Ces tricolores ont un mental de champions

  • Cyril Baille inscrit un essai plein de rage pour les Bleus. Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany
    Cyril Baille inscrit un essai plein de rage pour les Bleus. Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany
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Le XV de France a dû lutter contre un scénario improbable et un adversaire plus virulent que jamais. Même la plus forte des adversités ne l’a pas fait tomber. C’est fort. Très fort. Et le signe que ces Bleus ont des nerfs d’acier.

Le rugby international est un sport qui se joue à quinze contre quinze, le plus souvent, avec de la haute intensité, généralement, et à la fin, c’est la France qui gagne. Tout du moins en ce moment. Samedi, pour la douzième fois de suite, les Bleus ont levé les bras au coup de sifflet final.

Dans cette fabuleuse série, ce match de titans n’a ressemblé à aucun autre. Pour tout un tas de raisons. Jamais, dans leur histoire récente, les Tricolores n’avaient affronté autant d’adversité. "C’est la première fois qu’on joue une équipe qui nous impose une telle intensité dans les collisions et le combat", soufflait d’ailleurs Fabien Galthié, dans les coursives du Vélodrome. Jamais, ô grand jamais, les Bleus n’auraient pu envisager de voir leur capitaine – et accessoirement meilleur joueur du monde – recevoir un carton rouge, le premier de sa carrière qui plus est. Jamais, également, l’on aurait cru ces Boks privés d’un buteur de métier capable de passer tous leurs coups de pied, de loin et en coin. Rarement, en résumé, un test-match de ce niveau aura été émaillé de tant de rebondissements, de surprises et de coups du sort. "C’était incroyable", comme le résumait si bien Fabien Galthié. Le plus incroyable, dans tout ça ? Ce n’est pas le caractère et le physique en acier trempé des Boks, l’interminable liste des commotionnés, le renversement de Jelonch par Kolbe ou encore les larmes du colosse de pierre Pieter-Steph Du Toit. Le plus remarquable, dans cette folle soirée phocéenne, restera la capacité de la bande à Dupont à avancer face aux vents contraires d’un rival sanguinaire et aux bourrasques d’un scénario imprévisible.

Au moment où les Boks semblaient prendre l’ascendant, à coups de mauls et d’accélérateurs, Charles Ollivon et les siens ont, avec autorité, changé le cours de l’histoire. Comme s’ils pouvaient maîtriser ce qui semble incontrôlable. "Tous les joueurs sont allés chercher cette victoire, soulignait le boss des Bleus. Pourtant, on sentait qu’elle rôdait par là, la défaite. Mais les joueurs l’ont refusé. Et à quel prix… Ils ont retourné le match, mis au supplice les Springboks, collisions après collisions. […] On continue de refuser la défaite. Pour le moment, on est même drogués à ça. C’est un bon shoot." Les Bleus adorent gagner. Et détestent encore plus perdre. Ce collectif, fort d’un vécu de trente matchs (pour vingt-quatre succès, excusez du peu), serait-il immunisé contre la défiance ? "Je n’ai jamais senti le groupe douter, même quand nous étions menés", témoigne en tout cas le novice Reda Wardi. Gaël Fickou appuie : "Nous avons des certitudes, nous savons garder notre sang-froid." Et de l’orgueil : comme un symbole, le salut est venu par les mauls, là où le bât blessait jusqu’alors. Avec l’appui d’un 16e homme fabuleux, lui aussi, de résilience.

"Le peuple français peut être très fier"

Samedi, pour la cinquième fois en dix rencontres cette année, les Bleus se sont imposés par moins de sept points. Après l’Irlande (30-24), le pays de Galles (9-13), le Japon (15-20) et l’Australie (30-29), les Sud-Africains ont terminé la rencontre avec ce drôle de sentiment : l’impression d’avoir réalisé une prestation de haut niveau, de mériter le succès peut-être, mais d’être tombé face à un adversaire qui a comme un truc en plus. Un supplément d’âme. Un totem d’immunité. Qu’importe que le match soit une partie de ping-pong, un bras de fer ou un ballet offensif, les Tricolores trouvent les leviers pour prendre le dessus. Cette armada est tout terrain. Et forte d’un mental à toute épreuve. En clair, le XV de France a tous les traits d’une machine à gagner. "J’admire votre sélection, salue Siya Kolisi. Quand elle a une opportunité, elle fonce et la saisit. Son jeu est très complet. Dans ce collectif, chacun connaît sa place et sait ce qu’il a à faire." Bongi Nbonambi, auteur de l’essai de la victoire dans le temps additionnel au Stade de France en 2018, mesure le chemin accompli par ce dangereux rival depuis. C’était hier. Mais ça parait si loin : "Votre sélection a pris tellement d’expérience sur quatre ans. Elle ne ressemble plus à celle que l’on avait battue. On voit que vos joueurs sont en confiance, il y a plus d’équilibre, de maîtrise. Ça n’a rien à voir avec de la chance." Et Siya Kolisi, beau joueur et grand champion, de conclure : "Le peuple français peut être très fier." Les hommages ne sont jamais aussi beaux que quand ils sont rendus par des seigneurs.

Samedi soir, le stade Vélodrome avait de quoi être euphorique. Il a vu de dignes champions du monde. Et des Bleus encore plus grands et résistants. Insubmersibles, aurait-on presque la tentation de penser.

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Vincent Bissonnet
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