France - Afrique du Sud : il y a trente ans, le grand retour !

  • Ci-dessus, à Toulouse, les Springboks s’imposent face à une belle sélection de Midi-Pyrénées. Le numéro 8 Tiaan Strauss et à sa gauche le très jeune Fabien Pelous. Photo du haut, Danie Gerber, l’un des premiers trois-quarts centre surpuissant de l’histoire. En 1992, il était un peu vieillissant mais il jeta ses derniers feux pour assurer une victoire à Lyon. Pour les Springboks, elle valait tout l’or du Transvaal. Photo Archives Midi Olympique Ci-dessus, à Toulouse, les Springboks s’imposent face à une belle sélection de Midi-Pyrénées. Le numéro 8 Tiaan Strauss et à sa gauche le très jeune Fabien Pelous. Photo du haut, Danie Gerber, l’un des premiers trois-quarts centre surpuissant de l’histoire. En 1992, il était un peu vieillissant mais il jeta ses derniers feux pour assurer une victoire à Lyon. Pour les Springboks, elle valait tout l’or du Transvaal. Photo Archives Midi Olympique
    Ci-dessus, à Toulouse, les Springboks s’imposent face à une belle sélection de Midi-Pyrénées. Le numéro 8 Tiaan Strauss et à sa gauche le très jeune Fabien Pelous. Photo du haut, Danie Gerber, l’un des premiers trois-quarts centre surpuissant de l’histoire. En 1992, il était un peu vieillissant mais il jeta ses derniers feux pour assurer une victoire à Lyon. Pour les Springboks, elle valait tout l’or du Transvaal. Photo Archives Midi Olympique
  • Il y a trente ans, le grand retour !
    Il y a trente ans, le grand retour !
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tournée de l’Afrique du sud 1992 Il y a trente ans, les Springboks faisaient leur grand retour en Europe et en France après la période de boycott. Souvenir d’un moment très médiatisé avec des springboks pas si nouveaux que ça.

Il y a trente ans, en 1992, ils débarquaient. Les Springboks revenaient en France pour une tournée de neuf matchs, après dix-huit ans d’absence. Un vrai coup de tonnerre sur le rugby français, ou plutôt, l’apparition de ce qui suit habituellement les orages, un arc-en-ciel aux sept couleurs plus chatoyantes qu’à l’accoutumée…

Le rugby finissait là le cycle le plus "politique" de son histoire. À cause du régime d’Apartheid, le sport sud-africain était mis au ban du sport mondial. C’est en rugby que ce genre de mesure prenait toute sa résonance puisque ce sport était le symbole et le bastion de la suprématie blanche et parce que les Springboks étaient l’une des sélections les plus craintes de la planète. Un vrai mythe ! L’Afrique du Sud avait donc manqué les deux premières éditions de la Coupe du monde, elle ne faisait plus de tournées dans les autres nations majeures. La dernière, en Nouvelle-Zélande en 1981 avait tourné au psychodrame violent (coup de matraques, sacs de farine balancés depuis des avions). Depuis, l’Afrique du Sud était parvenue tant bien que mal à jouer quelques tests à domicile au prix de concessions minimes puis, par provocation, elle se spécialisa dans des rencontres pirates : les Cavaliers, les festivités du centenaire, où les joueurs étrangers se rendaient à titre individuel, pas gratuitement. Des pratiques professionnelles parfaites pour déstabiliser l’International Board.

Et puis, le 11 février 1990, Nelson Mandela sort de prison. Les dernières lois ségrégationnistes sont abolies en juillet 1991. La fédération blanche et la fédération multiraciale de rugby fusionnent. La Sarfu venait de naître. Les Springboks peuvent revenir sur la scène internationale, mais avec des lacunes. À l’été 1992, ils avaient perdu à domicile face aux Wallabies et aux All Blacks, dominés en vitesse et en rugby pur. Leur ouvreur vedette Naas Botha avait touché le fond en défense. On ne passe pas quinze ans au frigo impunément. Et puis la foule presque totalement blanche avait entonné "Die Stem", chant lié à l’ancien régime, tout comme les drapeaux complaisamment brandis. Un vrai froid.

