L'edito - Sanctions et récompenses : le rugby français est-il parano ?

  • Antoine Dupont a écopé de quatre semaines de suspension après son carton rouge contre l'Afrique du sud.
    Antoine Dupont a écopé de quatre semaines de suspension après son carton rouge contre l'Afrique du sud. Icon Sport - Icon Sport
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C’est étonnant, tout de même. Un alignement de faits qui, soudain, a lissé l’enthousiasme et jeté une légère interrogation sur une séquence d’automne pourtant jusqu’ici 100 % favorable aux Bleus. En commençant par les jours qui ont suivi France-Afrique du sud, où les Bleus n’avaient pas été desservis par le fait arbitral. Et comme pour équilibrer les débats : trois semaines de suspension pour Pieter-Steph du Toit, quatre semaines pour Antoine Dupont.

Disons-le clairement : les deux cartons rouges étaient mérités et normalement distribués. Le jeu des condamnations en commission de discipline est en revanche plus opaque.

On veut bien entendre qu’en bonne logique anglo-saxonne, ces sanctions sont l’aboutissement d’un raisonnement structuré en arborescence : - un point d’entrée selon la qualification de la faute ; - puis une succession de circonstances (aggravantes ou atténuantes) : force et intensité, culpabilité reconnue, récidive, blessure de l’adversaire, intentionnalité… - et la sanction qui tombe au bout de ce cheminement de critères observables et prétendument objectifs.

Simple, factuel, imparable ? Dans le cas qui nous intéresse, la logique a surtout débouché sur une incohérence des châtiments, proche de la malhonnêteté intellectuelle. Une situation absolument inaudible pour le spectateur, qui ne retiendra qu’une seule chose - et il aura raison : un fait de jeu malheureux (Dupont) engendré par un simple manque de maîtrise a été plus durement sanctionné qu’un immense coup de cigare en pleine tête, venu pour blesser et qui a rempli son contrat, Danty quittant définitivement la pelouse. En robotisant le processus, on lui a ôté tout bon sens.

De même, plus récemment, avec les récompenses annuelles de l’instance suprême. Les Français, invaincus en 2022, ne prennent aucun trophée majeur aux World Rugby awards et ne placent que deux joueurs parmi le XV de l’année. Si on n’enlèvera rien à la saison absolument exceptionnelle des Irlandais (deux fois vainqueurs des All Blacks sur leurs terres, vainqueurs en Angleterre et seulement tombés en France, les armes à la main) voir les Bleus relégués derrière l’Afrique du Sud, au même rang que la Nouvelle-Zélande et l’Angleterre après une année « carton plein » a de quoi interpeller.

Coïncidence ? Il est heureusement permis d’y croire, plutôt que de verser absolument dans une théorie complotiste qui mord si durement toutes les actualités bien plus graves du moment. Rien de dramatique aussi, direz-vous, et vous aurez sûrement raison. La vérité sera ailleurs, dans un an, lors de la Coupe du monde en France.

Mais le fait est que, dans un contexte de fortes tensions entre la très anglo-saxonne World Rugby et les dirigeants français, la question d’un ruissellement des aigreurs politiques sur le terrain sportif s’impose légitimement. Beaucoup se la posent, en interne et dans les deux camps. Le rugby français gagne beaucoup, en ce moment, et sur tous les terrains. Les jalousies viennent avec. Et une entreprise de déstabilisation ? Il faudra aussi l’intégrer.

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