Interview croisée - Peato Mauvaka - Julien Marchand : « Entre nous, la complicité est naturelle »

  • "Entre nous, la complicité  est naturelle"
    "Entre nous, la complicité est naturelle"
  • Peato Mauvaka et Julien Marchand sont concurrents au poste de talonneur mais surtout amis dans la vie.
    Peato Mauvaka et Julien Marchand sont concurrents au poste de talonneur mais surtout amis dans la vie. Midi Olympique - Patrick Derewiany
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Depuis plus d’un an, Julien Marchand et Peato Mauvaka forment le duo de talonneurs le plus redouté de la planète, que ce soit en club ou chez les Bleus. Pendant près d’une demi-heure, ils ont accepté d’évoquer leur rapport et leur complémentarité au quotidien. Une relation forcément particulière entre concurrence sportive et proximité humaine.

Connaissez-vous votre nombre de feuilles de match communes la saison dernière ?

Peato MAUVAKA : Attendez, je réfléchis quelques secondes. Déjà, il y en a eu sept en équipe de France. Je dirais dix-huit ou vingt. Julien a été un peu blessé à un moment de la saison, donc ça réduit le total.

Julien MARCHAND : Non, plus de vingt, c’est certain. Je pense que nous ne sommes pas loin de vingt-cinq à l’arrivée.

Vous en avez vingt-six en commun : trois en Coupe d’Europe, seize en Top 14 et sept en sélection…

PM : Bon, j’avoue, j’avais oublié de compter la Coupe d’Europe. Mais on se souviendra que j’avais tout juste sur les Bleus.

En fait, vous vivez ensemble tous les deux ?

PM : On est comme des concubins !

JM ; C’est comme ça depuis un petit moment, on en a pris l’habitude. Il y a eu la saison passée et les deux précédentes.

Votre complicité a-t-elle grandi avec le temps ?

PM : Je le remarque davantage en sélection, dans un autre environnement. À Toulouse, on est toujours ensemble. Entre nous, la complicité est naturelle.

JM : Il n’y a pas que sur le terrain d’ailleurs. Beaucoup d’activités extra-sportives sont organisées. Entre les sorties, les repas d’équipe et ce genre de choses, on se voit aussi beaucoup en dehors.

À quand remontent vos premiers moments forts ensemble ?

PM : Le premier qui me revient, c’est quand nous nous sommes blessés en même temps durant l’été 2017, lors d’un match amical à Lannemezan. Julien à la main, moi aux ischios.

JM : La rééducation n’a pas été commune. Peato en a eu pour bien plus longtemps. Moi, ce n’était qu’un mois et demi.

PM : J’ai été absent durant un an et demi. Et j’avais d’ailleurs pris un peu de poids…

Quand vous êtes revenu en 2018-2019, fini sur un Brennus, Julien était déjà capitaine à Toulouse, avant de se blesser gravement au genou en cours de saison…

PM : Oui. Leonardo Ghiraldini s’était blessé en début de saison et je faisais quelques petites parties de match. On tournait tous les deux avec Julien, jusqu’à ce qu’il se blesse gravement. J’ai fini la saison avec son petit frère Guillaume. Je voyais quand même Julien en dehors du terrain. Lui était en vacances (rires).

JM : Je me suis blessé le 2 février avec le XV de France. Mais personne n’est irremplaçable, surtout à Toulouse où beaucoup de jeunes sont toujours prêts à prendre la relève. On l’a prouvé ces dernières saisons. Cela m’a forcément frustré mais j’avais confiance. Dans mon malheur, j’étais content pour Peato et pour Guillaume qui avait l’opportunité de jouer. Je savais que Peato avait plus d’expérience, qu’il saurait l’accompagner, qu’eux deux s’entendaient très bien. En tant que grand frère, j’étais rassuré pour Guillaume. Mais je préfère jouer quand même !

PM : En fait, j’ai plus joué avec Guillaume qu’avec Julien au départ. J’avais été absent durant un an et demi, j’étais revenu en surpoids et je n’aurais jamais pensé que, d’un seul coup, j’allais me retrouver au premier plan après la blessure de Julien.

On a l’impression que vous formez désormais un duo aux yeux de tous…

PM : Oui, je m’en rends compte en le voyant sur les réseaux sociaux. Les gens nous associent beaucoup. Mais je me dis que ce doit être pareil pour les autres talonneurs dans les autres clubs…

Sauf qu’ils ne sont pas les premiers choix en équipe de France !

JM : Ce qui facilite nos rapports, au-delà de partager le poste en club ou en sélection, c’est que nous nous entendons bien. Quand c’est le cas, c’est beaucoup plus simple. Avec Peato, on sait se dire les choses quand on en a besoin.

PM : En sélection, il y a aussi de nombreux autres joueurs toulousains, donc des amis en commun. C’est forcément plus facile pour nous.

Les deux joueurs ont de grandes chances de disputer le Mondial 2023 ensemble.
Les deux joueurs ont de grandes chances de disputer le Mondial 2023 ensemble.

Est-ce que vous vous ressemblez au niveau du caractère ?

PM : Nous sommes assez différents.

