Ballons portés : on ne «reculera» plus

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    Ballons portés : on ne «reculera» plus
Publié le , mis à jour

Si l’actuelle interprétation de la règle perdurera jusqu’à la fin de la saison, il sera, à partir de la Coupe du monde, interdit pour le porteur de balle de « reculer » dans un maul. Une petite révolution qui ne sera évidemment pas sans conséquences.

Au même titre que la mêlée fermée, le maul peut prétendre au titre de phase de jeu emblématique du rugby à XV, unique sport de combat collectif au monde. Une phase de jeu qui, tout comme la mêlée, n’en finit plus de poser des problèmes au législateur, tiraillé entre deux nécessités : celle de permettre au jeu de conserver son âme et celle de le rendre plus lisible et télégénique au grand public. Qui se souvient que lors de la saison 2008-2009, une règle expérimentale (parmi les fameuses « ELV » destinées à améliorer la qualité du jeu en vue de la Coupe du monde 2011) permettait d’écrouler les ballons portés ? Plus grand monde, et c’est normal, tant l’IRB (devenu World Rugby) fit rapidement machine arrière devant la contre-productivité de son expérience. En effet, en permettant à la défense d’écrouler les mauls, la règle favorisait clairement cette dernière puisque les attaques se trouvaient privées d’une des rares possibilités de fixer simultanément plusieurs joueurs.

On fit donc machine arrière. Le hic ? C’est que, l’histoire étant un éternel recommencement, on effectue de nouveau les reproches qui étaient adressés aux ballons portés voilà sept ans. À savoir leur côté « cache-ballon » peu télégénique et présumé trop peu équitable pour les défenses… Toutefois, fort de l’expérience précédente, la commission des nouvelles règles (qui s’est réunie à Londres voilà trois semaines) n’a pas décidé de recourir, une fois de plus, à la possibilité d’écrouler les mauls. Mais a choisi, afin de préserver l’équité entre attaque et défense, de procéder à un « ruling », c’est-à-dire à modifier l’interprétation de la règle par les arbitres.

Même règle, nouvelle interprétation

Dans ce cas précis ? Le « ruling » va consister, tout simplement, à faire respecter à la lettre le règlement. « Le règlement nous offre des possibilités, nous glissait la semaine dernière le patron mondial des arbitres, Joël Jutge. Il n’y a pas de raison d’écrire de nouvelles règles. » En clair ? Ce qui va changer dans l’interprétation de la règle, c’est qu’il sera de nouveau interdit pour le porteur de balle de « reculer » ballon en main dans le maul. On se souvient que cette tactique, utilisée à outrance par les Anglais lors de la Coupe du monde 2003, avait suscité beaucoup de protestations, avant que tout le monde ne se mette à copier la technique. Laquelle est toujours utilisée sur tous les terrains du monde chaque week-end. Une habitude qui pourra perdurer jusqu’à la fin de la présente saison mais qui sera interdite à partir du Mondial. Autrement dit, c’est avec de vieilles techniques qu’il faudra renouer, en faisant circuler le ballon de main en main vers l’arrière du ballon porté pour le protéger. Plus risqué puisque sujet aux fautes de main ? Bien sûr. Mais c’est justement tout l’objectif du législateur, soucieux de permettre une équité entre attaque et défense.

C’est donc à un travail de fourmi de (re)structuration du maul auquel tous les joueurs et entraîneurs devront s’atteler d’ici le Mondial, puisqu’avec l’interdiction faite aux porteurs de reculer pourrait sonner la fin des mauls à « plusieurs étages » très utilisés ces dernières saisons. On devrait ainsi retrouver des mauls plus compacts, utilisant plus le rapport de force à la poussée adverse et les « désaxages » que la puissance pure. Le tout en résolvant la délicate équation de la protection du ballon. Car si certaines équipes pourront être tentées de faire circuler très vite la balle au fond, il ne faudra pas pour autant oublier que celle-ci doit rester entre les mains du preneur de balle en touche jusqu’à ce qu’il entre en contact avec la défense adverse. Car l’un des autres avantages du joueur « reculant » dans le maul consistait à éviter plus facilement les hors-jeu involontaires, que les défenses intelligentes cherchent parfois à provoquer…

Arrachage, mode d’emploi

Vous l’aurez compris, cette nouvelle interprétation de la règle va contraindre les équipes à faire circuler le ballon à l’intérieur du maul. Et pour cela, il n’existe qu’une méthode : l’arrachage, dont une série successive aura pour effet de déplacer le ballon à l’arrière du maul, soit le plus loin possible de l’adversaire. Pour cela, il faut respecter deux règles : « Comme son nom l’indique, un arrachage n’est pas une passe, pose le directeur technique national, Didier Retière, c’est donc le soutien qui doit aller chercher le ballon dans le bras de son partenaire. La seconde règle est que le porteur doit toujours garder le ballon collé à son buste ». Reste la question du bras : quel côté pour arracher ? « On peut très bien arracher en épi, de bras droit à bras droit. Au moment d’arracher, il faut rester en place : ni avancer car sinon on approcherait le ballon de l’adversaire, ni reculer car on doit rester lié. » Pour travailler ce geste, Didier Retière préconise de commencer par des situations de trois contre un bouclier, avec un porteur qui va percuter, puis les deux soutiens qui viennent arracher successivement. « L’idée est d’ajouter progressivement des joueurs pour travailler sur l’organisation collective et la protection du ballon, assurée par les joueurs placés sur la ligne de front. ». Avant de passer à une mise en situation sur un atelier de touche.

Nicolas Zanardi
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