UBB: le roman d’une saison

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    UBB: le roman d’une saison
Publié le , mis à jour

Les Girondins ont arraché leur qualification après une saison éprouvante, brillante et agaçante selon les moments. Retour sur dix mois tout feu tout flamme.

Quelle saison… Tous les amoureux de l ‘UBB se souviendront de ce cru 2014-2015 totalement contrasté qui s’est terminé en apothéose, tirée par les cheveux bien sûr mais en apothéose quand même avec cette victoire 23-22 sur Gloucester qui hisse le club en Champions Cup pour la première fois de sa jeune histoire. D’un strict point de vue du classement, cette saison est forcément à marquer d’une pierre blanche puisque jamais le club n’avait été aussi bien classé. Une septième place en Top 14, ça ressemblait à de la science fiction il y encore quatre ans, mais ça ne veut pas dire que le parcours des Bordelais fut pavé de roses, bien au contraire. Cette saison fut même assez dure, surtout dans sa deuxième partie, marquée par des périodes de tension.

Elle avait pourtant très bien commencée. Sur les neuf premiers matchs (jusqu’à la première trêve européenne), Bordeaux en avait gagné six et ramené un bonus défensif de Toulon. À ce moment-là, l’UBB pointait à la troisième place du classement avec 27 points et elle venait de marquer 110 points en deux matchs (51 + 59) contre Clermont et Castres, excusez du peu. Tout réussissait à l’équipe de Raphaël Ibanez, forte de quelques recrues de choix comme Sofiane Guitoune, Yoahn Lesgourgues ou Sébastien Taofifenua.

C’est une mauvaise période qu’on voyait venir. Plus rien ne fonctionne. Il nous faut désormais penser au maintien. Le reste, on oublie.

Laurent Marti, président de Bordeaux-Bègles

On pensait alors que l’UBB était en train se d’imposer dans le top 6. Et puis, peu à peu, l’UBB s’est mise à multiplier les couacs : un 39-22 asséné par le Stade français et un match au sommet perdu 21-20 à domicile contre Toulouse avec une transformation en bonne position manquée par Pierre Bernard à la dernière minute, le genre de chose qui normalement ne peut pas se produire deux fois dans une saison. Bordeaux perdit aussi à Bayonne dans les derniers instants sur un drop de Santi Fernandez. On n’y prêta pas assez attention sur le moment à ces revers in extremis en se disant que ça faisait partie des péripéties inévitables d’une saison. Et puis arriva ce match de Montpellier. L’UBB avait l’ambition de faire quelque chose sur le terrain d’un concurrent direct au top 6. Les Girondins ne pouvaient pas prévoir qu’ils se retrouveraient à quinze contre quatorze dès la demi-heure de jeu après le carton rouge de Paillaugue pour un plaquage cathédrale sur Guitoune. Avec un avantage numérique en leur faveur, les Bordelais allaient lamentablement échouer (34-24) proposant une première grosse colère de leur staff et de leur président. Ce fut le début d’une série terrible de cinq défaites en six matchs dont, ironiquement ce succès très chanceux contre Toulon 28-23 (souvenez vous l’essai casquette offert par Delon Armitage à Chalmers) après avoir compté onze points de retard. Mais ce résultat ne fut qu’un cache misère car il fut suivi de deux échecs à domicile : contre le Stade français encore à la dernière minute sur un drop de Plisson et, abomination, contre La Rochelle, le voisin et concurrent : 22-21, encore une marge minime mais elle ne reflétait pas la supériorité rochelaise de ces quatre-vingts minutes. On sentit alors une vraie lassitude dans les propos de Laurent Marti : « C’est une mauvaise période qu’on voyait venir. Plus rien ne fonctionne. Il nous faut désormais penser au maintien. Le reste, on oublie. Il faut paire en sorte qu’un grand malheur de nous arrive pas. Nous n’avançons plus quand nous avons le ballon, je dis depuis longtemps que nous avons fait des prestations trop belles pour être vraies avec un jeu de turnovers et d’exploits individuels. »

Les questions Ibanez et Etcheto

On sentit alors des tensions dans ce club qui respire en général la joie de vivre, d’autant plus que depuis quelques semaines, une sourde rumeur venait aussi entraver sa bonne marche. Les cassandres annonçaient la nomination de Raphaël Ibanez à la tête du XV de France, les principaux intéressés jurèrent qu’ils n’en savaient rien et que rien n’était encore décidé par la FFR mais leurs dénégations ne faisaient qu’amplifier le phénomène avec tous les risques de déstabilisations que cela concerne. On se doutait bien aussi que Laurent Marti nourrissait quelques griefs à l’encontre de Vincent Etcheto. Évidemment, le style spontané, volubile et sans complexe de l’entraîneur des trois-quarts de l’UBB n’est peut-être pas en phase avec les règles non écrites du rugby professionnel formaté. Le technicien bayonnais a donné parfois à son président une impression de dilettantisme. S’est-il reposé sur ses acquis, lui qui est considéré comme l’inspirateur du jeu de l’UBB ?

