L’électron (trop ?) libre

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    L’électron (trop ?) libre
Publié le , mis à jour

Relanceur hors pair et franchisseur privilégié des Bleus depuis ses débuts internationaux, Brice Dulin peut être l’arme fatale du XV de France. À condition de faire enfin jouer derrière lui…

Il fait partie de ces hommes inclassables. Aussi génial que déroutant. Aussi flamboyant que frustrant. Plus on l’admire, plus il est susceptible d’exaspérer. Brice Dulin n’est pas un arrière comme les autres. Et, surtout, ne laisse personne indifférent. D’abord, il est sûrement le meilleur relanceur du Top 14. Son fonds de commerce. Maxime Machenaud, qui a partagé le quotidien de Dulin à Agen avant de le retrouver cette saison au Racing-Metro, justifie : « Je l’ai toujours connu ainsi. Il a besoin de courir avec le ballon. Quand d’autres arrières privilégient le jeu au pied pour se sécuriser, j’ai toujours eu l’impression que Brice prend cette option en dernier recours. »

« Des fois, il tente des choses que personne n’oserait. »

Et c’est justement ce qui l’a rendu intouchable à Castres, puis chez les Bleus. L’exemple à suivre selon Patrice Lagisquet voilà un an car lui ose, tente et joue sans complexe. Prime à l’audace. Il faut dire que pendant que le XV de France bafouillait son rugby sous le mandat Saint-André - et le bafouille encore, l’arrière était souvent le seul à porter le danger dans les défenses adverses, à créer de l’incertitude et trouver des intervalles. Ceci grâce à une vitesse de course et des appuis de feu l’ayant propulsé « spécialiste français de la double accélération ». Pour autant, s’il a souvent brillé individuellement sous le maillot bleu, l’attaque française n’en a partiellement profité. Car ses éclairs et ses brèches ont rarement conduit à des avalanches d’essais. La faute à quoi, à qui ? À un système collectif défaillant ? Ou à un joueur frisson qui aurait tendance à trop s’isoler ? Sûrement un peu des deux.

Huget : « Il faudrait qu’il donne un peu plus… »

Effectivement, s’il est un reproche fréquemment adressé à l’encontre de Brice Dulin, c’est bien son excès d’individualisme. Ou plutôt sa capacité trop faible à faire jouer derrière lui. « Il faut le suivre, ironisait Machenaud sur le sujet lors du dernier Tournoi. Des fois, il tente des choses que personne n’oserait. Ce sont peut-être les meilleurs ballons à jouer mais s’il met souvent dans l’avancée, ça ne passe parfois pas. » Manière polie de dire qu’il lui arrive d’oublier ses coéquipiers. En tout cas que ses initiatives peuvent aussi se retourner contre lui et son équipe. Double tranchant. Yoann Huget, son partenaire privilégié dans le triangle tricolore, nous expliquait à son sujet : « Lorsqu’il y a un ballon sur le fond du terrain, je redescends car si Brice s’en empare, je sais que ça va relancer et qu’une fois sur deux, j’ai une chance d’être servi. » Ratio généreux. L’an passé, à demi-mot, Maxime Médard avait pointé du doigt : « Pour ma part, je n’arrive peut-être pas encore à l’accompagner dans le bon tempo. […] Ça ne peut pas être un problème de personnalité car Brice n’est pas un individualiste. » N’empêche, c’est dans ce secteur qu’une progression a été réclamée à Dulin pour franchir un cap international. « Il faudrait qu’il donne un peu plus après lui quand on fait l’effort pour aller le chercher et être à hauteur », soufflait Huget en 2014.

La concurrence nouvelle

Même s’il fut indisponible en novembre, puis jugé « juste » physiquement pour l’entame de ce Tournoi, Brice Dulin a vu une concurrence nouvelle s’installer à son poste, avec l’arrivée en sélection de Scott Spedding. Et si le Bayonnais a séduit le staff, c’est bien par sa capacité à amener de la continuité dans le jeu justement. Reproche indirect et déguisé au Racingman. Pour autant, sur le strict talent, ce dernier n’a pas d’équivalent. Et demeure forcément le numéro un dans l’esprit de Saint-André en vue de la Coupe du monde. Simplement, il doit désormais devenir un cadre, à commencer par son attitude sur le terrain et son aptitude à se rendre utile pour les autres. « Peut-être que s’il alternait un peu plus, s’il se faisait oublier deux ou trois fois, ce serait encore plus facile pour lui de percer la quatrième », prédisait son pote Machenaud. Il a dès lors l’occasion de prouver son évolution.

Jérémy Fadat
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