France - Japon : place au beau jeu ?

  • Les Bleus pourraient signer un treizième succès consécutif face au Japon.
    Les Bleus pourraient signer un treizième succès consécutif face au Japon. Photos Midi Olympique - Patrick Derewiany - Photos Midi Olympique - Patrick Derewiany
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Très conservateurs depuis le début de la tournée d'automne, les Tricolores devraient, face au Japon, ouvrir les vannes. A moins que... 

Le postulat de départ est le suivant : le Japon, dixième nation mondiale étrillée le week-end dernier chez des Anglais pourtant encore très mal foutus, est, a priori, l’équipe la plus faible de la compétition automnale. Dès lors, ce match qui pourrait consacrer dimanche une treizième victoire consécutive pour le XV du France, est-il une aubaine pour le staff ? Et les Bleus, plutôt conservateurs lors de leurs deux premières sorties de novembre, vont-ils enfin ouvrir les vannes ? Entendez par là que depuis le coup d’envoi de la tournée d’automne, la bande à Galthié a marqué quatre essais, trois en force par des joueurs de première ligne (Julien Marchand, Cyril Baille et Sipili Falatea) et un autre via un exploit personnel de Damian Penaud, seul face à trois défenseurs australiens au Stade de France. On peut considérer, ici, que les rideaux adverses avaient plutôt bien lu les schémas offensifs tricolores, partiellement décryptés après avoir carburé trois ans durant. Mais on peut aussi imaginer que le staff du XV de France a quelque peu évolué dans son approche technique du jeu de rugby et qu’à moins d’un an de la Coupe du monde, un retour à un schéma plus traditionnel a aujourd’hui été décrété du côté de Marcoussis. Fait-on vraiment fausse route ? Et est-ce, de notre part, un injuste procès d’intention ?

Eddie Jones, vice-champion du monde avec l’Angleterre en 2019, raconte souvent que « le rugby international est fait de cycles ». Et les Coupes du monde, bâties par nature sur des « cycles » de quatre ans, ont tour à tour été marquées par la domination d’équipes au profil offensif puis par l’hégémonie de sélections dites plus conservatrices. En 2003, les champions anglais de Clive Woodward et Martin Johnson s’étaient avant tout appuyés sur une dimension physique hors norme et un plan de jeu pragmatique pour remporter le Mondial australien et à ce sujet, le grand « Jonno » nous disait le mois dernier : « Nous pensions à l’époque qu’un gros paquet d’avants, l’abattage de Neil Back et Richard Hill au sol et surtout, les coups de pied de Jonny (Wilkinson) et Mike Catt étaient des préalables non négociables à la victoire finale. Cela s’était confirmé. » Quatre ans plus tard, la première Coupe du monde disputée sur le territoire français avait alors été gagnée sur le même modèle, les Springboks s’appuyant alors sur une défense hermétique, les coups de pied de Frans Steyn ou Percy Montgomery et, sur la ligne de front, les colosses que l’on sait. C’est grâce, ou plutôt par l’entremise des All Blacks (tous les styles de jeu sont respectables, après tout…) que le rugby international changea radicalement de visage en 2011 et 2015, une époque où le jeu total pratiqué par les Néo-Zélandais, associé à la déliquescence subite des « purs gratteurs » tels David Pocock ou Heinrich Brussow, avait subjugué la planète…


Diables verts et All Bleus comme des Springboks

La suite ? Vous la connaissez et depuis que les Springboks ont décroché au Japon le troisième sacre mondial de leur immense histoire, il semble que le rugby qui gagne soit celui que pratiquent les coéquipiers de Siya Kolisi et Eben Etzebeth. Qui porte la ceinture de champion du monde ? Ces Boks qui occupent au pied, défendent fort et dominent dans le combat d’avants. Qui squatte depuis l’été dernier la première place du classement mondial établi par World Rugby ? Ces Irlandais qui jouent, on le jurerait, comme des Sud-Africains et associent leur actuelle domination sur les plus beaux athlètes de l’hémisphère Nord, la botte de Johnny Sexton et des plaqueurs hyperactifs, qu’ils se nomment Josh van der Flier ou Tadgh Beirne. Et qui vient de remporter le grand chelem, a battu toutes les plus grandes équipes du circuit international et est aujourd’hui donné favori du prochain Mondial ? Le XV de France, son jeu de « dépossession » qui fait désormais sa marque de fabrique, son paquet d’avants plus lourd qu’aucun autre (il affichait 926 kg à Marseille, contre 918 kg aux Springboks…) et ses gratteurs (Julien Marchand, Uini Atonio, Jonathan Danty, Grégory Alldritt) en capacité de ralentir, ou carrément briser, les attaques adverses. Eh bien ? Vous vouliez savoir à quoi ressemblera la prochaine Coupe du monde ? On peut se tromper mais alors que la tournée de novembre touche à sa fin, on jurerait que le dernier France - Afrique du Sud en a donné une idée plutôt précise…


Des Japonais trop polis… voire inoffensifs ?

Si l’on croit, néanmoins, que la dernière levée de novembre, dimanche après-midi à Toulouse, sera plus ouverte que les deux l’ayant précédée, c’est qu’en tout état de cause, le Japon est à l’Afrique du Sud ce que le diable est au bon Dieu. Vifs, rapides, plus doués techniquement qu’aucune autre équipe au monde, les Brave Blossoms de Jamie Joseph jouent beaucoup, beaucoup trop et sans discontinuer. L’été dernier, alors que les réservistes tricolores s’étaient rendus en Asie, il s’en était même fallu d’un « noodle » pour que les coéquipiers de Charles Ollivon perdent le dernier test de Tokyo, une rencontre qu’avait dominée de la tête et des épaules ces Japonais talentueux au possible mais beaucoup trop naïfs pour être vraiment crédibles. À ce titre, on n’oublia jamais ce que nous confia alors un membre du XV de France, peu avant de monter dans l’avion du retour : « A Toyota puis Tokyo, on a parfois eu l’impression que les Japonais s’arrêtaient avant de nous faire mal. Là-bas, seuls leurs étrangers, comme le centre australien (Dylan Riley) ou le deuxième ligne sud-af’ (Wimpie van der Walt) appuyaient vraiment leurs plaquages et entraient pour nous meurtrir. C’était comme s’ils n’avaient pas voulu nous battre. Comme s’ils avaient eu peur de nous vexer. »

C’est certes caricatural et un rien excessif. Mais à bien des égards, se dégage aujourd’hui de cette équipe japonaise flattant régulièrement nos rétines une vague impression de naïveté ou d’inoffensivité, quand bien même son ultime voyage en France, à l’automne 2020, avait conduit aux licenciements de Guy Novès et son staff, alors composé de Yannick Bru et Jeff Dubois. Vu de loin, il n’y a donc a priori pas photo entre les favoris du prochain Mondial et la bande à Jamie Joseph. Vu de près, on se demande simplement dans quel état de délabrement le récent ouragan « Springbok » a laissé notre bien aimé XV de France…

Marc Duzan
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