La tendance de Nicolas Augot : nom d’un vieux con

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    La tendance de Nicolas Augot : nom d’un vieux con SUSA / Icon Sport
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On pensait que ça nous arriverait jamais. Jamais. On ne basculerait pas dans ce fossé rempli de vieux cons, celui où l’on trouve les adeptes du c’était mieux avant. On avait trop entendu des vieux grincheux briser notre enthousiasme, ou cracher sur notre envie de modernité. Et puis un matin, devant votre café noir, une information passée dans un flux continu est venue nous saborder. Vous êtes devenu un vieux con, vous ne comprenez plus ce monde et ses aspérités nouvelles. J’ai pris cette baffe en apprenant que l’Écosse et l’Angleterre avaient décidé d’inscrire le nom des joueurs au dos de leur maillot.

En réalité, ce n’est pas vraiment une surprise. Le rugby business ne pouvait pas passer à côté de cette aubaine. Déjà en 2008, le pays de Galles avait tenté l’expérience lors du Tournoi des 6 Nations. Une expérience qui avait tourné court, nous laissant penser que les traditions de notre sport de gentlemen étaient bien plus fortes que le simple gain financier. Mais, à chaque transfert démesuré d’une star du football, les reportages sur les boutiques officielles des clubs prises d’assaut par les supporters pour acheter le maillot floqué avec le numéro et le nom du nouveau prophète nous donnaient quelques sueurs froides. On essayait de se convaincre que le rugby était à l’abri de cet individualisme poussé à son paroxysme dans un sport collectif. On avait tellement entendu que sans le gros pilier aux oreilles en chou-fleur, le bel arrière à la mèche gélifiée ne serait rien. On nous rappelait que si Lionel Messi ou Cristiano Ronaldo étaient capables de gagner un match avec leur seul talent, il n’en était rien d’un Dan Carter ou d’un Jonny Wilkinson malgré un palmarès long comme le bras d’un deuxième ligne. On ne pouvait pas franchir cette étape de la glorification individuelle. On ne pouvait pas non plus brûler cette croyance qui nous anime depuis l’école de rugby, celle qui vous apprend que le club, l’équipe est plus forte que tout, que vous n’êtes que de passage dans une institution, et ce qu’elle s’appelle Stade toulousain ou Trifouilly-les-Oies. Cette croyance qui vous rend si fier quand on vous confie la responsabilité d’endosser sa tenue de combat pour 80 minutes. En espérant en être digne, que ce soit en dixième série ou en Top 14. Et ce n’est pas parce que vous avez des crampons au pied que vous n’êtes pas plus important que Georgette qui tient la buvette tous les dimanches depuis 30 ans, ou Lulu qui conduit le bus ou ramasse les ballons du Stade toulousain depuis une époque où il n’y avait pas encore une caméra autour des terrains.

On se répète tout ça et on se dit que l’on est devenu un vieux con en lisant les noms des Anglais sur les tuniques du XV de la Rose. Que l’avant avait le respect des traditions même s’il n’était pas forcément mieux. On nous dit que l’on s’est bien habitué aux sponsors qui sont venus défigurer les maillots des sélections nationales. N’empêche que le café est un peu amer car le rugby se perd toujours un peu plus sur l’autel du marketing. On se dit que les très bons joueurs sont devenus des stars, et que les stars sont maintenant plus grandes que les institutions ou les croyances anciennes. Et puis, on est tellement con que l’on serait capable d’arriver au Stade de France le 28 octobre 2023 avec un maillot Bleu floqué Dupont dans le dos pour assister au sacre mondial du XV de France. On en saliverait presque. Et pour nous dédouaner d’avoir basculé dans le consumérisme primaire en bafouant nos principes d’avant, on dira fièrement que les Anglais avaient tiré les premiers.

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