Papé : les dessous d’une plaidoirie

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    Papé : les dessous d’une plaidoirie
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Au centre d’une affaire juridico-sportive, le deuxième ligne des Bleus a déçu le staff du XV de France. Papé a préparé sa défense après ce geste d’égarement, qui avait coûté si cher à Dublin

Pascal Papé jouait-il son avenir en équipe de France ? La question méritait d’être posée cette semaine, tant le coup de genou du deuxième ligne des Bleus (34 ans) sur l’Irlandais Heaslip avait agacé le sélectionneur Philippe Saint-André : «Vous attendez ça d’un joueur inexpérimenté, pas d’un joueur avec cinquante sélections au compteur. C’est décevant.» Pointé du doigt lors de ses dernières performances avec l’équipe de France, critiqué l’an passé à cause d’un comportement jugé trop familier envers l’arbitre irlandais Alain Rolland lors du déplacement des Bleus à Cardiff, menacé à son poste par le Toulonnais Romain Taofifenua, le capitaine du début de l’ère Saint-André n’est plus l’intouchable qu’il fut jusqu’à l’automne 2012, du temps où l’équipe de France sortait grandie d’une tournée d’automne accomplie. En attendant le verdict de la commission de discipline, survenu dans la journée de jeudi, PSA avait toutefois décidé de maintenir son deuxième ligne dans le groupe France. Alors, le coup de genou sur Heaslip était-il délibéré ? Difficile à dire. À ce sujet, les images ne sont pas particulièrement éloquentes et sur l’instant, l’arbitre Wayne Barnes a même estimé que le geste du deuxième ligne du Stade français ne méritait qu’un carton jaune. Une source proche du dossier nous confie : «Le fait que Barnes ait dû être alerté par son juge de touche plaide en la faveur de Papé. Tout comme son passif en Bleu.»

Les détails de la plaidoirie de Papé

Réputé à tort comme un joueur indiscipliné, Papé n’a paradoxalement reçu qu’un seul carton jaune en cinquante-neuf sélections. En club ? Le casier judiciaire du porte-flingue des Bleus est tout aussi famélique, puisque le joueur ne reçut qu’un carton rouge dans toute sa carrière… pour avoir dit à l’arbitre Romain Poite qu’il était nul ! Ces éléments, ajoutés aux excuses publiques acceptées par Jamie Heaslip via Twitter, ont été incorporés à la ligne de défense du cas Papé, dans l’hôtel de l’aéroport de London Heathrow où se tenait mercredi l’audience. Accompagné du sélectionneur Philippe Saint-André, l’ancien Berjallien a plaidé la bonne foi, assurant à la commission de discipline du Comité des 6 Nations que le geste était «accidentel». À la question «Pourquoi avez-vous placé votre genou si haut ?», le joueur a ainsi répondu qu’il se jetait dans le maul dans le but de l’écrouler. «Pourquoi avez-vous souhaité écrouler le maul ?», s’est alors entendu demander Papé. La réponse s’est avérée technique, Papé voulant empêcher les Irlandais de réaliser un «choke tackle» (technique de plaquage maintenant le joueur adverse debout) qui avait déjà fait perdre deux ballons aux Bleus, dans ce match.

Heaslip n’avait pris que cinq semaines

Quoi d’autre ? Barnes, avocat dans le civil, a longuement discuté avec Papé au banquet d’après-match, lui assurant qu’après revisionnage de l’action, il maintenait - de concert avec l’arbitre vidéo et le juge de touche - que le geste de l’avant français ne méritait rien d’autre qu’un carton jaune. L’ultime partie de la plaidoirie tricolore a enfin dévoilé une vidéo montrant Heaslip assénant deux coups de genou au capitaine des All Blacks Richie McCaw, en juin 2010. Expulsé ce jour-là par Wayne Barnes, Heaslip avait alors écopé de cinq semaines de suspension qui ne lui firent manquer la moindre rencontre internationale de l’Irlande, pas même un match officiel du Leinster. Papé espérait donc une clémence similaire à son égard, malgré les trois vertèbres fracturées dont souffre le troisième ligne centre irlandais, qui ratera d’ailleurs la fin du Tournoi. Le débat s’est éternisé, au point de voir le verdict remis au jeudi matin.

Marc Duzan
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