Une thérapie par le rugby

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    Une thérapie par le rugby
Publié le , mis à jour

À l’initiative du C3R, un centre de soin grenoblois, soixante patients atteints de schizophrénie ont été initiés au rugby à toucher depuis le début de l’année.

Le terrain du club de Chartreuse-Néron, à Saint-Egrève, a accueilli un tournoi de rugby à toucher jeudi après-midi. Sur la pelouse baignée de soleil, au pied des Alpes, six équipes étaient réunies par le C3R (Centre référent, réhabilitation psychosociale et remédiation cognitive) sous l’impulsion de Julien Dubreucq, psychiatre, Franck Gabayet, psychologue-neuropsychologue, et Thierry Lucas, éducateur technique spécialisé. Une soixantaine de patients, souffrant de schizophrénie, se sont essayés au maniement de la balle ovale dans une optique thérapeutique. « Les valeurs du rugby, fondées sur le respect, le fair-play, offrent une meilleure image que le football », sourit le premier, qui a travaillé avec Jean-Paul Chabannes, psychiatre et ancien rugbyman. « La pratique est utile, un apprentissage qui n’est pas appliqué a moins de portée.»

Lutter contre la stigmatisation

Après une première expérience en 2013, six centres de soin de la région Rhône-Alpes (Grenoble, Lyon, Valence, Bourg-en-Bresse, Albertville et Saint-Geoirs-en-Valdaine) se sont unis pour organiser trois rencontres, avec le soutien du Sivom de Néron et du comité des Alpes notamment. Après Lyon et Valence, en mars et avril, la troisième étape a donc fait une halte dans la banlieue de Grenoble. Ici, plus qu’ailleurs, l’important est de participer. Le jeu et le sport sont un moyen d’aider les malades à lutter contre leur handicap. « L’image du schizophrène est calamiteuse, rappelle Julien Dubreucq. L’objectif est d’aider les personnes qui souffrent de cette maladie de lutter contre la stigmatisation et de leur permettre de trouver des solutions pour accéder au logement, au travail et s’affirmer dans leurs droits.»

Après plusieurs séances de préparation théorique, avec des mises en situation (tricherie, gestion de conflits), les patients suivis sont passés à la pratique. Surmontant leur stress ou leurs inhibitions, une minorité a même joué le jeu de répondre aux quelques journalistes présents. Quatre joueurs des Diables rouges de Grenoble, Arthur, Cyril, Florent et Stéphane, ont accepté de se confier. Seul Cyril, abonné au FCG, était déjà familier avec l’ovale. Les autres l’ont découvert à cette occasion. « Je connaissais seulement par le biais des matchs du 6 Nations, explique Arthur. J’ai accepté l’opportunité de découvrir le rugby à toucher. Ça réunit pas mal de monde et les relations dans mon groupe et avec les autres équipes sont bonnes. »

Florent reconnaît avoir beaucoup appris. «Souvent, on ressent un décalage au quotidien. Ça nous demande beaucoup d’énergie. Socialement, ça m’a beaucoup aidé.»

Tous sont en tout cas unanimes pour reconnaître que le regard porté sur leur pathologie est difficile à vivre. «Nous sommes stigmatisés alors que nous sommes victimes de ce malaise, regrette Stéphane. Seule une infime partie des schizophrènes est violente.» Devant le succès de cette initiative, plusieurs établissements, à Saint-Étienne, Lausanne ou encore Strasbourg, ont manifesté leur intérêt pour intégrer le programme basé sur le rugby. Pas sûr toutefois que l’expérience soit reconduite l’année prochaine. Les fonds nécessaires sont réduits au strict minimum (repas, déplacements et équipements) mais il n’est pas garanti de pouvoir les réunir une deuxième année de suite… S. F.

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