1999, l’euphorie écossaise

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    1999, l’euphorie écossaise
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Pour la dernière édition du tournoi à Cinq Nations, les Ecossais ont vécu un moment magique à Paris, une victoire dont ils n’osaient même pas rêver. A ce jour, ils n’ont jamais recommencé.

La victoire sous le soleil de Paris en 1999 restera comme l’une des apogées du savoir-faire écossais. Un chant du cygne aussi puisque depuis, le XV du Chardon n’a plus été invités à la table des grandes nations, car ce succès inespéré leur offrit aussi la première place du Tournoi, même s’il fallut attendre 24 heures pour qu’elle se concrétise à la faveur d’une victoire galloise sur le XV de la Rose à Wembley. Le trophée ne fut remis que le lundi, à Murrayfield hors contexte. Mais même à l’époque, ce succès fut vécu comme un exploit presque surréaliste, un vrai tour de magie. L’Ecosse commençait à souffrir par manque de muscle et de poids. Elle avait une équipe très légère, mais joueuse sans «monstres sacrés» mais avec un superbe manieur de ballons nommé Greg Townsend et deux néo-zélandais naturalisés, les frères John et Martin Leslie, loin d’être surpuissants mais qui «puaient» le rugby en terme d’intelligence de jeu. Au rayon des figures trop vite oubliées, on citera le centre Alan Tait, ancien treiziste, qui aurait mérité une carrière nettement plus médiatique. Certes, la France entraînée par le duo Skrela-Villepreux et commandée par Raphaël Ibanez traversait une mauvaise passe, comme si elle n’était pas revenue sur terre après deux Grands Chelems consécutifs (97-98). Elle était aussi perclue de blessures et quelques joueurs ne relevaient que de la catégorie « bons joueurs de clubs », chanceux de jouer le Tournoi. Elle fut chloroformée par un essai de Ntamack trop précoce. Les Bleus qui jouaient en blanc crurent à tort que ce serait une partie de plaisir.

Je me suis dit que j’aurais voulu que cette mi-temps dure 80 minutes. Nous courrions, nous passions après contact, nous accélérions et tout ou presque marchait comme on l’avait imaginé»

Mais ce 36-22 est encore bien présent dans toutes les mémoires des supporteurs avec cette première mi-temps hallucinantes riche de cinq essais écossais marqués presque comme dans du beurre. Il nous suffit de fermer les yeux pour revoir cette attaque de 80 mètres et cette percée rectiligne de Metcalfe repris à un mètre de la ligne et ce renversement jusqu’à Tait, au nez et à la barbe de Français médusés et offusqués. Comme on souffrit pour les Tricolores qui découvraient alors le niveau international : Christian Labit et Christophe Laussucq par exemple. Heureusement, ils eurent l’occasion de se rattraper dans des contextes plus favorables.

Les hommes de Telfer étaient traversés par une sensation d’euphorie comme on en connaît très peu dans une carrière internationale, surtout quand on défend les couleurs de l’Ecosse, qui n’a gagné que trois fois en France depuis la reprise du Tournoi en 1947. «Jamais je n’avais atteint la mi-temps d’un match aussi rincé. Ces quarante premières minutes avaient été faites de sprints de 35 à 60 mètres, un truc de fou. Je me souviens de m’être dit : je ne suis pas fait pour ce genre d’efforts, il va m’arriver quelque chose...» se souvient Glen Metcalfe, arrière écossais. Mais le jeu en valait la chandelle, Greg Townsend s’en souvient comme si c’était hier : «Je me suis dit que j’aurais voulu que cette mi-temps dure 80 minutes. Nous courrions, nous passions après contact, nous accélérions et tout ou presque marchait comme on l’avait imaginé. Les sportifs individuels utilisent une expression particulière. Ils disent qu’ils sont «In the Zone». C’est la première et la seule fois où je m’étais trouvé «In the Zone collectivement». Jim Telfer le légendaire entraîneur se souvient lui aussi avec toujours ce zeste d’austérité et d’insatisfaction : «C’est la première fois que j’ai souhaité qu’un match se termine à la pause tant tout avait fonctionné à la perfection. En deuxième période, les débats baissèrent d’un ton, c’est vrai et il me tardait que tout finisse le plus vite possible avant que les Français ne reviennent.» Les Ecossais se doutaient sans doute qu’il leur faudrait du temps avant de revivre un moment aussi génial. Ce désastre permit en revanche aux français de se poser les bonnes questions, de se dire les choses en face et de se préparer avec rage et sérieux pour le Mondial suivant. Dans ce naufrage collectif, il y avait un peu de la fameuse demi-finale historique gagnée contre les All Blacks cinq mois plus tard.

Jérôme Prévot
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