UNSS : un drame local à l’impact national

  • L’accident de Mathias Dantin va-t-il avoir des conséquences à l’avenir sur la pratique du rugby dans les enceintes scolaires ? C’est en tout cas la crainte de bon nombre d’éducateurs et d’acteurs du rugby.
    L’accident de Mathias Dantin va-t-il avoir des conséquences à l’avenir sur la pratique du rugby dans les enceintes scolaires ? C’est en tout cas la crainte de bon nombre d’éducateurs et d’acteurs du rugby. Icon Sport
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L’accident de Mathias Dantin (17 ans), mi-décembre à Tarbes, a poussé l’éducation nationale à mettre à l’arrêt le rugby à plaquer "jusqu’à nouvel ordre" dans le cadre de l’unss.

C’est un drame local aux répercussions nationales. La vie de Mathias Dantin a basculé le 14 décembre, au cours d’un banal match de rugby Union nationale du sport scolaire (UNSS) entre lycées sur un terrain de Tarbes (Hautes-Pyrénées). Jérôme, le papa de la victime, raconte sur rugbyrama.fr : "Ce mercredi-là, j’avais fini le travail plus tôt qu’à l’accoutumée et j’ai profité de ce temps libre pour aller voir jouer Mathias qui disputait un match scolaire. Il jouait ailier. Je me suis placé le long de la touche, sur un côté du terrain où j’étais le seul spectateur. Le sort a voulu que l’action tragique se déroule à quelques mètres de moi seulement. À la façon dont il est retombé au sol, j’ai compris immédiatement que c’était très grave et Mathias aussi. Il n’a jamais perdu connaissance, il est toujours resté parfaitement conscient. Il a senti craquer ses cervicales. L’action n’était pas encore terminée que j’étais déjà auprès de lui sur la pelouse. Je touchais ses membres pour voir s’il les sentait. Mathias m’a dit que ça avait craqué et qu’il fallait que j’appelle les pompiers…" Après un héliportage vers un centre de soin compétent et deux lourdes opérations chirurgicales, le verdict tombe, implacable : tétraplégie.

Conséquence directe de l’accident, dès le 16 décembre, l’Éducation nationale fait parvenir aux principaux et proviseurs de toute la France un avis de suspension du rugby UNSS "jusqu’à nouvel ordre". Des commissions mixtes nationales rugby UNSS-FFR et UNSS-FFR XIII se sont tenues les 3 et 5 janvier pour étudier les modalités de la pratique du rugby dans des conditions optimales à partir de janvier 2023. Et si la reprise du rugby à 5 et du XIII ont été actées dès le 6 janvier, pour les rugby à plaquer "des mesures complémentaires de nature à optimiser la préservation de l’intégrité physique des licenciés sont étudiées avant toute date de reprise effective".

Réaction épidermique

L’Éducation nationale, en choisissant de mettre le rugby UNSS à l’arrêt, a eu une réaction épidermique à un drame majuscule qui bouleverse tout le landerneau rugbystique et même au-delà, comme le prouve la quantité incroyable de soutiens reçus par la famille de Mathias. Ce coup du sort épouvantable qui frappe aujourd’hui la famille Dantin soulève mille problématiques auxquelles le temps n’est pas venu de répondre, la situation médicale du jeune homme - "en progrès mais pas encore stabilisée" selon son papa - étant la seule problématique actuelle digne d’intérêt. En creux se poseront très vite les questions de l’indemnisation de l’accident et du précédent que pourrait créer le drame.

Mais un accident, aussi grave soit-il, justifie-t-il l’arrêt total d’une pratique qui, et on aurait tendance à l’oublier, est une formidable voie d’accès au rugby pour les jeunes, doublée d’un pourvoyeur de talents pour les clubs ? Guy Novès, qui fut un émérite professeur de sport avant d’embrasser la carrière d’entraîneur que l’on connaît, a son avis : "L’UNSS est un marchepied pour de futurs cracks. À Pibrac, j’ai eu Jean-Luc Sadourny, Dominique Dal Pos et David Skrela. Pour ceux qui jouent déjà en club, le rugby scolaire est souvent un complément de formation, avec une pédagogie adaptée et des différences par rapport au rugby de club. Pour moi, les sessions scolaires étaient très importantes, je m‘y investissais à fond. Je tentais de bâtir un certain état d’esprit et une continuité à travers les générations qui se succédaient. Les jeunes du collège me donnaient des frissons alors que plus tard au Stade, les professionnels adultes ne m’en donnaient pas."

Plus près de nous, le lycée agricole Les Vaseix, aux portes de Limoges, a offert à notre rugby féminin trois de ses internationales les plus férues avec Clara Joyeux, Pauline Bourdon et Agathe Sochat. À l’heure où le rugby doit trouver de nouveaux leviers pour attirer et fidéliser ses joueurs, il apparaît injuste de couper la mamelle du sport UNSS, où l’enseignement est prodigué par des hommes et des femmes dûment formés. Malheureusement, la fatalité est une chienne et un accident peut toujours arriver. Sur le terrain de rugby ou près de la piscine, le danger est partout.

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David BOURNIQUEL
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