C’était il y a 20 ans !

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    C’était il y a 20 ans !
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Aujourd’hui, mercredi 24 juin, cela fait 20 ans qu’a eu lieu la finale de la Coupe du monde 1995 opposant l’Afrique du Sud à la Nouvelle-Zélande. Une finale qui a marqué les esprits.

Christian Califano, Olivier Roumat et Abdel Benazzi nous racontent leurs souvenirs de cette fameuse finale.

Olivier Roumat, ancien deuxième ligne du XV de France

« J’en ai un souvenir litigieux, nous avions les larmes aux yeux de frustration quand les Springboks sont entrés sur le terrain. Nous étions tristes de ne pas disputer cette finale face aux Blacks, car, lors de la demie contre les Sud-Africains, trois essais nous avaient été refusés par l’arbitre gallois. Nous étions frustrés par cet arbitrage catastrophique nous faisant manquer le titre si près de la finale. Nous avions réussi à gagner l’Angleterre et décrocher la place de troisième du classement. On sentait de l’émotion du côté français, nous aurions aimé être joueurs et non spectateurs mais ce fut un bel événement, marquant la réunification de l’Afrique du Sud. Il y avait Nelson Mandela au match, c’était un symbole fort de cette réunification.Je me souviens que lors du repas officiel de la Coupe, le président sud-africain avait fait un discours dans lequel il disait que le titre avait été tronqué par l’absence des Springboks dans la compétition. Les All Blacks n’ont pas supporté, ils se sont levés et sont partis du banquet. De plus, l’arbitre de notre demie avait reçu une montre en or, il avait reçu les sifflets de notre équipe et des Blacks. »

Christian Califano, ancien pilier droit du XV de France

« Cette Coupe du monde est un souvenir tellement fort, qui dépasse la dimension sportive. C’est carrément une sorte de traumatisme, quelque chose qui restera ancré pour toujours. Je faisais partie de la nouvelle garde qui était satisfaite d’être arrivée jusqu’en demi-finale, d’avoir vécu cette expérience unique. Cette nouvelle génération qui était la mienne est arrivée dans les tribunes à la finale avec sandwichs à la main, on était tout simplement contents d’assister à une finale de Coupe du monde. Mais lorsque j’ai vu les larmes d’Olivier Merle et d’Abdel Benazzi qui, eux, représentaient les joueurs expérimentés, j’ai compris que tout le monde ne l’avait pas vécu de la même façon. Pour moi, c’est venu bien plus tard. J’ai réalisé bien après que l’on était passé à côté d’un truc énorme. Dans ma vie de tous les jours, il n’y a pas un mois qui passe sans que je me remémore cet événement, qui est certainement le plus marquant de ma vie de joueur. Par pudeur, nous n’évoquons pas vraiment entre nous cette Coupe du monde à l’oral, tout passe par le regard. Le jour de cette finale, il y avait une ambiance indescriptible dans le stade qui contrastait totalement avec le début de la Coupe du monde. Au début, tout n’était que méfiance, sécurité et l’ambiance était tendue. Ce jour-là, le jour où les Boks et les Blacks sont entrés sur la pelouse, c’est tout un peuple qui s’est uni. Et c’est ce que qui fait de ce chapitre de ma vie, un moment inoubliable. Cela dépasse la dimension sportive. Me dire que j’étais là pour voir la réunification d’un peuple, des Blancs avec les Noirs et Mandela, c’est au-dessus de tout. On m’a forcé à regarder Invictus, je n’avais pas envie de le voir. Eh bien j’avais raison, il fallait être là pour comprendre. Le rugby ce n’est pas Hollywood, c’est une aventure humaine. »

Abdelatif Benazzi, ancien troisième ligne aile ou centre du XV de France

« Cette finale 95 ranime en moi différentes choses. Évidemment, en tant que compétiteur j’étais meurtri et déçu. C’était notre Coupe du monde. Sportivement c’était une grande déception de me retrouver dans ce stade en tant que spectateur. Je me rappelle qu’on était mal placé, derrière les poteaux. L’ambiance était bizarre, on avait devant nous une équipe des Blacks méconnaissable, bien en dessous de ce qu’on avait pu voir. A contrario, les Sud-Africains étaient tout à fait au-dessus de ce qu’ils proposaient d’habitude. Ils étaient d’une agressivité ! Pour moi, c’est ce qui explique le niveau des Blacks sur ce match, je préfère ne pas contribuer aux histoires d’intoxication alimentaire et autre, de toute façon il n’y a pas de preuve à ce jour. À la fin du match, quand on a compris que l’Afrique du Sud devenait champion du monde, la déception et la frustration se sont vraiment atténuées. Personnellement, j’espérais qu’il gagne. D’un, parce que c’est toujours mieux que l’équipe qui vous a battu gagne la compétition mais aussi, et surtout, pour ce que ça représentait pour ce pays. Le sport ce n’est pas juste gagner ou perdre, c’est aussi des symboles. Et voir, dans ce pays qui sortait de l’Apartheid, des Blancs et des Noirs se prendre dans les bras, c’était fort. J’ai vraiment eu l’impression de partager ce moment avec le peuple sud-africain. Cette victoire a changé le visage du pays, nous avons tous compris qu’on assistait à un moment historique quand Mandela, avec les maillots des Box, a soulevé la coupe. Je l’ai peut-être plus ressenti que les autres en vue du passé que j’avais avec ce pays. Le soir même, j’ai eu ce coup de blues qui accompagne la fin d’une aventure, j’étais un peu triste. Le banquet qui a suivi était catastrophique, le directeur de la Fédération sud-africaine était d’une arrogance… Aujourd’hui je n’ai aucun regret quant à la demi-finale. J’ai gardé de très bons contacts avec certains de ces champions, notamment François Pienaar que j’ai pu côtoyer chez les Saracens. À chaque fois qu’on se croisait il s’excusait ! Aujourd’hui je suis très ami avec Jack White. C’est un honneur de travailler avec lui à Montpellier. »

Propos recueillis par An. B., M. A. et F. C.

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