guerre et paix...

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Quasiment qualifié en Coupe d’Europe et revenu à l’équilibre en top 14, le stade n’a pas eu le temps de digérer sa mini-crise qu’un autre feu s’est allumé, en coulisses cette fois, éteint mardi soir après l’élection d’un nouveau président du conseil de surveillance, sur fond de guerre de succession à René Bouscatel, horizon 2017.

Par Nicolas ZANARDI (avec J. P.)

nicolas.zanardi@midi-olympique.fr

«Ce club, c’est Game of Thrones. » On laissera à ce joueur international français du Stade toulousain la paternité de la métaphore avec la série vedette de la chaîne américaine HBO. N’empêche que hormis l’absence de zombies, de porno chic et de fantastique, il est en effet quelques accointances avec les jeux de guerre et d’influences déplacés dans le pays imaginaire de Westeros… La semaine vécue en interne par le Stade fut ainsi un modèle du genre. Le prix à payer, comme le diront les plus optimistes, pour l’indépendance d’un club et l’absence de mécène ? Probablement puisque, comme le disait Winston Churchill, « la démocratie est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres. »

N’empêche qu’il est toujours surprenant de voir, dans ses périodes de troubles, une institution comme le Stade toulousain revenir à l’échelle humaine, avec tous les travers que cela implique, des ambitions individuelles de pouvoir à la quête des petits privilèges auxquels on s’attache, comme une moule à son rocher… Faiblesse de l’être humain ? Peut-être, et après tout, on ne parle pas ici de corruption, ni d’abus de bien social, les agissements se trouvant ici dictés au mieux par la passion, au pire par les ambitions personnelles. Et n’ont rien à voir, après tout, avec l’invasion de la Baie des Cochons ou une crise de missiles nucléaires… Mais bien avec cette première non-qualification en demi-finales depuis vingt ans la saison dernière, suivie courant septembre d’une série de cinq défaites en championnat. Série d’ailleurs largement imputable à une cascade de blessures et dont le Stade s’est très bien remis, puisque celui-ci se trouverait même, en cas de victoire ce week-end à Montpellier, en position de l’avoir tout à fait digérée. Sportivement, tout du moins… Car en coulisses, la mini-crise déclenchée par ce septembre noir fut le battement d’ailes du papillon prélude au tsunami des petits bruits de couloir, un grand nombre de ses opposants jusqu’alors silencieux ne s’étant pas gênés pour sauter sur l’occasion de décrier le système Novès…

Les Lacroix dans le viseur

C’est donc par une petite bombe que le Stade a été réveillé lundi, révélée par le magazine toulousain Objectif News : la plainte contre X pour abus de pouvoir social déposée par Eugène Passerat, alors président du Conseil de Surveillance. Laquelle, à la veille du scrutin du même Conseil, semblait autant guidée par la crainte impérieuse de perdre son bâton de maréchal que d’alerter l’opinion publique sur les manœuvres orchestrées en coulisses, qui auraient visé à placer Michel Lacroix au poste, dont le frère Didier (président de la régie publicitaire « à la Une », liée au Stade par un contrat exclusif depuis 1994) se verrait bien succéder à René Bouscatel en 2017, avec la bénédiction supposée de ce dernier. L’ancien troisième ligne se plaçant de fait en opposition à Guy Novès, lui-même pressenti pour la fonction (ce dernier ayant évoqué dans Midol Mag que « lorsque René Bouscatel souhaitera prendre du recul, il pourra penser à Guy Novès qui est au club depuis quarante ans. Mais ce n’est pas à moi de dire que je veux cette présidence. »)

Toutefois, dans les colonnes de La Dépêche du Midi, Didier Lacroix réfutait mercredi l’intention qui lui est prêtée. « Je démens les relations houleuses que l’on me prête avec Guy Novès. À ce jour, je n’ai jamais eu de conflit direct ou indirect avec le manager général. […] J’affirme que la question (de la présidence, N.D.L.R.) n’est pas non plus d’actualité. J’ai le respect des anciens et des gens en place. » Des propos qui n’excluent pas l’ambiguïté, d’autant qu’en passant au « clan Lacroix » le Conseil de Surveillance aurait clairement fragilisé la position de Guy Novès. Sauf que, faute au fracas causé par le dépôt de plainte de Passerat, la manœuvre supposée n’a pas abouti, le Conseil de Surveillance se dotant avec Hervé Lecomte d’un président de consensus, tandis que Michel Lacroix devient le vice-président et qu’Eugène Passerat en demeure (pour l’heure) membre…

