Huget, quatre ans de pénitence

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    Huget, quatre ans de pénitence
Publié le , mis à jour

Il y a quatre ans, Yoanh Huget était contraint de renoncer à la coupe du monde pour trois manquements au suivi longitudinal antidopage. À l’aube de se lancer dans le défi du Mondial anglais, l’ailier de l’équipe de France se confie.

«Cela m’accompagne tout le temps, j’y pense avant chaque rencontre. Il y a toujours ce moment où, quand je ferme les yeux avant d’entrer sur la pelouse, je vois les autres qui partent et moi qui reste. Cette image-là revient à chaque fois. Et c’est elle qui me fait entrer dans mon match. » Du pire, tirer le meilleur. C’est ce que tente de faire Yoann Huget depuis près de quatre ans. Depuis ce 4 août 2011, quand le président de la Fédération française de rugby, Pierre Camou, s’était présenté à la presse au CNR de Linas-Marcoussis pour annoncer, à la surprise générale, son éviction du groupe tricolore qui s’apprêtait à aller disputer la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande. L’ailier, alors âgé de 24 ans, était sanctionné pour trois manquements au programme de localisation dans le cadre du programme de suivi antidopage dont il faisait l’objet. Quinze jours plus tard, il était suspendu trois mois par la FFR, puis un mois supplémentaire par l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD). Une sanction considérée comme assez légère comparé aux autres sportifs suspendus pour les mêmes raisons.

Près de quatre ans après, et alors que la liste des joueurs retenus pour la Coupe du monde 2015 va bientôt être dévoilée, cette histoire poursuit toujours Yoann Huget. Marqué à vie, prudent comme jamais: «Je ne suis pas le seul ! Ma famille et mes amis le sont aussi. Ils se disent qu’ils vont attendre le dernier moment pour réserver leurs billets, confie-t-il dans un sourire. Tout le monde en parle sans trop le dire dans mon entourage… Personne n’ose vraiment évoquer le sujet, c’est un peu tabou en fait. C’est assez rigolo de voir comment ils me protègent. » Cette fois, il ne devrait pas y avoir de coup de tonnerre pourtant. Troisième joueur le plus utilisé par Philippe Saint-André (31 matchs dont 28 titularisations, sur ses 38 sélections), le Toulousain s’est fait cadre dans ce XV de France version 2015. Il fait partie des rares à avoir déjà validé leur billet pour l’Angleterre. Une chose est sûre en tout cas : la mésaventure de 2011 ne pourra pas se reproduire, Yoann Huget ne faisant plus partie des joueurs cibles de l’AFLD (il y en a deux par club).

«Ma femme a plus souffert que moi !»

Une revanche ? Il assure que non. « Je ne suis pas dans le rachat. On n’efface rien dans la vie. On écrit simplement de nouveaux chapitres. Il y a eu une page 2011. Il y aura une page 2015. Sera-t-elle plus belle ? Je ne le sais pas. Mais je fais le maximum pour que ce soit le cas. » Quelques jours, parfois, suffisent pour changer toute une vie : « D’abord, j’ai pris ma carrière en mains. Je délègue très peu de choses aujourd’hui. J’ai recentré mes intérêts également. Ce qui m’intéresse, ce sont mes amis, ma famille et ce que mon staff attend de moi. Je sais trop bien que tout ne tient qu’à un fil alors je veux juste en profiter. Avant, j’arrivais au stade et machinalement, je mettais mes crampons et j’allais m’entraîner. Aujourd’hui, je n’oublie jamais la notion de plaisir. Cela peut paraître bête mais quand on est au frigo pendant six mois, on devient fou. » Six mois d’enfer : « Vu que je suis quelqu’un d’introverti, je laisse très peu transparaître les choses. Mais j’ai été exécrable à la maison pendant six mois ! J’avais besoin d’évacuer tout ça… Je pense que ma femme a plus souffert que moi ! Elle me tendait les baskets et me disait d’aller courir. Elle a été très patiente. »

Pour lui, pour ses proches, ce Mondial 2015 sera l’occasion de tourner la page. Parce que reste néanmoins ce goût d’inachevé qui, à cinq mois d’une nouvelle Coupe du monde, ne peut se voir que ravivé : « Mon objectif aujourd’hui est de pouvoir regarder mes potes dans les yeux quand je sors d’un match. J’ai l’impression de les avoir lâchés en 2011, d’avoir quitté l’aventure au plus mauvais moment… J’en ai beaucoup bavé pendant la préparation et j’ai raté le meilleur. J’ai toujours ce goût de souffrance… On m’a privé de tout ça juste au moment de monter dans l’avion. ça, je l’ai encore amer. »

«Je veux vivre ces moments qu’on m’a enlevés»

On n’efface rien, non. La colère est toujours là. Parce que Yoann Huget a beau avoir mûri, changé de club, pris de la confiance et de l’expérience, il reste néanmoins persuadé, quatre ans plus tard, d’avoir été « pris pour exemple par l’AFLD. Personne ne connaissait cette agence avant mon histoire et quand ils ont vu que j’en étais à mon deuxième no-show, ils se sont dit qu’il y avait un coup à faire. J’avais été contrôlé toute l’année en dehors de mon suivi longitudinal, même pendant le Tournoi des 6 Nations après un match contre le pays de Galles, sans le moindre problème. Je n’étais pas dopé, c’était juste une sanction administrative ! C’est ça qui me reste ». Et qui a été verbalisé face aux principaux intéressés : «Lors de ma comparution devant l’AFLD, j’ai pu voir les gens qui m’avaient privé de cette Coupe du monde et leur dire ce que je pensais. Leur parler des sacrifices que cela représentait. Parce que ces personnes-là n’ont jamais fait de sport, elles sont simplement dans des bureaux et ne comprennent pas les efforts que cela demande. Je ne réclamais pas de passe-droit mais juste qu’on étudie mon profil et que qu’on se dise que, même si j’avais été laxiste, on pouvait m’aider. »

L’ancien Agenais a « la rage. Plus que de l’amertume en fait, j’ai cette rage au quotidien qui me pousse à m’entraîner encore plus dur parce que je veux vivre un jour ces moments qu’on m’a enlevés. Vous savez, j’avais regardé tous les matchs de la Coupe du monde 2011. Au moment où le groupe est arrivé sur le sol néo-zélandais, à chaque Marseillaise, j’avais vraiment les boules devant ma télé. » Il lui aura fallu quatre ans mais le joueur de 27 ans va enfin pouvoir tourner la page. Nul doute que le 19 septembre prochain, quand il fermera les yeux à la sortie des vestiaires de Twickenham pour le premier match des Bleus face à l’Italie, cette image de ceux qui partent, et lui qui reste, reviendra. Ce sera sûrement la dernière fois.

Emilie Dudon
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