Bonnaire : « Je dois anticiper ma reconversion »

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    Bonnaire : « Je dois anticiper ma reconversion »
Publié le , mis à jour

En contrat avec l’ASMCA jusqu’en 2016, Julien Bonnaire, troisième ligne de Clermont, a finalement décidé de rejoindre Lyon dès la saison prochaine pour une durée de deux ans. Même si Lyon est relégué. Il s’en explique. À 36 ans, il vivra dans le Rhône sa dernière aventure.

Quand vous êtes-vous engagé avec Lyon ?

Vendredi midi. Les dirigeants lyonnais sont venus à Clermont.

À quand remontent les premiers contacts ?

À la fin du mois de janvier. C’est eux qui sont venus vers moi. Initialement, un départ de Clermont dès cette saison n’était pas dans mes plans.

Qui vous a contacté ?

Au départ, c’est le médecin de Lyon, que je connais et qui m’a sondé. Il voulait savoir si je serais intéressé et si le président de Lyon pouvait m’appeler. Je n’avais rien contre l’idée de discuter.

L’idée de finir votre carrière à Lyon vous avait-elle déjà traversé l’esprit ?

Oui, j’y avais déjà réfléchi. Mais pas pour cette année. Il me restait un an de contrat à Clermont. Je m’étais dit qu’à l’issue de cette dernière saison, en juin 2016, en fonction de mon état de forme, pourquoi ne pas en faire une de plus à Lyon ? Quoiqu’il arrive, je voulais rentrer vivre à Bourgoin-Jallieu, donc c’était sur la route. L’opportunité est arrivée plus tôt que prévu.

Vous avez aussi des relais, sur place, avec Lionel Nallet et Sébastien Chabal…

J’en avais discuté avec eux. Je savais que cela se passait bien pour eux là-bas. Mais ce n’est pas ce qui m’a décidé.

Qu’est-ce qui a fait pencher la balance ?

L’opportunité de rentrer chez moi plus tôt. Je suis en train de faire construire à Bourgoin-Jallieu. À un mois près, la maison sera finie. Je réfléchis aussi à mon après-carrière. Rentrer plus tôt, c’est l’occasion de faire des premiers contacts sur la région lyonnaise, où je vais m’installer. J’ai 36 ans, je dois anticiper ma reconversion et voir les opportunités qui peuvent se présenter avec des partenaires. Ces considérations ont pesé dans mon choix.

Est-ce aussi un choix familial ?

Pas vraiment. Le travail de ma femme commençait à bien marcher sur la région clermontoise. Elle est décoratrice d’intérieur, c’est un métier où le travail de réseau est important. Il faut se faire un nom. À Clermont, tout était bien lancé. Déménager à Lyon, c’est repartir à zéro pour elle. C’était plutôt un argument inverse, qui nous a fait réfléchir à décliner l’offre lyonnaise. Mais la durée de mon contrat, deux ans, lui laisse le temps de prendre ses repères et de s’implanter sur la région lyonnaise. C’est mieux comme ça.

Une offre lyonnaise d’un an n’aurait pas suffi ?

Non. S’il y avait eu une offre d’un an, donc jusqu’en 2016, je serais resté à Clermont.

Serez-vous lyonnais même en cas de relégation du Lou, ou avez-vous intégré une clause dans votre contrat ?

Il n’y a aucune clause. Quoiqu’il arrive, je suis engagé. Bien sûr que je préférerais voir le Lou se maintenir mais s’il faut en passer par le Pro D2, nous ferons le nécessaire pour remonter dès l’année suivante. Le projet reste ambitieux. Lyon est une grande ville, qui a du potentiel pour installer un grand club dans l’élite du rugby français. C’est à la base une ville de football mais on voit qu’il y a de plus en plus de monde dans les tribunes. Tout cela ne demande qu’à se construire. Le projet restera bon, que ce soit en Top 14 ou en Pro D2. J’essaierai d’apporter ce que je peux pour aider à le réaliser.

Pau s’était également positionné pour vous accueillir dès la saison prochaine. Avez-vous hésité ?

Disons que j’ai apprécié d’être contacté. Je ne suis pas encore totalement pourri ! (il rigole) Mais ce n’était pas mon souhait. Ou je me rapprochais de la maison, ou je restais à Clermont. Pau a un projet ambitieux mais partir à l’opposé de ma famille, je n’en avais pas envie. C’est l’humain qui comptait dans mon choix.

