nouvelle concurrence des lignes arrière franciliennes, entre les arrivées de l’Anglais Christian Wade, du Sud-Africain Warrick Gelant ou la révélation du jeune ailier français Enzo Benmegal ?

Avant, il y avait la concurrence avec Adrien Planté, Joe Rokocoko, Teddy Thomas puis Simon Zebo ou Emiliano Boffelli et maintenant, des joueurs comme Louis Dupichot ou Enzo Benmegal. Ça permet de rester à un certain niveau. La signature de Christian Wade me rajoute encore un peu de grinta (rires). Je suis très content que de très beaux noms soient au Racing. Je serais pleinement content si on décroche un titre.

Le Racing est justement une équipe régulière mais rarement championne…

Ça me fout les boules. Ça me dérange. Je ne prends même pas plaisir à parler de ça et je préférerais ne pas répondre. J’ai une mentalité de gagnant. Mais on ne peut pas nier tout le travail accompli. Le Racing 92 a sa place dans les quatre meilleures équipes d’Europe. Pour valider tout ça, il faut des titres. J’en ai discuté avec certains joueurs à qui j’ai dit qu’il faut changer quelque chose pour que les futures générations puissent gagner plusieurs titres d’affilée, comme Toulouse l’a fait.

En termes de changement, l’ancien sélectionneur de l’Angleterre et actuel entraîneur du Leinster, Stuart Lancaster, sera votre nouvel entraîneur dès la saison prochaine. Le connaissez-vous ?

Il était venu une fois au Racing 92 après la Coupe du monde 2015 parce qu’il avait un projet. Je n’avais pas parlé directement avec lui. Il peut amener une très forte culture du travail et une mentalité de gagnant.

Ce qui semble vous correspondre…

Oui mais quels que soient les entraîneurs, lorsque je suis choisi, je suis prêt à y laisser ma vie. Stuart a beaucoup de qualités humaines et rugbystiques. À moi de donner mon maximum pour faire partie de ses cadres.

Ça ne vous fera pas bizarre de voir Laurent Travers quitter sa casquette de coach pour celle de président ?

Mais heureusement, Laurent ne met pas la casquette (rires). Je ne sais pas. Il me tarde de voir comment il va faire pour gérer sa passion pour le rugby. Il sait que nous sommes tous là et qu’on va s’aider réciproquement.

Comment avez-vous vécu la nouvelle de la retraite prématurée de Virimi Vakatawa due à une anomalie cardiaque ?

C’était triste. Je n’ai pas pu en discuter avec lui, à part par téléphone. Cela m’attriste beaucoup pour une bonne personne comme lui qui est un très bon coéquipier, quelqu’un qui nous a fait apprécier le rugby pendant de longues années. Je prendrai du temps pour en discuter avec lui. C’est difficile de parler. Je ne trouve pas les mots. Il faut quand même féliciter le staff médical qui a su qu’il y avait un souci et que c’était dangereux pour sa vie. Si on veut se soulager, on se dira qu’il va bien et qu’il pourra rester longtemps parmi nous. Pour être honnête, ça m’a beaucoup touché car j’arrive en fin de carrière et je commence à savoir à quel point le rugby va me manquer.

Avez-vous réfléchi à votre après-carrière ?

Le Racing, c’est ma vie. À la fin de ma carrière, si le club a besoin, je ferais tout pour l’aider de l’autre côté. Je ne sais pas quel sera mon poste mais ce qui est sûr, c’est que je resterai dans le rugby. Je veux me former pour le faire.

Avant cela, gardez-vous dans un coin de votre tête la Coupe du monde 2023 ?

Bien sûr ! Ça fait partie de mes rêves. L’une des plus grandes frustrations de ma vie est de ne pas avoir été pris pour la Coupe du monde 2019. On parle beaucoup d’âge. Je vais avoir 35 ans. L’âge, c’est un numéro. Il faut savoir le gérer. J’ai décidé de ne plus penser aux limites. Le moment est venu d’y aller à fond et profiter de ces dernières années de rugby. Je ne me sens plus tout jeune mais je ne veux pas me cacher derrière l’âge.

Beaucoup de gens se souviennent de votre intérim au poste de demi de mêlée lors de la finale du Top 14 gagnée contre Toulon en 2016. Finalement, n’avez-vous jamais pensé être un numéro 9 refoulé ?

(rires) C’est une belle question. Avant mon premier match en équipe nationale contre l’écosse cette année, je me suis entraîné toute la semaine en demi de mêlée car il en manquait un. Michael Cheika m’a dit : "Mec, tu as joué une finale devant 100 000 personnes et tu as fait gagner le Racing en étant à un poste que tu n’as jamais joué de ta vie. Tu peux le faire ici devant ton public avec le maillot de l’Argentine." C’est un poste que j’aime beaucoup. Pour dépanner, ça me va…

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Rayane Beyly
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