Fillol, vis ma vie de finaliste

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    Fillol, vis ma vie de finaliste
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Quand on lui a demandé de regarder dans le rétroviseur, Jérôme Fillol a eu cette exclamation tout droit sortie du cœur : « Ah ouais, quand même. » Fillol, c’est pas moins de quatre titres de champion de France pour six finales. Et peut-être une septième samedi contre l’ASMCA. La décision du staff parisien est en suspens. Qu’importe. « Belette » vit cette dernière année au Stade français comme sa première chez les professionnels avec le Stade toulousain. Avec la fraîcheur d’un junior. Sa carrière, longue comme le Viaduc de Millau, n’a jamais altéré son plaisir. Un plaisir qu’il partage avec vous en revenant sur chacune de ses finales.

1999 : Stade toulousain - AS Montferrand : 15 – 11

« C’est la première ! Et comme pour toutes les premières fois, c’est un émerveillement. Après avoir été titulaire en demi-finale contre Clermont, je suis remplaçant car Jérôme Calzalbou revient de blessure. Et franchement, il n’y a rien à dire. C’était le patron. Moi, juste le petit jeune qui monte de Crabos. Aucune déception de ne pas jouer, juste le bonheur de partager ça avec des monstres. Je me revois encore la veille de la finale dans les jardins de notre hôtel à Chantilly. Nous étions partis pêcher avec Lacroix, Califano et Dispagne. Quand j’y repense, c’étaient des moments complètement dingues. J’étais sur un nuage. Tout était grand, immense. J’en prenais plein la gueule. Je ne parle même pas de l’explosion de joie au coup de sifflet final, c’était juste incroyable. Pourtant, je n’étais pas entré en jeu. Mais j’étais champion de France à 21 ans avec le Stade toulousain. La soirée, on l’a terminé au Pied de cochon. Et à notre retour à Toulouse, j’ai halluciné de voir la foule qui nous attendait. Sur le bus à l’impérial, on se prenait pour les rois du monde. Je donnais mon numéro de téléphone à toutes les nanas qui passaient. Pour moi, ça restera sans doute la plus belle des finales. »

2001 : Stade toulousain - AS Montferrand : 34 – 22

« C’est un nouveau titre de champion de France, mais je n’y contribue pas beaucoup. Alors que je joue tout le début de saison, je me fracture le tibia en novembre avec les Barbarians. J’étais donc un peu court physiquement pour prétendre jouer la finale. Et puis, c’est l’arrivée surprise de Frédéric Michalak, recommandé par Rougé-Thomas qui entraine alors les Crabos. Pour cette finale, j’étais resté à Toulouse, vautré sur mon canapé. Ce n’est pas un très souvenir sur le moment. Je me posais des questions : est-ce que je reviendrai un jour en finale, est-ce que ma chance est passée ? Ça m’a forgé le caractère. J’ai compris, ce jour-là, que la roue pouvait tourner très vite. Et ça ne m’a pas empêché le lendemain de faire la bringue avec mes potes. »

2003 : Stade français - Stade toulousain : 32-18

« Pour ma première saison au Stade français, je me retrouve encore en finale. C’est incroyable. Mais le plus incroyable, c’est de porter les couleurs de Paris. Depuis quelque temps, Max (Guazzini) me draguait. La première fois, c’était dans un bar à Cardiff après la finale de la Coupe du monde 99. Max m’avait dit « Tu vas venir jouer au Stade français ». Je lui avais répondu « Même pas en rêve ». J’étais Toulousain et à cette époque, c’était chaud entre les deux équipes. J’ai souvenir de préparation de match contre le Stade français où il y avait de la violence, de la haine. Le Stade français commençait à contester l’hégémonie toulousaine et on ne le supportait pas. D’ailleurs, quand je suis arrivé dans le vestiaire parisien en début de saison, j’avais l’image du mec prétentieux, hautain. On me regardait un peu de travers. Mais, en deux bringues, tout a été réglé (rires). Quant à la finale, face à mes anciens partenaires, ça n’a pas été simple. En face, il y avait les mecs avec qui j’avais grandi. J’étais le remplaçant de Galthié. Là-dessus, il n’y a jamais eu débat. Mais je rentre dans le dernier quart d’heure et je prends un carton jaune pour fautes répétées. Au final, je ne joue que quelques minutes. Mais j’ai la chance de soulever encore une fois le bouclier. Quand, je repense à la préparation de cette finale… On avait été à Eurodisney (rires). Et la descente des Champs-Élysées en cabriolet avec le bouclier, c’était hallucinant. Personne ne nous regardait. Il y avait deux ou trois mecs qui nous saluaient, mais plus par courtoisie que parce qu’ils nous reconnaissaient (rires).

2004 : Stade français - Perpignan : 38-20

« J’ai quitté le Stade français car je devais prendre la relève de Galthié, or Max (Guazzini) avait recruté Augustin Pichot. Je n’avais pas apprécié à l’époque. Et j’avais choisi Perpignan sans vraiment connaître le contexte. Pour le coup, l’intégration a été vraiment difficile. Certains joueurs ont mis deux ou trois mois avant de me saluer et de me parler. Pour eux, j’étais le Parigot, champion de France. En finale, je ne suis que remplaçant de Lousteau alors que pour le premier match amical de la saison, l’entraîneur Olivier Saïsset m’avait confié le capitanat. Mais bon… C’est la vie ! Et puis, pour cette finale, j’avais déjà la tête à Paris. J’avais décidé de revenir au Stade français. »

2005 : Stade français - Biarritz : 34-37 (AP)

« C’est une année de fou. On perd quand même la finale de Coupe d’Europe et celle du championnat, à chaque fois après prolongations. Mais, le plus drôle, c’est que, de cette saison-là, les gens n’ont retenu que ma cuillère sur Fritz en demi-finale du Top 16. Sur cette demie, je joue à l’ouverture et je dois ce sauvetage à un placement de demi de mêlée. En fait, je n’avais rien à faire là. Mais, ça nous a permis d’aller en finale contre Biarritz. Au Stade de France, je me souviens surtout du silence dans le vestiaire. C’était horrible. Aucun souvenir de la soirée qui a suivi. Ça reste un vrai traumatisme. »

2007 : Stade français - ASM Clermont-Auvergne : 23-18

« J’ai un souvenir mitigé de cette finale. J’avais joué toute la saison car Pichot ne pensait qu’à préparer sa coupe du monde avec les Pumas. Et Galthié, alors entraîneur, l’avait ressorti au printemps pour lui les laisser les clés du camion, ce qu’il fait très bien. Mais bon… Je pensais mériter jouer cette finale. Seulement, je ne suis pas bon en politique (rires). J’avais le respect des mecs, mais je n’allais pas chercher des voix comme Pichot dans le vestiaire. Pourtant sportivement, je n’avais rien à lui envier. Cette année-là, Bernard Laporte m’avait même appelé pour me dire que j’étais sur la liste cachée pour le Mondial. Sur la finale, on pensait exploser physiquement. Pedro Ledesma, blessé, jouait sur une jambe, Marconnet et De Villiers étaient absents, Bibi (Auradou) avait une épaule en carton, Szarz (Dimitri Szarzewski) avait pris des risques pour jouer. Et puis Clermont, c’était un rouleau compresseur. Une grosse machine. Mais, mentalement, on était intouchables. Sur ce plan-là, on les avait broyés. J’espère que ce sera pareil samedi pour cette nouvelle finale.

Arnaud Beurdeley
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