Marti : « Je veux être champion de France »

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    Marti : « Je veux être champion de France »
Publié le , mis à jour

Le club girondin ne cache pas son ambition de finir dans le Top 6. L’occasion de faire un point avec l’emblématique président de l’Union Bordeaux-Bègles, Laurent Marti, depuis maintenant sept ans.

L’UBB est-elle à un moment charnière de son histoire ?

Absolument. Je sais déjà que nous terminerons la saison avec un budget équilibré pour la quatrième année consécutive. Mais je suis en train d’en préparer un pour la saison prochaine sans être sûr qu’il sera à l’équilibre et je sais que risque de devoir remettre la main à la poche. Mais c’est comme ça… Après une phase de consolidation, le club qui compte 400 partenaires et 90 adhérents de UBB Grands Crus, se doit de franchir un nouveau palier et se mettre en danger.

C’est ce qui explique votre volonté de recruter des joueurs de calibre international ?

Oui, tout à fait. Nous avons d’ailleurs commencé. On n’a pas beaucoup parlé de Luke Braid mais je vous annonce que c’est un joueur exceptionnel qui aurait très bien pu être international.

On a beaucoup parlé du Wallaby, Adam Ashley-Cooper. Où en est ce dossier ?

Oui, je suis en contact avancé avec lui. Les premiers pourparlers remontent à deux mois et demi et je l’ai rencontré une fois à Paris. Mais actuellement, il est en vacances à Bali. à l’heure actuelle, il ne s’est pas encore engagé avec nous. Mon sentiment, c’est que cela doit se conclure dans les huit jours, sinon ça capotera.

Sur quels autres profils travaillez-vous en ce moment ?

Un pilier droit et un arrière. En troisième ligne, ça pourrait rester comme ça puisque nous avons aussi pris Loann Goujon de La Rochelle.

Vous avez l’image d’un président qui s’occupe énormément du recrutement. C’est même votre caractéristique principale…

Oui, ça a toujours été comme ça. D’abord, j’ai gardé l’âme d’un joueur, alors je prends plaisir à en recruter de nouveau. Et puis, j’ai vite compris que c’était le nerf de la guerre. Le recrutement, c’est la clé de tout. Même avec les meilleurs entraîneurs, le meilleur directeur financier, une campagne médiatique de folie, si le recrutement est manqué, tu n’y arrives pas. C’est le cœur de la responsabilité d’un président. Mais je le reconnais mon passé de joueur de niveau correct m’a beaucoup aidé. Je mesure les difficultés de ces nouveaux présidents qui sont des hommes de qualité mais qui, n’ayant jamais joué, ont vraiment du mal à voir les situations en face.

Quand on a l’ambition de jouer le top 6, on devient très exigeant. On n’a plus que cinq ou six candidats et donc moins le droit de se tromper. »

Vos entraîneurs n’ont-ils pas pris ombrage de cette façon de travailler ?

Non, cela s’est fait naturellement. Parfois, j’ai souhaité que mes entraîneurs s’en occupent d’avantage mais j’ai vite réalisé que c’est très dur pour eux. Par exemple, quand ils doivent préparer un rendez-vous important comme le dernier Bordeaux-Bègles - Toulouse, ils sont à fond sur le match. Et il faudrait leur demander de regarder des vidéos, d’appeler les éventuelles recrues, de les recevoir ? Ils n’ont pas le temps, tout simplement. Moi, j’ai l’esprit beaucoup plus libre qu’eux, j’interviens pendant un quart d’heure auprès des joueurs le jeudi ; le reste du temps, j’ai le temps de m’occuper de faire venir de nouveaux joueurs.

Pour superviser les joueurs, faut-il s’appuyer sur une organisation et des réseaux sophistiqués ?

Non, je travaille avec Pierre-Henry Broncan. C’est surtout du visionnage de matchs. Avec les moyens modernes, les chaînes de télévision et les sites de partage de vidéo, nous avons accès à pas mal de rencontres et nous pouvons les enregistrer. L’arrivée de Pierre-Henry m’a facilité la tâche. Lui, il a vraiment le temps de voir plusieurs matchs du même joueur, ce que moi j’avais moins le loisir de faire. Mais je crois que je prenais plus de plaisir à recruter en Pro D2. Il y avait d’abord plus de candidats potentiels et on se disait toujours que si on n’était pas complètement sûr du potentiel d’un joueur, on pouvait tenter des paris. Quand on a l’ambition de jouer le top 6, on devient très exigeant. On n’a plus que cinq ou six candidats et donc moins le droit de se tromper.

En automne 2012, après une défaite à la maison contre Castres, vous aviez lancé un appel à l’aide. On vous avait senti inquiet à ce moment-là…

Oui, notre budget restait très bas, j’ai lancé un appel à un investisseur qui apporterait en capital et en investissement annuel.

Il n’est jamais venu ?

Non et cela m’a déçu. Mais je ne suis pas du genre à me défausser. Si on fait du bon travail, ça finira par payer.

