Barozzi, la fureur de vivre

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Publié le , mis à jour

Victime d’un terrible accident le 29 septembre 2013, et privé de l’usage de ses bras et de ses jambes, l’ancien pilier de Brive, Alexandre Barozzi, poursuit son combat dans un centre spécialisé de Toulouse. Un an après, il nous a livré ses sentiments. Témoignage poignant.

C’était le 29 septembre 2013. Ce dimanche-là, en fin d’après-midi, l’hélicoptère des secours décollait de la pelouse de Lannemezan en direction de Toulouse… « Âgé de 27 ans, Alexandre Barozzi est un joueur de rugby comme le Sud Ouest les aime tant : talentueux, généreux et chaleureux. Le 29 septembre 2013, sa vie bascule lors d’un match entre son club et le Stade bagnérais. À la suite d’une mêlée effondrée, Alexandre tombe sur la tête et ne se relève pas. » Ainsi décrit la page d’accueil de « soutenirbaro. fr », site de l’association « Les amis de Baro ». 365 jours plus tard, le pilier, passé par Auch, Biarritz et Brive en Top 14 et Pro D2, était immobilisé dans un centre spécialisé de la région toulousaine où il poursuivait sa rééducation. Retour sur un combat quotidien.

Sans l’usage de ses bras, ni de ses jambes. Il ne bouge que la tête et les épaules. Victime d’une section complète de moelle épinière et s’il a retrouvé toute son autonomie au niveau respiratoire, Alexandre Barozzi mène, depuis, le plus long et noble combat de son existence. Sa femme, Isabelle, est admiratrice : « Il a un courage énorme, est assidu, rigoureux et exemplaire, comme il l’a été sur les terrains. Même moi, je suis impressionnée par sa force de caractère. Je ne l’ai jamais vu verser une larme et jamais il ne s’est plaint. Il dit que c’est comme ça, que c’est le destin. à ses côtés, je m’interdis de me plaindre si je me lève et que j’ai mal à la tête. Alex possède un mental hors normes. Les soignants le répètent aussi car il part de très très loin. » Isabelle, justement, s’est installée chez ses parents à L’Isle-Jourdain, à une heure du centre, et avec Léandro, leur fils d’un an et trois mois, passe toutes ses journées auprès d’Alexandre, jusqu’à 21 heures ou 22 heures « Nous avons aussi des familles extraordinaires, poursuit-elle. Nos parents, grand-parents et nos frères qui s’appellent tous les deux Maxime. Ses amis également qu’il a chaque semaine au téléphone. Ce sont eux qui lui donnent cette force. »

Bandeau de l’espoir et repas campagnard

Seul le temps est désormais son allié. « Il a toujours le moral, assure Arnaud Mignardi, son ami et témoin de mariage avec qui il a joué à Auch, Biarritz et Brive. Les choses avancent doucement mais il a envie de se battre. Il faut laisser part à la médecine et à la chance. J’espère qu’avec le mental qu’il a et qu’il a eu durant toute sa carrière, il s’en sortira. » Quête dans laquelle il est accompagné, chaque week-end, de ses potes de jeu brivistes : Mignardi, Mela et Ledevedec. Depuis un an, tous trois - Caminati aussi l’a fait à Grenoble - portent un bandeau autour du crâne pour tous les matchs. La marque de fabrique de Barozzi. « Baro, c’est mon pote, j’ai joué avec lui en jeunes à Toulouse avant de le retrouver à Brive, explique Ledevedec. Même si j’ai signé à Bordeaux, je veux toujours lui montrer, comme les deux Arnaud, que je suis là. On ne devait garder le bandeau que la saison dernière mais on s’est appelé cet été et dit qu’on le conservait. » Mignardi confirme : « Même s’il ne reste parfois que cinq minutes sur la tête de Mela à cause des cheveux, c’est un clin d’œil pour dire à Baro qu’on ne l’oublie pas et qu’on sera toujours derrière lui. » Peut-être anodin de l’extérieur mais un geste qui touche l’intéressé. Sa femme en témoigne : « Quand il voit ses copains porter le bandeau à la télé, Alex sourit et me dit : « Je reviendrai les voir dans les vestiaires. » ça le motive. » Mela, comme pour s’accrocher à l’espoir qui les porte, d’affirmer : « On gardera ce bandeau jusqu’à ce qu’il remarche. »

