XV de France - Comment la blessure de Jelonch a inoculé le virus de la peur

  • La blessure dans un coin de la tête
    La blessure dans un coin de la tête
  • Gaël Fickou auprès d'Ethan Dumortier lors du match contre l'Écosse
    Gaël Fickou auprès d'Ethan Dumortier lors du match contre l'Écosse Midi Olympique - Patrick Derewiany
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La grave blessure d’Anthony Jelonch, aujourd’hui lancé dans une course contre la montre pour être présent au rendez-vous de la Coupe du monde (8 septembre-28 octobre 2023), a jeté un froid dans les rangs du XV de France. Et inoculé le virus de la peur…

Le couperet est tombé en début de semaine. Anthony Jelonch, sorti sur blessure (24e minute) dimanche lors de la rencontre du Tournoi des 6 Nations face à l’Écosse, souffre donc d’une rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche. Un coup de massue pour le joueur à bientôt six mois du coup d’envoi de la Coupe du monde en France. Un coup de tonnerre dans le microcosme du XV de France, venu rappeler la fragilité de tout un système dans un contexte où la surutilisation des joueurs est un sujet constamment au cœur des débats. Le courroux du père du troisième ligne à l’égard du staff du XV de France en dit long. Il l’a exprimé dans les colonnes du Parisien : "Qu’a fait le staff du XV de France ? Pourquoi avoir relancé Anthony, sorti pour un protocole commotion (quelques instants avant qu’il ne se blesse), alors qu’on avait deux remplaçants avec François Cros et Sekou Macalou ? J’étais dans les tribunes, j’étais fou. En le laissant se reposer, on aurait pu éviter ce qui est arrivé ensuite." Et d’ajouter : "Raphaël Ibanez (manager du XV de France) m’a appelé pour me dire qu’ils ne le lâcheraient pas. Mais Anthony n’a pas besoin du staff du XV de France aujourd’hui. Il a besoin d’un bon chirurgien et de sa famille." Les mots sont durs, ils sont frappés du sceau de la colère d’un papa qui voit le rêve de son fils s’éloigner. Parce que disputer une Coupe du monde en France, c’est sans doute le Graal de tout rugbyman de l’Hexagone.

Désormais, le Toulousain est lancé dans une course contre la montre. Un combat qui devrait durer de longs mois pour tenter de réaliser l’impossible : être au rendez-vous du Mondial.

En 2007, le pilier du XV de France Sylvain Marconnet a vécu pareille situation, à l’exception que sa blessure n’est pas intervenue dans le cadre sportif. Début mars, le pilier alors le plus capé du rugby français était victime d’une double fracture tibia-malléole spiroïdale de la jambe gauche, lors d’un accident de ski. Une pathologie complexe. "À l’annonce du diagnostic, tout aurait pu s’écrouler, mais très vite j’ai eu le soutien du sélectionneur et de tout le staff. Bernard (Laporte) m’a appelé pour me dire qu’il comptait tout de même sur moi. Il m’a dit : "Récupère, remets-toi vite sur pied, on t’attend." Ça m’a fait un bien fou. Et puis, je me suis mis à compter les jours. Ça a été un combat de chaque instant, une vraie course contre la montre." Las, Sylvain Marconnet s’est vu contraint de renoncer à quelques semaines du fameux France-Argentine, match d’ouverture de la Coupe du monde 2007 au Stade de France. "C’est mon corps qui a dit stop, raconte-t-il. Nous étions à Marcoussis au mois d’août, les matchs de préparation débutaient et je me devais d’être lucide et honnête vis-à-vis du staff. On avait tout essayé, tout tenté, mais c’était devenu impossible."

Tous y pensent chaque jour un peu plus

Qu’en sera-t-il pour Anthony Jelonch ? Le natif du Gers sera opéré en début de semaine prochaine. Les délais les plus optimistes forcent malheureusement au pessimisme. Victime de la même blessure en ouverture du Tournoi 2019 face aux Gallois le 1er février, le talonneur Julien Marchand avait par exemple rejoué avec Toulouse le 12 octobre, plus de huit mois après. "Je ne suis pas médecin, glisse ici Sylvain Marconnet, un peu gêné d’évoquer le sujet. Mais c’est un mec solide, un combattant, le genre de type qui ne lâche rien. Ce qui est important, c’est que le staff des Bleus lui donne de la confiance. Pour moi, la confiance de Bernard (Laporte) et Jo (Maso) a été capitale, même si ça s’est mal terminé. Mais sans cette confiance, sans doute que je ne me serais pas autant battu pour revenir."

D’autres exemples montrent qu’à l’impossible, nul n’est tenu (lire ci-contre). En 2011, le troisième ligne des Bleus Imanol Harinordoquy avait vécu une préparation douloureuse et tronquée. "Je souffrais d’une aponévrose de la voûte plantaire, raconte le Basque. Au début de la préparation estivale, je ne pouvais pas poser le pied par terre. Simplement, il me fallait être patient. J’avais passé les trois premières semaines à réapprendre à marcher et à courir au fond de la piscine. Mais, contrairement à Anthony, je n’avais rien de cassé ou rompu. Au fond de moi, j’ai toujours eu la certitude que je serai présent au rendez-vous du Mondial."

Justement, parlons-en de cette certitude. La blessure de Jelonch a jeté un immense coup de froid sur les joueurs du XV de France. Tous connaissent les risques du métier, tous savent qu’aucun d’eux n’est à l’abri d’une telle mésaventure. Mais, sans jamais le confesser, à mesure que l’échéance du Mondial approche, tous y pensent chaque jour un peu plus.

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Les commentaires (3)
jmbegue Il y a 30 jours Le 02/03/2023 à 23:35

"Les mots sont durs, ils sont frappés du sceau de la colère d’un papa qui voit le rêve de son fils s’éloigner."
Non, ils ne sont pas frappés du sceau de la colère mais de celui du bon sens.

thomas34070 Il y a 29 jours Le 03/03/2023 à 13:43

le joueur a passé le protocole commotion avec succes, ce qui arrive a plusieurs reprises a chaque journees de championnat ou de matchs internationnaux, quand le protocole reussit, il est tout de meme pas courant que malgres un succes au protocole le joueur ne revienne pas. pourquoi en aurit il ete autrement, parce que ca arrange certaine personne que le staff porte le chapeau?

Josh15 Il y a 26 jours Le 06/03/2023 à 22:58

D'accord avec Thomas. De plus, la blessure n'a rien a voir avec la commotion.
La repetition des postures creee ces blessures des ligaments. C'est un long processus, et chaque corps reagit differemment. Cela lui serait malheureusement tombe dessus dans les prochains entrainements ou matches.