Jouer l’été : ce qu’ils en disent

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    Jouer l’été : ce qu’ils en disent
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L’une des pistes étudiées pour «doper» le Top 14 revient à jouer l’été. Ce projet, impossible sans modification du calendrier, fait débat. Les réactions sont souvent opposées et il est difficile d’y voir clair.

«Au sud, la qualité des terrains change tout»

Hugh Chalmers (3e ligne, Bordeaux-Bègles) : «Oui, je préfèrerais jouer l’été pour éviter les conditions comme celles du dernier UBB -London Welsh, récemment. Quand tu perds tes appuis, que tu règles mal tes passes, ce n’est vraiment pas agréable. En Nouvelle-Zélande aussi, les conditions peuvent être difficiles. Mais, en général, il fait quand même moins froid, même si à Auckland, tu peux avoir quatre saisons dans la même journée à cause de l’océan. Il y a cependant une différence énorme quant à la qualité des terrains. Là-bas, ils sont vraiment de très bonne qualité avec des gens qui s’en occupent aussi diplômés que s’ils travaillaient dans des golfs. Cela change beaucoup de choses. Et puis, en Nouvelle-Zélande, nous avons de l’espace. On trouve toujours un petit terrain pour s’entraîner et préserver la pelouse principale. En plus, à Dunedin, la région la plus froide, le stade est désormais muni d’un toit. J’aimerais bien que le Top 14 évite les mois les plus froids, pour nous, mais aussi pour le public qui se déplacerait plus facilement. Reste l’argument de la chaleur : je suis partisan, en cas de forte température, de faire une coupure toutes les vingt minutes pour que les joueurs puissent boire.»

«Les plus forts restent les plus forts…»

Tim Lane (manager du LOU) : «Dans l’hémisphère Sud, on a l’impression que les équipes jouent dans des conditions plus estivales qu’en Europe, mais il faut relativiser. Ce n’est pas vraiment le cas en Nouvelle-Zélande qui est un pays tempéré et cela n’empêche pas les All Blacks et leurs franchises de pratiquer un jeu de qualité. Donc ce n’est pas la météo qui influence le niveau des équipes. Mais globalement, je pense que les joueurs ont toujours envie de jouer dans les meilleures conditions, avec un ballon qui ne glisse pas et des appuis solides. Est-ce que le fait de jouer dans des conditions difficiles nivelle la compétition et profite aux «petites» équipes ? Non, je ne le pense pas. Les plus forts resteront les plus forts et j’ai l’impression que mêmes les joueurs d’une équipe comme Oyonnax, réputée habituée aux conditions difficiles, préfèrent jouer dans des conditions agréables. Je pense simplement que si l’on devait jouer en juin-juillet, il faudrait quand même jouer à 20h45 ou 21 heures pour éviter les grosses chaleurs.»

«Il faut se caler sur l’hémisphère Sud»

Bruce Craig (président de Bath) : «Ce problème de calendrier est un casse-tête pour tout le monde. Je suis personnellement favorable à un changement radical de la structure du calendrier international afin que l’on puisse se caler sur l’hémisphère Sud, jouer les matchs de championnat l’été et disputer les tests internationaux d’un bloc entre décembre et mars. Les autres rencontres, comme celles de Coupe d’Europe par exemple, pourraient se dérouler entre avril et novembre, avec une Coupe du monde tous les deux ans. Ce calendrier new-look donnerait de la continuité et de la lisibilité à notre sport. Les joueurs seraient également plus disponibles pour leurs clubs et leurs sélections nationales.»

«Un grand joueur doit savoir s’adapter»

Juandré Kruger (2e ligne du Racing-Metro) : «Un grand joueur doit savoir s’adapter à tout type de terrain. Après avoir passé deux saisons à Northampton, et quasiment autant au Racing, je peux aujourd’hui prendre du plaisir sur des matchs où le combat d’avants prime sur la vitesse ou le déplacement. Jouer l’été est-il meilleur pour le spectacle ? Je pense, oui. La balle est sèche et le jeu incontestablement plus rapide. Regardez le Toulon-Racing qui s’est disputé sous le soleil, c’était magnifique ! Peut-être faudrait-il aujourd’hui trouver un moyen d’harmoniser le calendrier international, lequel se finirait en apothéose par un match entre le vainqueur de la Coupe d’Europe et celui du Super 15. À l’heure actuelle, les échanges entre les deux hémisphères sont en effet particulièrement complexes. Lorsque j’ai quitté l’Afrique du Sud (Pretoria) pour m’engager au Racing, j’ai alors enchaîné cinquante-deux matchs de rugby en une seule saison.»

«Le rugby est un sport d’hiver»

Cameron McIntyre (demi d’ouverture des NEC Green Rockets) : «Culturellement, le rugby est un sport d’hiver. L’été, comme dans tous les pays de culture anglo-saxonne, est réservé au cricket. Le Super Rugby ou les Four-Nations se disputent l’hiver, qui s’étale dans l’hémisphère Sud entre mars et août. Et si je vous accorde que les hivers sud-africains ou australiens sont plus cléments qu’en Europe, je vous assure que si les conditions que l’on peut rencontrer en Nouvelle-Zélande ou au Japon ne sont guère meilleures, à la différence que les pelouses sont bien mieux entretenues. En Nouvelle-Zélande, les Highlanders ont même construit un stade couvert pour s’éviter de mauvaises conditions… Tout le monde a évidemment envie de toujours jouer sur terrain sec. Harmoniser le calendrier entre les hémisphères n’est pas impossible dans l’absolu, puisque le XIII a réussi à le faire. Mais là encore, on ne peut pas dire que cela revienne forcément à jouer l’été. Je crois que la Super League anglaise débute sa saison en février, et joue les matchs de phase finale en octobre. Mieux ne vaut-il pas disputer les rencontres importantes à la belle saison ? Je me souviens qu’en Top 14, les phases finales disputées aux beaux jours ont leur charme…»

Marc Duzan
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