Bath : les supporters n’ont pas suffi

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    Bath : les supporters n’ont pas suffi
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Les supporters du club de la cité thermale de l’Ouest étaient les plus nombreux à Twickenham mais leurs protégés n’ont rien pu faire face à la machine des Saracens.

Angleterre - Finale

Les traditions les plus courtes sont peut-être les meilleures. On exagère un peu en écrivant ça mais en débarquant à Twickenham un jour de finale du championnat d’Angleterre, on se demande comment les Anglais n’y ont pas pensé plus tôt. L’événement n’a été créé qu’en 2001 et il a fallu attendre sept ans pour qu’il remplisse le stade. C’est désormais un rendez-vous de premier plan dans cette atmosphère de bonhomie et de fraternisation que le rugby conserve contre vents et marées. Pauvres supporters de Bath… Ils ont vécu les heures dorées de leur club dans les années 80 et 90 sans goûter à cet épilogue jouissif. C’est sans doute pour ça qu’ils avaient colonisé la capitale, espérant vivre un premier sacre en bonne et due forme. On ne voyait qu’eux aux abords du stade, sur les terrains vagues et les quelques prairies qui ont échappé à l’urbanisation, colonisées par les camions des vendeurs de sandwichs. « Nous attendions ça depuis onze ans… Bath doit redevenir la référence du rugby anglais. Ceci dit, à la grande époque, nous venions déjà ici mais pour la Coupe d’Angleterre. Mais l’atmosphère n’était pas la même. Les tribunes sonnaient vides. En fait, le rugby de club n’intéressait pas grand monde. Surtout à Londres, d’ailleurs. Il fallait aller dans les villes de province du centre et de l’ouest pour trouver un peu d‘effervescence », nous confie Charles, professeur à la retraite et ancien entraîneur de collège « qui n’a jamais pu voir un de ses élèves devenir professionnel. C’est [mon] plus grand regret ».

Il a garé sa voiture sur le parking d’un supermarché voisin pour remonter le temps. Il n’aura rêvé que seize minutes, avant de voir les Saracens inscrire deux essais (12-0). Le match ne pouvait plus échapper aux Londoniens plus forts en mêlée et très agressifs en défense. Soudain, on s’est rendu compte qu’il y avait aussi des fans des Sarries dans le stade, sans doute moins de 10 000. Mais ils ont pu exulter à chacune des six pénalités sur mêlée sifflées par Wayne Barnes. Où étaient-ils avant le match ? Sans doute sont-ils arrivés au dernier moment par le train de banlieue mais de toute façon, les clubs de Londres n’ont jamais eu l’impact de leurs cousins de province. Rappelons ici que les Saracens ont joué en 2014 une demi-finale européenne face à Clermont dans un Twickenham garni de moins de 26 000 spectateurs.

« Presque les derniers représentants du rugby à Londres »

Darren est venu avec son fils et sa belle-fille, coiffé d’un fez rouge et noir qui rappelle que le club a été baptisé en référence aux Sarrasins, le nom qu’on donnait aux musulmans au Moyen-âge. Quand le club fut fondé en 1876, ce surnom n’avait qu’une connotation exotique. « Peut-être que nos deux finales perdues de l’an passé ont découragé certains supporters. Mais vous savez, c’est dur de soutenir une équipe à Londres, ce n’est pas comme à Bath ou à Northampton où le rugby est roi. Nous avons connu tellement de stades. Watford, vous avez connu Watford. On payait un loyer de dingue au club de foot ! Avant, quand j’étais un gamin, on jouait à Bramley, puis à Enfield. Maintenant, on a notre petit stade, l’Allianz Park. Au moins, on se sent chez nous. Qu’est ce qui nous relie ? Nous sommes censés représenter le nord de Londres mais moi j’habite au sud depuis vingt ans. Je suis devenu fan parce qu’autrefois, un de mes cousins jouait dans l’équipe. Cela ne m’a plus quitté. C’est assez bizarre, on a tous une raison particulière. Tout ça mis bout à bout fait un club. Mais remarquez, nous sommes presque les derniers à représenter la capitale puisque les Wasps, les London Irish et les London Welsh sont partis. Il reste les Harlequins qui jouent ici, mais est-ce encore vraiment à Londres ? On ne peut pas venir en métro… »

A traîner aux abords de Twickenham, on a finalement pris conscience de la fragilité de ces Sarries si solides sur la pelouse et dont la pérennité repose sur… pas grand-chose. Le magnat Nigel Wray les a pris à bras-le-corps en 1996, des investisseurs sud-africains sont venus l’épauler. Ils voulaient attirer la communauté des Sud-Af’exilés à Londres. L’effet ne s’est pas vraiment fait sentir. « On nous a surnommés les Saraboks mais regardez aujourd’hui, il y a encore quinze Anglais dans le groupe… Tout ne va pas si mal et en plus, nous avons gagné. »

Jérôme Prévot
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