Aussi, les trois compères se sont donné rendez-vous en septembre 2014 dans sa chambre avec Yann Fior, un autre de ses meilleurs amis qu’il a cotoyé à Biarritz et Brive. « On a été faire un pique-nique avec lui, raconte Mignardi. Un repas campagnard comme il les apprécie. Avec saucisson, pâté, rillettes et vin rouge. ça lui a mis un peu de baume au cœur. » L’intéressé a apprécié. Ses compères aussi, comme le souffle Ledevedec : « On essaye de faire comme on peut pour le soutenir. Avec nos petits moyens hélas. » A la veille du triste anniversaire, Arnaud Mignardi avait rejoint Thomas Raufaste, joueur de Saint-Jean-de-Luz et autre témoin de mariage de Barozzi, et Yann Fior, pour un repas dominical au centre de rééducation. Les plus proches et leurs familles pour rendre le moment moins douloureux. « On lui a concocté cette surprise afin d’être à ses côtés, avec femmes et enfants, pour lui faire un peu oublier ce souvenir. » Un dimanche presque ordinaire pour regoûter à la vie quotidienne. « Pour moi, dans tous les cas, on sera heureux, promet son épouse. Même en fauteuil roulant. Son cerveau n’est pas touché et c’est très important. On va vivre différemment. Quand on allait à Biarritz, ils adoraient sauter comme des tarés dans l’eau avec Arnaud Mignardi. Ils ne pourront plus mais on y retournera et ils feront autre chose. »

Alexandre Barozzi : «Je reviendrai au stade»

En septembre 2014, Arnaud Mignardi nous avait appris qu’il réservait une visite surprise à son ami, un dimanche sans match. Nous lui avions demandé si Alexandre et sa femme seraient prêts à témoigner. La réponse est d’abord venue d’Isabelle, son épouse, qui nous racontait l’épreuve que lui et sa famille traversaient depuis un an. Avant de passer le téléphone à « Baro », que nous avons retrouvé, durant quelques minutes, tel que nous le connaissions : charmant, doux et affable. Pour la première fois depuis l’accident, il s’exprimait. Comme si rien n’avait changé.

Comment allez-vous ?

Le moral est bon. J’ai la chance d’être très entouré par ma famille et mes amis. Tous les soirs, j’ai quelqu’un qui vient me voir. Mes parents, ma femme, mon fils, mes potes. C’est important par rapport à d’autres patients qui n’ont jamais de visites dans le centre. Moi, je me suis toujours senti soutenu. Dès les premiers jours, mon frère est venu en soins intensifs. Il a dormi pendant trois mois dans ma chambre, sur un fauteuil. Au début, je n’avais pas l’usage de la parole, il ne me comprenait pas mais les infirmières faisaient le relais pour que l’on puisse communiquer. En fait, je n’ai pas eu trop le temps de cogiter. Par ailleurs, je tiens à remercier la Fondation Ferrasse, Provale, la Fédération, les joueurs de Lannemezan et le club de Brive, particulièrement Simon Gillham (son vice-président, N.D.L.R.). Ce que Brive a fait pour moi, alors que je n’étais plus joueur du club, démontre son état d’esprit.

À quoi ressemblent désormais vos journées ?

Je les vois un peu comme mes journées de rugbyman. Le matin, je me levais pour aller à l’entraînement. Maintenant, c’est à la rééducation. Je suis d’abord avec les kinés puis je fais du vélo assisté. Même sans l’usage des bras et des jambes, les mouvements se font tout seuls. C’est pour ne pas perdre trop de masse musculaire. Ensuite, je passe à la verticalisation. On me met droit sur une planche. La chose difficile, c’est que tous les jours se ressemblent. C’est une routine.

Vous fixez-vous des objectifs ?

C’est très dur au regard de la gravité de la blessure. Normalement, cela ne doit plus évoluer désormais. Mais il est délicat de se projeter. Moi, je ne me dis pas que je vais rester comme ça. Je m’accroche pour récupérer tout ce que je peux. Tous les cas sont différents. Trois jours après l’accident, je devais demeurer à vie avec le respirateur et dans un hôpital. Maintenant, je respire naturellement, je parle. C’est déjà très bien. Jusqu’où j’irai, je ne le sais pas mais je me bats.

Continuez-vous à regarder les matchs de rugby ?

La saison dernière, j’avais du mal. Je ne prenais pas vraiment de plaisir à les regarder. Mais je m’y suis remis cette saison. Je les observe comme avant, même si je suis surtout Brive.

Que ressentez-vous quand vous voyez vos amis porter un bandeau en votre honneur ?

Ça fait plaisir de voir qu’on pense à vous. J’ai la chance d’avoir connu ce monde du rugby dans lequel les gens me soutiennent et ne me laissent pas tomber. Ce ne sont pas juste des collègues de boulot. Les relations humaines sont privilégiées dans notre sport et je suis donc un privilégié. Pour revenir à Brive, un jour ou l’autre, je reviendrai voir un match dans ce stade. C’est certain.

Jérémy Fadat
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