L’indignation de Frédérique Bedin

Mais il n’empêche, le retour des Sud-Africains sur le sol français fit presque autant d’effet qu’une Coupe du monde. De Bordeaux, première étape, à Lille, la dernière, pour les adieux de Serge Blanco en passant par les deux tests à Lyon et Paris. Chaque sortie offrit un coup de projecteur extraordinaire, une vraie tournée à l’ancienne, avec cet épique effet "nouveauté". On retrouvait un parfum d’avant-guerre quand les images ne circulaient pas. Ces Springboks, les gens nés dans les années 60-70 ne les avaient quasiment jamais vus jouer. On les décrivait comme des colosses durs au mal et impitoyables, avec un trois-quarts centre nommé Danie Gerber, cocktail inédit de puissance et de vitesse. Mais il avait 34 ans, sa venue sonnait comme un cadeau tardif. On redécouvrait aussi ces noms curieux, venus naguère de France et des Pays-Bas : Jacques Olivier, Paul Botha Rossouw, Adri Geldenhuys, ou même d’une version latine : Petrus Pretorius. Notre préféré : Nick Labuschagne, manager adjoint. À rebours, leur entraîneur arborait le nom anglo-saxon le plus classique qui soit : John Williams.

Ces Springboks ressemblaient à de grands hommes verts tombés d’une autre planète, où avec leurs blazers à petits revers, à des acteurs des années 60 nous invitant à remonter le temps.

Et pourtant, les observateurs avaient remarqué des détails, sur la tunique vert bouteille, demeurait l’élégant Springbok, accompagné toutefois d’un nouveau symbole : quatre fleurs, nommées Protéas, symbole d’un nouveau pays. Dans les médias on lisait les propos d’un coprésident de la Sarfu, nommé Ebrahim Patel, nom indou et peau sombre, il était considéré comme "métis". Il partageait sa fonction avec un monument, Dannie Craven, le pape du rugby sud-africain, adversaire réaliste, prudent et diplomate de l’Apartheid. À 82 ans il était fatigué, mais il fit l’effort de venir le premier match de la tournée à Bordeaux, pour parler une dernière fois à son vieux copain Albert Ferrasse et recevoir un hommage émouvant des caciques de la FFR. Puis le vieux sage s’en retourna près de Stellenbosch avant de trépasser moins de trois mois plus tard, avec le sentiment du devoir accompli. Son équipe avait retrouvé sa place sur la planète ovale.

Cette tournée présentée comme celle du renouveau, connut des couacs et des polémiques. Dès l’arrivée de l’équipe à Orly, on se rend compte que l’équipe ne comporte que des joueurs blancs. Frédérique Bredin, ministre des sports s’insurge et menace de ne pas assister aux tests. Gros malaise, mais fort de ce qu’il représente, Ebrahim Patel réplique aussitôt pour déminer la situation : "Les propos de Madame Bredin ne me choquent pas, chacun peut avoir son avis. Le sien ne tient pas compte de la réalité sud-africaine. La base d’un système multiracial pour la représentation, c’est le mérite et seulement le mérite. Les questions de couleur ne font plus partie de notre vocabulaire. Et je serais heureux que le reste du monde qui nous a bien aidés se débarrasse de ce vocabulaire, il n’y a plus ni blancs, ni noirs, mais des Sud-Africains." Chef-d’œuvre de diplomatie. Pour cette première, les Boks s’inclinent face à France Espoirs (24-17) qui comptait deux hommes de couleur dans ses rangs : Léon Loppy et Jacques Sanoko. Côté sud-africains, la politique des quotas viendrait bien plus tard.

La manchette de Geldenhuys

Cette tournée connut des moments forts, la victoire de Toulouse contre une forte sélection de Midi-Pyrénées (révélation de Califano) et surtout, le succès des Boks lors du premier test de Lyon, 20 à 15, avec Danie Gerber qui jette ses derniers feux et Botha qui assure le coup dans un plan de jeu minimaliste. Premier succès international de leur nouvelle vie. Mais ces Springboks n’étaient pas devenus des poètes ou des angelots pour autant. Pas très inspirés, un peu lents, parfois même naïfs en défense, pas forcément souverains en mêlée, ils compensent par une férocité sans faille. De ce côté-là, ils étaient restés fidèles à leur légende. À Lyon, le deuxième ligne Adri Geldenhuys assène une manchette énorme à Abelatif Benazzi, K.-O. sur le coup, puis un marron des familles à Jean-Marie Cadieu. Ces Springboks-là, pas si sympathiques que ça finalement, concluent leur séjour en France sur un dernier esclandre. Le mardi, ils avaient participé à une grosse bagarre générale à Marseille contre une sélection Provence-Côte d’Azur. Après le match de Lille perdu face aux Barbarians, ils quittent brusquement le banquet après avoir refusé de se rendre à la cérémonie des Oscars dédiée à Serge Blanco. Vexés par l’arbitrage ils invoquent divers sombres prétextes, dont le retard de la délégation des Barbarians. Une attitude de mauvais perdant pas du tout raccord avec la force de l’événement. Ces Springboks n’étaient pas des Bisounours et soyons honnêtes, s’ils l’avaient été, cela nous aurait déçu !

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