Les coulisses d’une élection

Le plus étonnant, dans l’histoire ? Selon nos informations, mardi soir, le président de la SASP René Bouscatel n’aurait pas souhaité procéder à l’élection du président, et c’est Michel Lacroix lui-même qui a émis l’idée de jouer l’apaisement en précipitant au vote, Hervé Lecomte constituant par ailleurs l’unique candidat, élu à l’unanimité. Ainsi, sur les 21 candidats au Conseil de Surveillance, 18 noms ont été retenus, pour trois recalés, dont le plus notable est Louis Jourda (lequel a cédé sa place à Lecomte), ainsi que Guy Pichoustre (non reconduit) et Patrick Lafforgue.

Un « gentlemen agreement » qui n’a pas empêché Eugène Passerat, mercredi matin, de se présenter devant la presse pour confirmer sa plainte. « C’est en accord avec mes valeurs morales et sportives […] que j’ai été amené à dénoncer à titre personnel certains agissements qui m’apparaissent comme nuisibles aux intérêts du club. Cette action divulguée n’avait pas pour but de déstabiliser le club mais, au contraire, de servir le Stade toulousain pour l’avenir en favorisant la mise en œuvre d’une réelle transparence de gestion. En conclusion, j’ai confiance en la justice qui traitera, je n’en doute pas, cette plainte. » Des propos auxquels Passerat s’est conformé, y compris dans l’intimité du Conseil de Surveillance. « Nous avons essayé de lui poser la question du pourquoi de son action, nous a confié Henri Fourès, président de l’association des « Amis du Stade ». Il nous a répondu qu’il ne voulait pas en parler, et que c’est son avocat qui s’exprimerait à sa place. » Ambiance…

Bouscatel - Novès, cadavre exquis

Le bilan de cette semaine riche en émotions ? Il est finalement toujours le même, dès qu’une crise se soulève au Stade toulousain, comme c’est le cas dans n’importe quelle vieille famille bourgeoise : se taire pour donner l’impression, face caméra, d’une famille unie. Il faudrait être aveugle ou hypocrite pour gober qu’après l’élection d’Hervé Lecomte, le calme va immédiatement revenir. C’est désormais vers une sourde lutte d’influence au sein du Conseil de Surveillance que l’on se dirige, dont l’équilibre semble plus que jamais précaire. En effet, si Novès a pu sembler déplorer le manque de soutien de son président dans les périodes de trouble (ainsi qu’en ont témoigné ses saillies à peine voilées en conférences de presse), le manager sait très bien que sa situation « politique » peut très vite évoluer en fonction des résultats sportifs, le groupe de joueurs demeurant son atout le plus précieux…

à ce titre, le roman entretenu depuis plus de deux décennies par le manager général Guy Novès et le président René Bouscatel ressemble plus que jamais à un cadavre exquis, ce jeu inventé par les surréalistes qui consiste à ajouter une phrase à l’autre sans tenir compte de la précédente… Et pour filer la métaphore, celui-ci n’en est certainement pas à son dernier chapitre, les deux hommes ayant déjà pris soin d’assurer dans la semaine un même son de cloche. « Je crois avoir dit mille fois qu’il n’y avait aucun problème avec le président Bouscatel, donc je ne comprends pas qu’on continue à exploiter cette piste qui n’en est pas une », pestait Novès mardi matin, quand Bouscatel disait avoir lu dans la presse « des choses un peu ahurissantes. Très honnêtement, on n’a jamais eu de mots sur un litige nous concernant. On a eu des avis différents sur d’autres sujets mais les échéances électorales de 2017 ne sont pas dans mon idée et je ne crois pas qu’elles soient dans les siennes. Je peux vous assurer qu’il n’y a jamais eu aucun problème et qu’il n’y aura jamais aucun problème entre nous, cela fait 23 ans que nous travaillons ensemble et nous continuerons aussi longtemps que possible. » Quant à évaluer ce champ des possibles ? C’est précisément là que le Stade toulousain ressemble à s’y méprendre à un épisode de Game of Thrones : impossible d’en prévoir quel sera le prochain rebondissement, entre le « bal des faux-culs » dénoncé par Philippe Ruggieri, et le grand rabibochage. Mais, après tout, si même les relations entre les états-Unis et Cuba peuvent se dégeler…

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