JM : On a l’impression que Peato est nonchalant mais il est concentré. Il a cette faculté à placer la notion de plaisir au premier plan, à ne pas penser au reste. Même sur le terrain, il arrive à prendre beaucoup de recul. Peato, il entre sur une pelouse pour s’amuser et pour "kiffer". Il arrive à se mettre le moins de pression possible sur les épaules. Et, vu qu’il a des qualités physiques et techniques assez uniques…

Et Julien alors ?

PM :Ju, c’est le capitaine ! C’est un dur au mal, il aime la castagne comme on dit à Toulouse (rires). Il est plus sérieux que moi en tout cas, même à l’entraînement. Moi, je n’aime pas trop être toujours dans le rang, comme à l’école.

JM : Je sais que si je rigole pendant l’entraînement, je vais faire plein d’en-avant ! Peato, c’est l’inverse, c’est son moyen d’être concentré. Avant les matchs, il est un peu comme ça. D’autres joueurs sont comme lui et ça ne les empêche pas de répondre présent quand il le faut.

Il y a forcément de la concurrence mais vous avez tous les deux prolongé à Toulouse. Est-ce à dire que vous y trouvez votre compte ?

JM : On est bien sûr concurrents aussi. Mais c’est très bien géré par le staff.

PM : C’est vrai. Les entraîneurs nous parlent avant de qui va commencer ou pas, nous expliquent leurs choix. Il n’y a pas d’incompréhension entre nous. À partir du moment où il existe cette communication permanente, pas de problème.

JM : Avant de signer nos prolongations, on se doutait tous les deux de la manière dont on fonctionnerait. Sur le temps de jeu, les choses sont dites.

En quoi est-ce différent de débuter un match ou d’entrer en jeu ?

PM : Pour moi, c’est plus dur d’entrer en cours de match, de se mettre dans le rythme ou de s’y remettre. Parce que, quand tu es remplaçant, tu t’échauffes comme tout le monde. Après, tu restes sur le banc et tu refroidis. Puis, tu dois entrer et répondre présent. Je trouve que c’est encore plus difficile sur les matchs du XV de France ou ceux de Coupe d’Europe, où le rythme est plus élevé.

JM : Je suis d’accord. Sur ce genre de match, ça va à 2000 à l’heure et il faut être dans le rythme. Du coup, tu te retrouves vite dans le rouge et tu peux exploser. Généralement, au bout de quelques minutes, ça va mieux. Cela peut avoir des avantages quand l’équipe commence à fatiguer en face mais, lorsqu’on attaque un match, c’est différent.

PM : J’ai le souvenir du match contre l’Irlande lors du dernier Tournoi des 6 Nations. Quand je suis entré… (Il souffle) C’était dingue, je crois que c’est le match le plus dur que j’ai joué. J’étais un peu froid. Si vous regardez mon échauffement à la mi-temps, vous allez rigoler ! J’errais sur le côté, je regardais. Et, dès que je suis entré, j’ai été surpris par le rythme.

Si vous deviez piquer une qualité de l’autre, ce serait quoi ?

PM : Les grattages. Julien, c’est le sosie de David Pocock. C’est une machine, il a des espèces de vérins à la place des bras.

JM : Peato a une très belle coordination dans ses gestes, sa course, sa passe, etc. Et il a des superbes mains. Je suis certain que c’est un mec qui pourrait jouer au centre sans problème.

On l’a vu N° 8, il y a deux ans…

JM : Il peut rester troisième ligne (rires).

PM : J’aimerais bien des fois !

William Servat fut important dans vos débuts de carrières…

JM : Je l’ai connu plus tôt que Peato mais on a eu un peu le même processus avec William. J’avais rejoint Cyssou (Baille) et Doudou (Aldegheri) en équipe première, et William nous prenait souvent pour faire du travail individuel. Bon, c’était généralement le matin à 7 heures à faire des trucs qui nous énervaient un peu. C’était chiant sur le coup ! Mais ce fut bénéfique.

PM : Quand Ugo (Mola) est arrivé, j’ai commencé à jouer un peu. En 2016, j’ai dû faire six matchs. William me donnait de précieux conseils. Puis, j’ai connu cette grosse blessure et, quand je suis revenu en surpoids, William m’a pris et m’a demandé si je ne voulais pas essayer de me reconvertir en pilier. Cette discussion a servi de déclic. Dans la foulée, j’ai perdu du poids.

JM : Et William, c’est un ancien talonneur, donc il est toujours venu lancer avec nous, nous filer quelques tuyaux.

Avec Servat entraîneur, vous devriez connaître le Mondial 2023 ensembles. En 2019, Julien l’avait raté sur blessure et Peato avait été l’invité surprise au Japon…

JM : En 2019, le destin était ainsi fait. Cela m’a peut-être aidé pour la suite.

PM : J’y étais en 2019 mais, au moment où je devais jouer mon premier match, je me suis blessé. Oui, j’ai vécu une Coupe du monde mais je n’ai pas joué… Je n’en ai pas été assez acteur à mon goût.

JM : D’ici la prochaine Coupe du monde, beaucoup de choses vont se passer. Il peut y avoir des blessures, je suis bien placé pour le dire. On en parle beaucoup mais il y a tellement d’autres échéances avant.

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Jérémy FADAT
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