Portrait - Rémi Picquette, le ch’ti colosse !

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Rémi Picquette - deuxième ligne de la Rochelle - Depuis la dernière tournée d’été au japon, le deuxième ligne de La Rochelle fait des allers-retours dans le groupe France de Fabien Galthié avec l’ambition d’enfiler le maillot bleu.

Rémi Picquette est un colosse avec un potentiel exceptionnel. Son ancien manager à Vannes Jean-Noël Spitzer en était persuadé, comprenant le départ logique de son protégé pour le Top 14 à l’été 2021 : Rémi Picquette était un futur international en puissance. Moins d’un an après avoir quitté la Bretagne pour La Rochelle, l’ancien vannetais était de la tournée des Bleus au Japon. « Je ne lui ai pas donné raison, tranche dans un grand sourire l’imposant deuxième ligne qui n’a toujours pas connu sa première sélection. C’était une première expérience enrichissante. J’ai rencontré des mecs et vu une nouvelle façon de travailler. L’équipe de France, c’est encore un autre niveau. J’ai été surpris d’être appelé et de faire cette tournée. Je pense que je n’ai pas apporté ce que je pouvais même si c’était enrichissant de faire des stages comme ça et pouvoir se rendre compte de ce qui se passe. Ça donne envie d’y retourner. »

Le Rochelais a eu le temps de réfléchir pour livrer une analyse objective : « C’était une première expérience internationale. C’est un rythme différent, et il faut prendre des nouvelles habitudes avec des joueurs que l’on ne connaît pas. J’avoue que j’étais un peu perdu. Je pense que c’est pour ça que Fabien Galthié ne m’a pas fait jouer. Il s’attendait certainement à autre chose en me voyant jouer en club. Il n’a pas vu ce qu’il voulait voir aux entraînements. » Rémi Picquette fait preuve d’un recul désarmant, d’une grande capacité de remise en question et surtout d’une volonté de toujours se remettre au travail, lui qui a débuté cette saison avec l’ambition de prouver qu’il peut faire toujours mieux pour seulement sa deuxième saison en Top 14. « En rentrant en France, j’avais beaucoup moins de recul. Je me suis dit : j’ai tout gâché. J’ai toujours un peu d’amertume car je me dis que j’aurai pu aller chercher ma première cape en équipe de France, mais je me suis dit que si je continuais de travailler, j’aurais encore ma chance et je ne commettrai pas les mêmes erreurs. »

« J’étais avec des mecs qui faisaient du rugby tous les jours depuis leur jeunesse. Je me disais qu’ils étaient forcément meilleurs que moi »

Lors de la tournée au Japon, le Rochelais a certainement été rattrapé par le syndrome de l’imposteur contre lequel il doit se battre depuis le début de sa carrière. En effet, ce natif du Nord n’avait jamais pensé foulé un terrain de rugby dans sa vie. « J’ai commencé le rugby à 17 ans, avant j’étais un gros geek. » En réalité, Rémi Picquette n’avait jamais vraiment fait de sport avant cet âge-là, mis à part à l’école, en étant un peu contraint et forcé. « Parfois, je jouais au foot avec les copains dans le jardin mais je me plaçais au goal. » Le sport ne fait pas partie de sa vie malgré un physique hors normes. Ses parents n’ont pas non plus cette culture : « Mon père a fait un peu de handball et puis il s’est fait les croisés, et les croisés tu connais (rires). Et après, il était plus clopes et bières (rires). C’est hyper atypique car nous avions des physiques solides qui auraient pu nous permettre de faire des sports de combat mais ce n’était pas dans l’esprit de notre famille. Mais, lors d’une soirée, un ami de mon père, entraîneur de rugby à Tourcoing, m’a dit de venir essayer. J’aimais bien faire du sport de temps en temps mais je n’y voyais pas trop d’intérêt. Je préférais l’ordinateur et jouer à Fifa, League of Legends ou Age of Empires avec mon petit frère. Donc, j’en faisais rarement car je n’avais d’idée dans quel sport me lancer. Je suis allé essayer avec un ami et j’ai tout de suite adoré. » 

À l’âge où Rémi Picquette enfile ses premiers crampons, effectue ses premiers tours de terrain en tentant de visser une passe, les futurs professionnels remplissent déjà les pôles espoirs, s’entraînent presque quotidiennement et s’affûtent dans les salles de musculation. Après une saison et demie à Tourcoing, Rémi Picquette débarque à Lille pour jouer en Crabos. Au cours de sa deuxième saison, sa mère décide d’envoyer son CV aux clubs de Pro D2 alors que, de son côté, il se prépare pour intégrer l’Edhec Business Scholl de Lille, dont il est d’ailleurs toujours étudiant. « La démarche de ma mère était naïve. Elle voyait que je m’amusais bien et que j’avais juste envie de continuer. » Plusieurs clubs se montrent intéressés en découvrant les mensurations de cet inconnu du Nord, mais La Rochelle propose même un essai d’une semaine avec les Espoirs. Suffisant pour convaincre les deux parties. « Mes parents ne s’attendaient pas à ça en envoyant ce CV. Là, ils ont rencontré le président Merling et Patrice Collazo à l’époque pour signer un contrat espoir. Ma mère n’imaginait pas ça. Elle voulait simplement que je continue de m’amuser. »