« Oui, j’ai perdu le moral à un certain moment, nos efforts étaient trop désordonnés…

Laurent Marti, président de Bordeaux-Bègles

Son boss n’était pas loin de penser. Le dialogue entre les deux devint donc difficile. On sentait aussi que Raphaël Ibanez, apôtre de l’efficacité et de la rigueur devant l’éternel, n’était pas non plus satisfait d’un jeu trop approximatif avec trop d’initiatives contestables de ses hommes (des pénalités non tentées à la surprise générale). « Oui, j’ai perdu le moral à un certain moment, nos efforts étaient trop désordonnés… Après La Rochelle, nous avions beaucoup échangé avec Raphaël et il a repositionné toute notre stratégie pour la fin de saison. » Cette fin de saison, on sait maintenant qu’elle fut positive, mais ces six dernières rencontres furent loin d’être une sinécure. Et Laurent Marti eut encore bien des raisons de s’énerver. Reconnaissons que la victoire à Lyon, 37-22, restera comme l’exploit méconnu de cette saison. Un succès sur la pelouse d’un club qui jouait sa peau ce jour-là, ça n’avait rien d’une partie de plaisir mais l’ouvreur Pierre Bernard rappela ce jour-là pourquoi il était aux portes de l’équipe de France.

L’UBB avait ensuite rendez-vous avec l’histoire avec les adieux du stade André-Moga, moment très fort symboliquement. Et Oyonnax faillit bien gâcher la fête. L’UBB souffrit mile morts mais s’imposa grâce au match plein d’inspiration d’un trois-quarts centre néo-zélandais nommé Jayden Spence, : un homme recruté sans bruit en cours de saison comme joueur supplémentaire mais les Bordelais profitèrent aussi d’une pénalité lointaine réussie par Lionel Beaxis. Les Bordelais menaient alors 26-16 avant de jouer un dernier ballon crânement dans leurs propres 22 : une initiative qui se retourna totalement contre eux ; Oyonnax en profita pour réduire le score et rafler un point de bonus synoyme de sixième place pour eux… aux dépens de l’UBB. Cet ultime bravade, le président n’en finit pas de la ressasser pendant des jours et des jours. Il ne restait que deux matchs à jouer. Bayonne n’était pas de taille à rivaliser à Chaban-Delmas surtout que ce jour-là s’est révélé un jeune numéro 8 d’exception, Marco Tauleigne, encore une bonne pioche du recrutement bordelais : on ne pourra pas leur enlever ça. Dans le même temps, Oyonnax avait fait le boulot contre Lyon, ce qui obligeait les Bordelais à viser l’exploit lors de l’épilogue Toulousain, une terre a priori imprenable dans un tel contexte. Sauf que Bordeaux marqua trois essais aux Sept-Deniers, mais en bénéficiant comme à Montpellier d’un carton rouge précoce pour les adversaires (Census Johnstone). Hélas, Bernard laissa onze points en route et surtout, Lionel Beauxis trouva le moyen de manquer une pénalité à la dernière seconde face aux poteaux (défaite 22-21). Un coup de massue terrible et une fois de plus un sentiment d’ambiguïté : fallait il rire ou pleurer de cette défaite si cruelle ? Fallait il voir le verre à moitié vide (incapacité à battre un adversaire rendu vulnérable) ou à moitié vide (l’équipe avait encore conquis les cœurs par la beauté de leur spectacle). Ce ne fut pas le moindre des mérites de Raphaël Ibanez de parvenir à remobiliser son groupe et l’amener dans les conditions de s’imposer à Worcester contre une équipe de Gloucester qui jouait quasiment à domicile en remontant en plus un retard de seize points. Un exploit arraché à la dernière seconde sur un drop de Bernard. Finalement, cette saison baroque et bigarrée valait bien ça. Les 23 000 spectateurs de moyenne (encore un record) méritaient bien cette friandise offerte sur leur canapé, un dimanche en fin d’après-midi.

Jérôme Prévot
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