Et si c’était le meilleur XV de France de l’histoire ? Cinq légendes jugent les Bleus

Les Bleus ont réalisé l’année parfaite réalisant un dix sur dix. Ils portent à treize victoires, le record de succès consécutif. Photos Midi Olympique - Patrick Derewiany
Face au Japon ce dimanche à Toulouse, les Bleus ont porté à treize leur série de victoires consécutives. Midi Olympique a réuni cinq légendes (Jean-Pierre Rives, Serge Blanco, Philippe Sella, Fabien Pelous et Olivier Magne) pour débattre de leur place dans le grand roman du rugby hexagonal.

La question est volontairement provocatrice. Peut-être prématurée mais tellement légitime : est-on en présence de la meilleure équipe nationale que la France ait connue ? En alignant un treizième succès de rang, et en signant un dix sur un dix en 2022, les hommes de Fabien Galthié ont déjà laissé leur empreinte dans le grand roman des Bleus, jusqu’à s’imposer comme les favoris du prochain Mondial. Midi Olympique a choisi de sonder cinq légendes pour répondre à l’interrogation. Alors messieurs, ces Tricolores sont-ils déjà les plus grands ? « Je ne sais pas encore mais cette équipe en prend le chemin, affirme Philippe Sella, ancien trois-quarts centre aux 111 sélections. Les derniers résultats plaident pour une plus grande reconnaissance encore pour elle, aussi pour les valeurs dégagées. Le groupe France gagne, améliore ses performances, continue de s’investir dans la production, dans le fait de vouloir faire mieux, de grandir encore, d’aller chercher le Graal… Les joueurs veulent gagner des matchs pour gagner des compétitions. Pour tout cela, elle est partie pour être la plus belle équipe de tous les temps, elle en a les valeurs sportives et humaines. » Jean-Pierre Rives, l’ancien capitaine du XV de France aux 59 sélections, est sur la même longueur d’onde : « Cette équipe de France est bien sûr superbe. Tous les joueurs sont superbes, avec un rugby magnifique. À chaque époque, il y a eu de grands joueurs mais on ne peut pas comparer avec les Bleus actuels. Ils pratiquent un autre jeu que celui que nous pratiquions, un jeu admirable d’engagement, de qualité et de maîtrise. C’est ce qui a le plus changé par rapport à nous qui étions plutôt brouillons. » Pour autant, aucun des immenses joueurs interrogés n’a voulu être trop affirmatif, à l’image du recordman français de sélections (118), Fabien Pelous : « Est-ce que cette équipe de France est la meilleure de tous les temps ? On verra dans quelques années si on peut utiliser ce qualificatif. Mais c’est vrai qu’elle est très impressionnante. La principale raison, c’est la qualité des joueurs qui la composent. Je pense que chaque joueur se situe entre la première et la cinquième place mondiale à son poste. » Un avis partagé par l’ancien arrière Serge Blanco (93 sélections) : « Il est encore bien trop tôt pour dire si cette équipe est la plus grande de tous les temps. Toujours est-il qu’elle me procure un immense sentiment de fierté. »


« Réussir à atteindre le Graal »

En clair, beaucoup pensent que la « bande à Dupont » a encore des étapes à franchir. « Le plus dur commence : rester au sommet, être constant, estime Olivier Magne et ses 89 sélections. Pour le moment, elle a obtenu des résultats sympas, mais le vrai record, ou un beau record, serait de poursuivre la série d’invincibilité en réalisant un deuxième grand chelem consécutif. » Même si, au-delà du prochain Tournoi, tous se rejoignent sur un point : seul le trophée Webb-Ellis mettra un terme définitif au débat. « J’espère de tout cœur que cette équipe offrira au rugby français dans son intégralité un premier trophée mondial dans un an », place Blanco. Magne va plus loin : « Petit à petit, elle commence à devenir inoubliable, mais pour véritablement entrer dans l’histoire de notre sport, être sur la première marche du podium, il lui faudra réussir à atteindre le Graal, le titre que le rugby français n’a pas encore décroché. » Sur le sujet, c’est même Sella qui synthétise le mieux la pensée de tous : « L’année 2023 permettra de détacher cette équipe des autres du passé, à travers différentes décennies, si ce fameux Graal est atteint. Un tournoi gagné, peut-être un grand chelem supplémentaire et… la Coupe du monde. »


« Il faut susciter des émotions »

N’empêche, si les légendes refusent encore de lui accorder le sacre honorifique de plus grand XV de France de l’histoire, elles lui reconnaissent des qualités absolument uniques, qui dépassent le cadre du terrain. « Pour marquer l’histoire, il faut susciter des émotions, témoigne Magne. J’ai eu la chance d’être dans des équipes de France très soutenues et cette génération est extrêmement sympathique. Le grand public se met à nouveau à être capable de citer les noms des joueurs qui la composent. » Ce que Sella constate également : « De mon ressenti, la grande ambition sportive va de pair avec des joueurs et un staff humbles. On le voit, ils sont heureux de jouer ensemble, de s’entraîner, et les coachs de les manager. Ils sont aimants dans tous les sens. Aimants et aimés aussi ! L’engouement autour d’eux fait plaisir, ces garçons tirent notre sport vers le haut. » Et puisque ce sont souvent les plus forts, à en croire Pelous : « Quand nous affrontons les meilleures nations, si le collectif est à peu près huilé, on a de grandes chances de s’imposer. À mon sens, c’est ça qui fait la différence avec les équipes du passé. Il y a toujours eu des bons joueurs chez les Bleus, mais pas en telle quantité. Pas autant d’un tel niveau au même moment. » Rives salue d’ailleurs la maîtrise collective de ces Bleus : « Ils savent exactement ce qu’ils doivent faire, au moment où ils doivent le faire. Ils sont parfaitement organisés et c’est très impressionnant. »


« J’aimerais qu’il impose davantage son rythme »

Hormis le couronnement suprême l’an prochain, que manque-t-il encore à ce XV de France ? Le romantique Blanco a son idée : « J’aimerais aujourd’hui qu’il impose davantage son rythme et son style à ses adversaires, qu’il prenne peut être un peu plus d’initiatives offensives. Jusqu’ici, il s’est beaucoup adapté aux autres. Mais je suis confiant, c’est une question de temps et d’automatismes supplémentaires à trouver : il y a eu pas mal de blessés ces derniers temps et ceci a probablement nui à l’osmose globale de l’équipe et freiné les ambitions dans le jeu courant. » Bref, les Bleus n’inspirent aucune inquiétude aux plus grands noms français de ce sport. À eux désormais de les dépasser. « C’est difficile de comparer les époques », souffle Magne. Avant d’admettre : « Les résultats sont quand même des éléments probants de comparaison ». Depuis un an et demi, ils plaident en faveur des Dupont, Ollivon, Ntamack, Aldritt, Fickou, Penaud et compagnie. Et ils ont le temps, ainsi que les occasions, devant eux pour passer à la postérité.

Jérémy Fadat

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