Quelle a été la réaction de Clermont face à votre souhait d’être libéré un an avant la fin de votre contrat ?

Tout s’est fait très simplement. Je suis allé voir Franck (Azéma, N.D.L.R.) pour lui dire que je me posais pas mal de questions. Je lui ai expliqué mon cas, que les dirigeants du Lou m’avaient contacté et qu’ils me proposaient deux ans. Que j’avais envie de me rapprocher. La discussion a été très simple et Franck a compris ma décision. Il m’a raconté qu’il avait connu la même situation en tant que joueur, qu’il était parti à Narbonne pour se rapprocher de chez lui. Il ne l’a jamais regretté. Ces opportunités ne se présentent souvent qu’une seule fois. Il faut savoir les saisir et Franck l’a bien compris. J’ai toujours eu de très bonnes relations avec le club. Ils étaient déçus mais ne m’ont jamais mis de bâtons dans les roues.

Clermont est dans une période de transition, avec un renouvellement de l’effectif et du staff. Cela a-t-il pesé dans votre décision ?

Absolument pas. Tout se passe bien à Clermont, je suis totalement en phase avec ce qui se fait. Je le redis, cela a été une décision difficile à prendre. Cela fait huit ans que ma famille est ici. Nous sommes heureux. Mais j’ai fait un choix de vie. Je voulais préparer l’avenir.

L’offre lyonnaise intègre-t-elle une possibilité de reconversion, en interne ?

Non, pas du tout. Déjà, j’ai beaucoup de choses à régler sur place avant de penser à de telles choses.

Entraîner après votre carrière, cela vous titille-t-il ?

Pour l’instant, pas du tout ! Il ne faut jamais dire jamais mais, pour l’instant, je ne m’imagine pas du tout devenir entraîneur. J’ai envie de vivre normalement. De passer des week-ends en famille, d’aller aux anniversaires des oncles et des tantes. Toutes ces choses qu’on ne peut pas faire quand on est joueur et que les week-ends sont pris. Au début, j’aurai envie de couper. D’être tranquille, plutôt que de reprendre la route pour des matchs.

Cette saison, vous êtes le joueur le plus utilisé à Clermont…

C’est bien. Je ne regarde pas vraiment ces chiffres… Vous commencez à ressentir de l’usure, mentale ou physique, par rapport aux exigences du très haut niveau ?

Non, pas vraiment. Pas sur la partie « rugby ». Les périodes de préparation physique passent un peu moins bien qu’avant, c’est vrai. Ce n’est pas le plus agréable. Mais le club s’adapte pour ses « vieux ». Il nous laisse un peu plus de liberté sur notre préparation mais, malgré tout, cela devient un peu pesant.

« Il ne faut jamais dire jamais mais, pour l’instant, je ne m’imagine pas du tout devenir entraîneur. J’ai envie de vivre normalement. De passer des week-ends en famille, d’aller aux anniversaires des oncles ou des tantes. »

Pour les matchs, par contre, je ne ressens pas cela. J’ai toujours le même plaisir à jouer et la même envie de gagner des titres. J’espère vraiment que mon aventure à Clermont se finira de la plus belle des manières. Cela me permettrait de partir l’esprit libre, sur un beau moment partagé avec mes copains clermontois.

Le flou persiste sur le futur encadrement du Lou…

(il coupe) Je le dis tout de suite avant qu’il y ait des mauvaises idées qui émergent, ce n’est pas moi qui entraînerai ! (il rigole)

Avez-vous pris quelques garanties concernant cet aspect ?

Non, je ne m’en suis pas inquiété. Le club est ambitieux, il prendra quelqu’un qui tient la route. Je ne suis pas inquiet de ce côté-là.

Votre départ à Lyon a été officialisé une semaine avant un quart de finale de Coupe d’Europe. Ce timing était-il votre souhait ?

Oui. Je voulais que les choses se finalisent vite. D’abord, parce qu’il fallait laisser à Clermont du temps pour se retourner et me trouver un remplaçant. Je ne voulais pas mettre l’ASM dans une mauvaise posture. Ensuite, je voulais que ce soit réglé dès cette semaine (entretien réalisé samedi, N.D.L.R.) justement à cause de ce quart de finale. Je ne voulais pas vivre cette préparation hyper importante avec l’esprit occupé. Les échéances qui arrivent sont primordiales pour le club et pour moi, puisque ce sont mes dernières. n

Léo Faure
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