La tendance du Midol : « Formé au club »... mais dans quel club ?

  • Cette semaine dans la tendance du Midol, Marc Duzan évoque l'hypocrisie qui siège dans le rugby professionnel, autour des joueurs « formés au club »...
    Cette semaine dans la tendance du Midol, Marc Duzan évoque l'hypocrisie qui siège dans le rugby professionnel, autour des joueurs « formés au club »... Icon Sport - Icon Sport
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Cette semaine dans la tendance du Midol, Marc Duzan évoque l'hypocrisie qui siège dans le rugby professionnel, autour des joueurs « formés au club »...

C’est le nouveau dada du rugby pro et, lorsque tombent sur la toile, le vendredi soir, les compositions d’équipe de la journée de Top 14 à venir, les entités de l’élite aiment à mettre en lumière, en accolant aux noms des joueurs du cru un astérisque, une étoile ou un symbole quelconque, les « produits maison », la tambouille « fait main » et tout ce qui concerne, en réalité, les individus « formés au club ». L’initiative est louable, après tout. Elle est un vecteur de communication positive, une façon comme une autre d’affirmer qu’une fois tombé le « modèle Boudjellal », toutes les entités que regroupe aujourd’hui le monde pro ont basculé avec bonheur vers « la formation », vertu originelle et cardinale du sport, passé ou moderne. À Lyon, on dit donc de Dylan Cretin, le flanker international, qu’il est « formé au club ». À Toulouse, on considère Thomas Ramos, l’un des buteurs les plus « successfull » de la poule unique, comme « formé au club ». Au Racing, on écrit volontiers que Max Spring, l’un des arrières du XV de France, a été « formé au club ». À Montpellier, c’est le Géorgien Gela Aprasidze, arrivé au club à 18 piges, qui est « formé au club ». Au vrai, les clubs pros considèrent, et les statuts de la Ligue ou de la Fédération les confortent en cette croyance, qu’un joueur ayant passé trois ans dans leur centre de formation est donc « formé au club ».

Franchement ? Le qualificatif est au mieux équivoque, au pire trompeur. Que les joueurs cités plus haut aient été lustrés, polis, affinés dans les multiples « CDF » que compte le pays ne fait probablement aucun doute. Mais « formés », nom d’un homme ? D’aussi loin que l’on se souvienne, Dylan Cretin a été formé à Annemasse, en Haute-Savoie ; Max Spring à Nafarroa, non loin du col de Roncevaux ; Thomas Ramos à Mazamet, au pied de la Montagne Noire ; et Gela Aprasidze quelque part à Tbilissi, si vous voulez bien nous pardonner cette approximation géographique. C’est en ces lieux et nulle part ailleurs que ces joueurs ont acquis la base – et l’essentiel – de leur connaissance rugbystique ; c’est là-bas qu’ils ont appris à plaquer, à visser une passe ou taper dans un ballon ; c’est par l’entremise d’une poignée de gonzes à qui l’on n’a jamais offert autre chose qu’une bourrade amicale, un sourire d’enfant ou, les meilleurs jours, une coupe en toc en guise de remerciement que la « formation », « l’éducation » proprement dite a vu le jour. Le reste n’est pas neutre, certes ; mais il n’est finalement rien d’autre que de l’« affinage », qu’un prolongement et à ce jour, de véritables « joueurs formés au club », on n’en voit même que quatre en Top 14 : Romain Ntamack, Matthieu Jalibert, Henry Chavancy et Baptiste Couilloud. En oublie-t-on tant que ça ?

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Les commentaires (1)
jmbegue Il y a 25 jours Le 03/11/2022 à 11:40

Je suis parfaitement d'accord avec vous quand vous écrivez que le rôle des animateurs dans les "petits clubs" n'est pas reconnu à sa juste valeur.
Par contre, il me semble que vos données ne sont pas toutes très fiables. Vous citez quatre joueurs réellement formés dans des clubs pro. J'ai juste vérifié rapidement pour le ST. Il y en a au moins 5 ou 6 qui sont arrivés au club et qui avaient entre 10 et 12 ans (Aldegheri, Duprat, Brennan, Tolofua, Page Relo, Bonneval, ...).
Et je ne parle pas de ceux arrivés adolescents.
Il faut aussi parler des profs d'EPS (et les féliciter) qui leur ont fait aimer ce sport, et pourquoi pas des parents qui les ont éduqués.