L'édito : carnet de campagne

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    L'édito : carnet de campagne Anthony Dibon / Icon Sport
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L'édito du vendredi par Emmanuel Massicard... Avant de vous souhaiter un joyeux Noël et de partager un magnifique "Boxing Day", travaillons un peu notre mémoire collective. Vous êtes prêts ? Alors, jouons. En mode "Question pour des champions" : qui se souvient de l’année 1991 ? Perso, je n’ai quasi rien oublié de ces douze mois entre autres marqués par la fin de l’abolition des dernières lois d’Apartheid en Afrique du Sud, la guerre du Golfe, le traité de Maastricht, l’assassinat de Ghandi, les disparitions de Freddie Mercury, Yves Montand, Miles Davis ou Serge Gainsbourg, la fin de l’Union Soviétique. Sans oublier la reddition de Pablo Escobar.

Côté rugby, l’Australie avait remporté la Coupe du monde, l’Angleterre le grand chelem et les Rapetous de Bègles le championnat. Surtout, notre petit monde franco-français s’était offert tout en contrastes et souvent même en contradictions. Sur le terrain comme en dehors, nous avions emprunté des montagnes russes aux pentes vertigineuses.

Il en fut ainsi du XV de France, étincelant pendant le Tournoi et tout particulièrement en Angleterre où Saint-André inscrivit "l’essai du siècle" ; bientôt trente-deux ans plus tard, l’action file encore les frissons au gamin que j’étais, sidéré par le chef-d’œuvre. La bande à Blanco avait partagé ce que notre rugby a de plus beau : l’audace, la générosité et le talent.

Hélas, ce coup d’éclat eut son revers, quatre mois plus tard. La deuxième édition de la Coupe du monde du rugby accoucha d’une sinistre élimination des Bleus en quart de finale, face aux Anglais. Cette fois, les bons génies restèrent coincés dans leur boîte. Aux prémices du professionnalisme, les Bleus s’affichèrent en une sélection bancale, cherchant son unité et sa raison d’être.

Ce grand écart témoigne de l’état du rugby français à l’époque, divisé comme aux plus mauvais jours. Et sa vitrine, l’équipe de France, portait le reflet d’une fédération minée de l’intérieur par des luttes de pouvoir. Jusqu’en décembre 1991, le bal des ambitieux fit tourner - et tomber - de nombreuses têtes qui avaient en point de mire la succession d’Albert Ferrasse, patron de la FFR trônant depuis 23 ans. Robert Paparemborde et Jean Fabre (l’héritier désigné), ne résistèrent pas à la rouerie "ferrassienne". Dans un ultime tour de manipulation, c’est un quasi-inconnu, Bernard Lapasset, qui fut élu et porta l’héritage d’une maison secouée par des conflits politiques si intenses qu’ils eurent des effets dévastateurs sur le sportif et le XV de France.

Pourquoi un tel devoir de mémoire ? Tout simplement parce que l’histoire semble bégayer vingt-et-un ans plus tard même si les époques n’ont rien à voir. Les Bleus paraissent certes plus solides, et mieux armés que leurs anciens alors pilotés par un certain Fabien Galthié. Mais la Fédération est à nouveau offerte aux turbulences, avec un président confronté à une forte opposition ; question d’habitude me direz-vous : en 1996, Lapasset se retrouva lui aussi sous un feu nourri…

Cette fois, Bernard Laporte est en première ligne, au cœur d’une mêlée relevée jusqu’au ministère des Sports. Face à la pression, il doit quitter son poste (à voir la forme : retrait ou démission ?). Du coup, sa succession est ouverte sur tous les fronts, avec la promesse de la Coupe du monde 2023 pour réveiller les appétits et pimenter la campagne.

Souvenez-vous 1991 : les premiers ne seront pas forcément les vainqueurs. Nous ne sommes pas à l’abri de quelques surprises, revirements de situations et autres trahisons dans la guerre de succession… Surtout si la "chienlit" venait à déborder du calendrier, mettant à mal l’union sacrée qui protège aujourd’hui les Bleus ! Souvenez-vous, et retenez bien la leçon.

Midi-Olympique
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