Bouscatel : «Toulouse ne m’appartient pas»

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    Bouscatel : «Toulouse ne m’appartient pas»
Publié le , mis à jour

Moins d’un mois après la plainte pour abus de pouvoir social déposée par l’ancien président du conseil de surveillance mi et la crise interne qui en a découlé, René Bouscatel se livre pour la première fois. Et n’exclut pas de se présenter à sa propre succession en 2017.

Toulouse est septième en championnat. Dans quel esprit abordez-vous les prochaines semaines ?

Sans inquiétude particulière mais sans relâchement. La période est décisive, comme tous les ans. Nous sommes un peu en retard en championnat, dans le coup en Coupe d’Europe. On n’aura pas trop de jokers et quelques points à rattraper. On va s’y atteler.

L’objectif est-il toujours de remporter un titre, comme vous l’aviez déclaré?

Ce n’est pas exactement ce que j’ai dit. Comme les autres années, notre objectif, avec un peu de chance et beaucoup de travail, est d’essayer d’aller le plus loin possible dans les deux compétitions. Et pourquoi pas, avec encore un peu plus de chance, d’arriver au bout dans une.

Les éliminations en quart de finale des deux compétitions l’an passé ont-elles mis le club dans l’embarras ?

Cela faisait plus de vingt ans que nous étions en demi-finale de championnat. On a perdu un match de barrages, ce sont les aléas sportifs. J’espère qu’on aura l’opportunité de le refaire cette année mais ça dépend avant tout de nous.

La perspective de ne pas se qualifier existe-t-elle ?

Comme tous les ans. Personne n’est jamais à l’abri. Pour l’instant, nous y sommes depuis plus de vingt ans, depuis la création de la Coupe d’Europe, et j’espère que… C’est plus qu’une espérance, c’est une détermination, une volonté.

Historiquement, à Toulouse, l’administratif a toujours été au soutien du sportif. Le déficit enregistré la saison passée inverse-t-il cette logique ?

Non, ce déficit, de l’ordre de 500 000 euros, est conjoncturel et n’a aucune incidence sur la santé financière du club. L’an dernier, nous n’avions pas le Stadium. C’est une perte sèche de 1,2 million d’euros de marge nette. On l’a subie et on est, par rapport au budget, légèrement en déficit mais nous possédons des fonds propres nous permettant de passer. Cette année, nous avons des chances d’être dans la même situation, sauf événement exceptionnel… Il peut y en avoir en positif ou négatif. L’an passé, c’était négatif. Nous n’avions pas eu un quart de finale européen à domicile. Si là, nous avons un peu plus de réussite, ce sera un élément qui viendra compenser. Mais ce n’est pas structurel. Aucune entreprise ne peut être bénéficiaire tous les ans. 500 000 euros, sur 35 millions de budget, ne nous mettent pas en danger. Mais il me tarde de revenir au Stadium.

Pour l’exercice actuel, êtes-vous en retard ?

Nous sommes dans les clous.

Les affluences correspondent-elles à vos attentes ?

Nous avons un peu moins d’abonnés par rapport au prévisionnel mais plus de ventes au guichet. Globalement, en cumulant les deux, on est légèrement en avance. Mais nous sommes toujours attentifs aux réactions des supporters, qui savent les difficultés dans lesquelles on se trouve. On est dans un système qui… Vous savez ce que je pense du Top 14 mais je n’en dis pas plus car on risque désormais des amendes si on dit ce qu’on pense (sourires).

L’ouverture du capital à Fiducial a-t-elle porté ses fruits ?

Elle était stratégique, prévue depuis 2001, et apporte des fonds propres supplémentaires même s’ils étaient déjà conséquents, contrairement à la grande majorité des clubs qui quasiment tous nous envient. Je crains que nous restions une référence.

L’actualité récente du Stade toulousain a concerné ses coulisses. La crise est-elle digérée ?

Elle m’a affecté à titre personnel mais on ne peut pas parler de crise dans le club, plutôt d’états d’âme de certains. Au moment des élections au Conseil de surveillance, ils se sont fait jour. Les élections ont eu lieu, et nous y avons élu, à l’unanimité, un président. Qui plus est dans la tradition selon laquelle entraîneurs et présidents ont porté le maillot… Hervé Lecomte, ancien joueur, champion de France en 1984, 1986 et 1989, est dans cette tradition.

Avez-vous souffert de la plainte déposée par Eugène Passerat, l’ex-président du Conseil de surveillance ?