« J’aimais bien faire du sport de temps en temps mais je n’y voyais pas trop d’intérêt. Je préférais l’ordinateur »

Il débarque alors dans un monde qu’il ne connaît pas et dont il n’a pas tous les codes alors qu’il doit aussi s’émanciper loin des siens. Les premiers mois sont difficiles et Rémi Picquette se demande ce qu’il fait là. « Au début, j’étais très fatigué. À Lille, je devais faire une séance de musculation par mois. Quand je suis arrivé, j’étais vraiment à la masse tout le temps, en muscu et sur le cardio. Mais j’ai appris, je me suis habitué et j’ai travaillé. J’ai fait trois ans et quand mon contrat espoir s’est terminé, on m’a fait comprendre que j’étais trop tendre pour passer pro ici. On m’a dit qu’il fallait que j’apprenne le rugby et je suis parti à Vannes. C’est clair que le syndrome de l’imposteur était grand. J’étais avec des mecs qui faisaient du rugby tous les jours depuis leur jeunesse. Je me disais qu’ils étaient forcément meilleurs que moi, d’autant plus que je n’avais pas vraiment confiance en moi. Ce n’était pas facile, mais j’ai appris à devenir un homme et à m’assumer. Le rugby m’a donné confiance et ça m’a permis d’effacer au fur et à mesure ce syndrome de l’imposteur. »

Il a surtout dû comprendre que son physique atypique était une force et non plus une contrainte. « Depuis tout petit, j’ai toujours été le plus costaud et je faisais toujours mal aux gens autour de moi, même aux adultes. Donc, je faisais attention de ne pas faire mal aux autres. Quand on m’a dit, vas-y : fais mal, j’ai mis énormément de temps à comprendre. Le Pro D2 m’a fait beaucoup de bien car il n’y a pas de cadeau. » Rémi Picquette apprend à devenir un joueur de rugby, acquiert du temps de jeu et prend confiance en lui, au point de devenir la poutre d’un pack breton qui fait peur à toute la division. « J’ai pris du temps de jeu et j’ai explosé. J’ai beaucoup aimé, je suis même passé capitaine pendant un match donc j’ai senti que je prenais plus d’ampleur dans le groupe. Les mecs à côté commençaient à avoir confiance en moi. » Quand Grégory Patat lui demande s’il veut revenir à La Rochelle, il n’hésite pas, même s’il sait qu’il sera en concurrence avec Will Skelton.

L’envie de se frotter au Top 14 et revenir en étant transformé à La Rochelle est trop grande. « Will Skelton prend un peu de place (rires). Il est évident que je ne me dis pas que je vais être titulaire à tous les matchs. Je travaille dans son ombre, mais surtout en face de lui toute la semaine donc j’essaie d’apprendre et de m’imprégner au maximum de ce qu’il peut m’apporter. Il a une telle expérience. C’est un animal. Il n’est pas humain. Quand il joue en Top 14, j’ai l’impression qu’il joue avec des enfants. J’en discute des fois avec lui et il me dit : tu veux jouer combien de temps sur ce match, alors je lui réponds laisse moi trente minutes. C’est mon premier concurrent mais c’est un amour. C’est un mec génial. Il prend de la place mais il le mérite. » Rémi Picquette a appris à gagner sa place, en prenant des chemins inattendus et en se nourrissant de l’expérience des autres. « Ça fait dix ans que je suis dans le rugby. J’ai encore beaucoup à apprendre mais j’ai maintenant les bases avec plus d’une soixantaine de matchs en Pro D2 et une trentaine en Top 14 et champions Cup. » Il a aussi retrouvé le groupe France lors de la tournée d’automne, alors que son temps de jeu en club est en progression, démontrant ainsi qu’il arrive à se faire une place aux côtés de Will Skelton. Ce qui prouve que tout est permis.

Digest

Rémi PICQUETTE

Deuxième ligne de La Rochelle

Né le : 23 février 1995 à La Chapelle-d’Armentières (Nord)

Mensurations : 2 m, 117 kg

Poste : deuxième ligne

Clubs successifs : Tourcoing (2011-2012), Lille (2012-2014), La Rochelle (2014-2017), Vannes (2017-2021, La Rochelle (depuis 2021)

Palmarès : vainqueur de la Champions Cup (2022)

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