L'édito : indéfendable ?

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L'édito du vendredi par Léo Faure... Feuilleton du début de semaine, où les réseaux sociaux font souvent plus graveleux que le café du commerce. Deux jours plus tôt, samedi dernier, Mathieu Acebes (Perpignan) était l’auteur d’un violent coup de tête au visage du Rochelais Jonathan Danty, alors au sol et pris par surprise. Il s’ensuivit des insultes de supporters, un mea culpa du joueur, une communication officielle du club catalan et une réponse cinglante de l’agressé : « tu ne regrettes pas ton geste et je ne l’excuse pas. »

Le geste d’Acebes est-il indéfendable ou inexcusable ? L’histoire sportive nous éclaire. Souvenirs de 2001 et d’une séquence télé devenue à ce point culte qu’elle tourne encore sur les ondes, façon « jingle ». En plateau, Eric Cantona qui, c’est peu de le dire, avait une certaine idée de la provocation. Et la rancune tenace.

En cette année 2001, « king Canto » confrontait un duo de journalistes dans un langage pour le moins fleuri. Six ans plus tôt (1995), les deux plumitifs avaient écrit ce mot, « six cols à la Une » du journal L’Équipe : « indéfendable. »

En dessous du titre, le coup de pied « kung-fu » de l’attaquant français sur un supporter de Crystal Palace, par-dessus la main courante. Et Cantona de questionner : « qui n’est pas défendable ? […] Indéfendable, c’est pire qu’une insulte. Indéfendable, cela veut dire que ce mec, on le met de côté, personne ne le défend et on l’envoie aux oubliettes. »

Passons sur le reste des vulgarités d’usage. Sur le fond, l’idole de Manchester United posait pourtant une question intéressante, empruntant ici des chemins quasi philosophiques sur lesquels il se hasarde parfois, médiatiquement, avec plus ou moins de réussite : un geste peut-il être indéfendable ?

Pour les férus de justice, on rappellera que Guy George, Klaus Barbie ou plus récemment les auteurs des attentats du 13 novembre 2015 ont effectivement été défendus par quelques avocats du diable. C’est le propre d’une société effleurée par la sagesse. Défendre ne veut pas dire absoudre. Défendre est nécessaire.

Dès lors, le geste de Mathieu Acebes sur Jonathan Danty est-il indéfendable – comme on a pu l’entendre – ou, dans une moindre mesure, impardonnable ? Bien sûr que non. Le travail de pardon est un devoir, plus encore qu’un droit. Ce qui n’enlève rien à sa qualification imbécile et gratuite.

Le capitaine perpignanais, qui reconnaît lui-même avoir franchement disjoncté et le regretter au premier chef, fait peut-être cet exercice de repenti à dessein de réduction de peine – c’est en tout cas l’avis de Jonathan Danty. Ce mea culpa ne suffira certainement pas, au regard des images. Quand bien même il aurait été la cible de provocations, ce qui ne justifie et n’atténue rien.

Il lui faudra assumer. La sanction devra être lourde. Ce coup de tête, violent et gratuit, aurait fait sourire hier le rugby à papa ? Il est aujourd’hui inconcevable sur un terrain de sport, et c’est tant mieux. Ce geste est inadmissible, il sera jugé comme tel. Et personne ne pleurera sur le châtiment prononcé. Ce geste, en revanche, n’est ni impardonnable, ni indéfendable. Sanctionné, Acebes aura aussi droit à un lendemain.

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