Oui, mais pour moi, comme nous tous qui sommes stadistes jusqu’au bout des ongles, des remous émotionnels en interne avec une plainte contre X, ça ne fait jamais plaisir. Plainte que j’ai appris par la presse, d’ailleurs…

Savez-vous où en est l’enquête ?

Je ne sais même pas ce qu’il y a dans la plainte. En dehors de ce que j’ai lu, je ne sais rien. Et cela m’affecte de savoir qu’il y ait eu une plainte sans qu’on le sache, qu’on en discute. Ça me désole pour l’image du club.

L’avez-vous vécue comme une attaque personnelle ?

Franchement, non. Si j’en crois ce que j’ai lu, bien que je sois à la présidence du club, ce n’est pas moi qui semble visé. Je ne veux pas parler de ce que je ne connais pas mais, en ce qui me concerne, ça ne m’inquiète pas.

Puisque ce sont les mots employés, y a-t-il un abus de pouvoir au Stade toulousain ?

La plainte semble viser d’autres personnes.

Il concernerait le contrat de régie publicitaire signé avec l’agence de Didier Lacroix, « A la Une » ?

S’il s’agit de ce contrat, il existe depuis 1994, est renouvelé à son échéance, avec négociations chaque fois. Pour le dernier cas, un an avant, le Conseil de surveillance en a été informé, a voté à l’unanimité le fait que je les poursuive. L’année suivante, je lui ai fait état des négociations et, à l’unanimité, il les a validées. J’ai donc signé ce contrat, validé à deux reprises, à l’unanimité, par le Conseil de surveillance, dans les conditions de respect de chacune des parties. Je suis d’une tranquillité absolue.

Avez-vous vu venir cette action ?

Pas du tout. Si c’est au sujet du contrat de l’agence, je tombe des nues car il a toujours existé. Ce n’est pas une régie mais un contrat d’agent mandataire. La loi française impose qu’à son expiration, soit ce contrat est renouvelé, soit on doit une indemnité à l’agence. Nous avions envisagé, il y a quelques années, de le reprendre en direct. On y a renoncé, compte tenu de l’indemnité à verser et du fait que ce n’était pas l’intérêt du club, car la commercialisation de nos produits n’est pas notre métier. Nous avons une agence qui l’a toujours bien fait : il n’y a qu’à regarder la progression du chiffre d’affaires de notre partenariat sur ces vingt dernières années. Je ne vois pas pourquoi on changerait pour quelque chose qui présente les mêmes désavantages sans être sûr des mêmes avantages. Il n’y a jamais eu une discussion au Conseil de surveillance pour dénoncer ce contrat.

Quand arrive-t-il à son échéance ?

Dans quatre ans.

Tout ce ramdam n’est-il pas le fruit d’une lutte de clans ?

Je ne pense pas que ce soit une lutte d’influences ou de clans. Au moment d’élections, certains ont une réaction. Si je suis bien, la plainte a été déposée par une seule personne : pas par un groupe ou un clan. Cette personne a été réélue au Conseil de surveillance, pas à sa présidence. Or, le nouveau président a été élu à l’unanimité. C’est donc qu’elle a voté pour le nouveau président…

Les mots de Philippe Ruggieri ont marqué, qui a parlé de « faux-culs »

La phrase vient quand même d’un spécialiste. Il ne connaît rien aux affaires du Stade. C’est un petit actionnaire historique, voilà. Il a été dirigeant à Bayonne et je ne me suis jamais occupé des affaires de Bayonne. Je ne comprends même pas.

D’autres élections ont lieu dans plus de deux ans, celles de votre éventuelle succession à la présidence du directoire. Ne sont-elles pas déjà visées ?

Très sincèrement, personne n’a mis en cause mon mandat pour cette saison et les deux suivantes. Dans deux ans, nous verrons ce qui se passera. Est-ce que je me représenterai ou pas ? Je n’en sais rien. Je me présenterai si cela me semble être dans l’intérêt du club et si le club le désire. Je ne suis propriétaire de rien. Ici, personne n’est propriétaire de quoi que ce soit, contrairement à d’autres clubs. C’est la force de Toulouse, parfois sa faiblesse. Ce club ne m’appartient pas et s’il ne souhaite pas que je sois renouvelé en 2017, je ne le serai pas. Mais s’il le souhaite, si je suis en pleine forme et me sens prêt à affronter les défis, je le ferai.