Si un investisseur nouveau prenait la majorité, il vous enlèverait forcément votre pouvoir. Ne serait-ce pas difficile à accepter pour votre orgueil ?

Cela dépend comment c’est fait. Bien sûr que j’ai un certain ego. Sinon, je ne ferais pas tout ça. Mais laisser la majorité des parts du club à quelqu’un qui a beaucoup de moyens et garder la maîtrise du sportif, ça resterait une bonne formule.

Si ce puissant investisseur arrivait, ne chercheriez-vous pas à revendre vos parts pour récupérer une partie de votre argent ?

Je m’en fous. Quand je suis arrivé, j’ai mis 500 000 €. Je pensais que j’arrêterais là. Au final, j’ai perdu beaucoup plus que je ne pensais. C’est payé, c’est digéré. Je ne suis pas là pour faire du fric. Mes entreprises me permettent de bien gagner ma vie. Je préfère ne jamais me rembourser et devenir champion de France. Le sport, c’est, avec la famille, ce qui procure le plus d’émotions dans la vie.

Continuez-vous à mettre de l’argent dans le club ?

Depuis quatre ans, non. Le club n’est plus déficitaire. Mais je ne cache pas que j’ai perdu des sommes indécentes de l‘ordre de 3,8 millions d’euros de ma cassette personnelle. Rappelez-vous : nous avons eu des moments difficiles. J’ai menacé de démissionner en 2010 si les élus et les partenaires ne nous aidaient pas d’avantage. Une levée médiatique s’en était suivie, le public m’avait soutenu, ce qui m’avait touché. Les politiques et le milieu économique, si frileux, ont alors mis la main à la pâte. J’ai décidé de continuer et une année après, on montait. Mais ça s’est joué à peu. Dans cette histoire, on avait rassemblé 500 000 € annuels d’engagements nouveaux sur trois ans. Je me suis demandé ce que je faisais ? Utiliser cette somme pour équilibrer les comptes où rejouer ces 500 000 € pour faire un recrutement plus ambitieux ? J’ai choisi de jouer cet argent. Et nous sommes montés.

Sur le stade Chaban-Delmas, quelle est votre position ?

Pendant trois ans, il ne va rien se passer. Ensuite, il y aura deux cas de figure : où on reste comme ça, ou on le réduit à 25 000, pas moins. à condition qu’on nous améliore les espaces de réceptions.

On a du mal à comprendre pourquoi la municipalité voudrait le réduire à 25 000 places…

Peut-être qu’elle veut le moderniser ou faire une opération immobilière et financière…

L’UBB ira-t-elle dans le nouveau stade de Bordeaux-Lac ?

Oui, nous nous y sommes engagés pour quelques matchs. Ce ne sera pas forcément avantageux pour le club car il y aura plus de recettes mais il faudra payer. Mais c’est normal, il fallait participer à l’effort collectif et c’est un projet magnifique.

Combien faudra-t-il payer ?

J’ai signé une clause de confidentialité.

Vous êtes proches du top 6 pour la deuxième année de suite. Quels sont, désormais, les enjeux pour vous ?

Je ne le cache pas : nous avons un club solide, un public fabuleux, un nouveau centre d’entraînement qui va voir le jour et un super état d’esprit. Si je ne ramène jamais le Bouclier de Brennus, je le vivrai comme un échec.

Y a-t-il un niveau de budget que vous visez pour y parvenir ?

Non, c‘est trop difficile à dire. Nous sommes à 16 millions d’euros cette année, nous serons à 19 ou 20 la saison prochaine. Depuis que nous sommes arrivés en Top 14, nous avons quand même réussi à le doubler.

Pensez-vous à l’éventualité d’un départ de votre manager Raphaël Ibañez pour le XV de France ?

J’y pense mais je ne suis pas au stade où je m‘y prépare. Si ça devait arriver, ce serait une perte car je prends beaucoup de plaisir à travailler avec lui. Mais je pense que le club serait assez solide pour continuer à avancer malgré tout.

Vous incarnez le rugby bordelais mais vous vivez à Toulouse. Comment s’organise votre existence ?

Mon rythme, c’est d’arriver le mercredi soir à Bordeaux et même, de plus en plus, le mercredi après-midi ; et je rentre à Toulouse après le match. J’ai encore une vie de famille dans la Ville rose, même si ce n’est plus la même qu’avant le rugby. Ce dernier prend désormais 90 % de mon temps, même quand je suis à Toulouse. J’y arrive parce que mon entreprise qui est désormais mature, je connais désormais très bien le monde du textile et que je suis très bien entouré. Nous faisons 110 millions d’euros de chiffre d‘affaires pour 200 employés. Mais il est sûr qu’il y a dix ans, je n’aurais pas pu consacrer autant de temps et d’énergie au rugby. Dans mon entreprise, j’essaie d’avoir la même gestion humaine que dans mon club. Je suis entouré de mon frère, de ma sœur et de mon ami d’enfance.

Jérôme Prévot
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