Dans toutes les hypothèses évoquées, la possibilité de votre candidature a souvent été occultée…

Mais pourquoi pas ? À chaque fois que j’ai été renouvelé, c’est parce qu’on me l’a proposé, que je l’ai accepté et que j’en avais envie. Je désire faire avancer ce club, avec les équipes qui m’entourent. Ce n’est pas une œuvre personnelle et dans deux ans, si le club pense qu’il serait bon de me renouveler et si je me trouve, comme je me le souhaite, en forme et motivé par mon amour du club…

Au cœur des remous se trouvent aussi vos relations avec Guy Novès, roman qui dure depuis plus de vingt ans. Quel en est l’état actuel ?

Elles sont excellentes. En vingt ans, on a pu avoir des sujets de désaccord sur des épiphénomènes, mais ces temps-ci, il n’y a eu aucun élément perturbateur. J’ai beaucoup d’amitié et de considération pour Guy, pour ce qu’il a fait et ce qu’il fait. Je pense qu’en ce qui me concerne, il ne doit pas être loin des sentiments que je lui porte.

Vous ferait-il un bon successeur ?

Je n’en sais rien. D’abord, on n’en a jamais parlé. Je considère qu’il fait très bien son travail de manager, que je ne fais pas trop mal celui de président. Je trouve que le couple marche très bien. L’avenir, c’est autre chose. Encore une fois, le club n’appartient à personne. Que ce soit Guy ou quelqu’un d’autre. Avant moi, il y avait des indispensables. Après moi, il y aura quelqu’un qui remplacera l’indispensable que je suis (rires). Je plaisante, bien sûr…

Si Dusautoir et Albacete sont bien partis pour rester, les choses sont plus délicates pour Yannick Nyanga qui devrait quitter le club…

Pour Yannick, c’est peut-être un peu plus compliqué.

Votre volonté est-elle de voir ces joueurs rester ?

Elle est de conserver les joueurs qui donnent satisfaction. C’est le cas de Dusautoir, Albacete ou Nyanga. Ce sont des cas emblématiques mais quand un joueur arrive en fin de contrat, il est normal qu’il ait des propositions.

C’est aussi le cas de l‘entraîneur des avants William Servat. Les discussions sont-elles entamées ?

Non. Pour le staff, nous n’en avons pas du tout parlé avec Guy. Nous verrons lorsque nous aurons réglé le problème de notre effectif pour la saison prochaine.

Au niveau des arrivées, où en êtes-vous ?

Cela peut dépendre de la fin des prolongations mais nous avons bien sûr des pistes et des contacts sur certains postes. Comme d’habitude, ce sera mesuré et ciblé.

Un autre cas est épineux. Celui du talonneur Chiliboy Ralepelle, suspendu à titre conservatoire pour contrôle positif à un stéroïde anabolisant le 19 mars 2014. Avez-vous des nouvelles ?

Aucune. J’ai lu qu’il serait peut-être convoqué devant une commission au mois de février. C’est tout de même extraordinaire. Je n’ai rien reçu d’officiel.

Vous entretenez-vous avec le joueur ?

Bien sûr. Sinon, nous n’aurions rien su puisque nous n’avons reçu aucune notification de suspension. Mais si c’est écrit dans Midi Olympique, je le crois. Sérieusement, on s’est entretenu avec lui et son conseil qui est avocat mais officiellement, je ne sais rien. Vous avez un joueur qui est interdit de jouer, à titre provisoire, depuis presque un an. Il était blessé à un genou mais on arrive dans la période où il devrait reprendre. On ne sait pas quoi faire.

Va-t-il reprendre avec le groupe ?

S’il est suspendu, il ne peut pas.

Qui le rémunère ?

Pendant sa blessure, c’étaient les assurances. Mais dès lors qu’il ne sera plus blessé, on va se retrouver avec ce cas extravagant d’un joueur qu’on paie alors qu’il ne peut pas jouer. Si ça durait quinze jours ou trois semaines… Une suspension provisoire, sur le plan pénal ou disciplinaire, c’est le laps temps avant de passer devant une commission et d’être jugé. Si vous mettez quelqu’un à pied, c’est le temps de lui notifier son licenciement. S’il est jugé coupable, on peut le licencier car c’est une faute. Mais là, un an et rien.

Surtout que Ralepelle est en fin de contrat…

Alors que doit-on faire ? On n’est pas idiot et on envisage évidemment une autre solution. Mais imaginez qu’il soit innocenté et qu’on ait déjà recruté, quel préjudice moral il subirait ? Car franchement, sans cette affaire, on l’aurait probablement renouvelé…

Nicolas Zanardi
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