Loustau : «Le Wattbike, c’est le truc à la mode»

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    Loustau : «Le Wattbike, c’est le truc à la mode»
Publié le , mis à jour

Réputé dans son domaine, le préparateur physique de Bordeaux-Bègles a profité du stage de son équipe à Saint-Lary-Soulan pour faire le point sur sa méthode et l’état de forme de ses troupes.

Vous avez entamé cette semaine les séances de rugby en opposition. Le plus gros de la préparation physique est derrière ?

Ce n’est jamais fini ! Malheureusement, ou heureusement, je ne sais pas. Nous avions souhaité reprendre assez tard, deux semaines après certains concurrents. Il fallait donc aller vite à l’essentiel. La plupart des joueurs étaient déjà au club la saison dernière, nous connaissons leur passé en termes de préparation physique ce qui facilite la tâche. Nous avons commencé, à la reprise, par alterner entre une journée de préparation physique et une journée de rugby. En arrivant sur ce stage à Saint-Lary, nous avons orienté le curseur vers le rugby.

Certains joueurs continuent de s’entraîner en marge du groupe et sans ballon…

Ce sont les blessés de longue date. Il y a Darly Domvo, qui revient d’une rupture d’un ligament croisé et Francisco Gomez Kodela qui avait un petit souci à un tendon d’Achille. Pour eux, c’est vrai que le travail est encore très axé sur le physique.

Arrivez-vous à évaluer précisément l’état de forme de vos troupes, d’une saison à l’autre au même moment de la préparation ?

C’est assez difficile d’être parfaitement exact, mais nous avons une batterie régulière de tests qui nous permet d’avoir une idée assez précise de l’état de forme des joueurs, tout au long de la saison. Aujourd’hui, nous sommes sur des critères assez hauts mais ce n’est pas surprenant. Nous avons fini assez tard, les mecs ont eu une coupure moins longue et depuis la reprise nous travaillons sur beaucoup d’intensité. Nous sommes dans une préparation assez particulière, imposée par le calendrier du début de saison.

Il y aura un premier bloc de quatre matchs avant une coupure d’un mois. En quoi cela influe sur le programme de préparation ?

Il y a, en fond, l’objectif de la saison complète. Mais la priorité, aujourd’hui, c’est d’être performant sur ces quatre matchs. Ensuite, la coupure est tellement importante que nous aurons l’occasion de revenir sur du travail physique. Aujourd’hui, nous faisons de la préparation très intense mais assez courte, qui doit nous permettre de garder de la fraîcheur pour ces quatre premiers matchs. Si on tombe sur un pic de forme en plein pendant la coupure, on a tout faux !

Comment planifie-t-on un pic de forme ?

Il y a toujours une part d’incertitude, nous les maîtrisons plus ou moins. Là, il est clair qu’il ne faut pas se louper. Nous essayons de jouer sur les niveaux d’intensité. Les autres années, pendant les étés, nous poussions les mecs à fond, avec l’idée de fatiguer les organismes au maximum à travers des séances allant jusqu’à 1 h 30. Le but était de créer un effet de surcompensation. Cette année, nous travaillons sur une préparation courte et intense. Cinquante minutes au maximum. Le but est d’entrer très vite dans la spécificité de notre sport : multiplier les tâches intenses un maximum de fois.

Les fameux Wattbike font beaucoup parler cet été, avec la médiatisation de la préparation de l’équipe de France. Depuis quand les utilisez-vous ?

C’est la première année. Déjà, parce qu’il faut supporter le coût financier. C’est vrai, le Wattbike, c’est le truc à la mode.

Quel est son intérêt ?

Il ne faut pas se leurrer, ce n’est qu’un petit outil. Ce n’est pas non plus la panacée. Nous faisons un sport de course, pas du cyclisme ! Le Wattbike est intéressant parce qu’il permet de travailler pas mal de domaines en termes de puissance. Les joueurs le craignent mais l’aiment bien aussi, parce qu’il leur rend pas mal de puissance sur le terrain.

Quelle est sa spécificité par rapport à un vélo normal ?

Il permet de travailler sur des temps très courts mais très intenses. Chose qui n’était pas possible avec les vélos que nous utilisions avant, les Kayser. Sur les Wattbike, par contre, il n’est pas possible de rouler longtemps. Vingt minutes, c’est impossible. Il y a une résistance aérienne, à la manière de ce que l’on trouve sur un rameur, qui rend l’effort très violent. Pour travailler sur des fractions de cinq secondes à une minute, c’est intéressant. Mais cela ne dispense pas du reste. En tout cas, si on oublie le travail de course à pied qui doit venir avec, je pense qu’on se trompe complètement.

Y’a-t-il d’autres nouveautés technologiques cette année à l’UBB ?

Nous nous améliorons dans le suivi individualisé des joueurs. Auparavant, nous pesions les mecs, ils passaient à la « pince » pour le taux de masse grasse. Cette année, nous nous sommes dotés de machines plus sophistiquées. Elles mesurent toujours la masse grasse mais aussi d’autres paramètres comme le taux hydrique intracellulaire et extracellulaire, par exemple, pour savoir si les mecs sont suffisamment hydratés. Le taux de protéine, aussi. Pour l’instant, les machines sont à l’essai. On tâtonne. Nous avons aussi investi dans toute une batterie de GPS et de cardiofréquencemètres pour suivre le travail des joueurs. Il y a des outils à disposition, nous essayons de nous en équiper. Le but, c’est d’avoir des joueurs en état de forme toute la saison et de minimiser les risques de blessures.

Tout cela indique un club qui grandit, qui devient une grosse écurie…

Je suis à l’UBB depuis le début. Le président a toujours fait le maximum mais nous avons fait petit à petit, en fonction des budgets disponibles. Il y a trois ou quatre ans, tout le monde parlait des GPS. Moi, je n’en étais pas encore là. J’avais besoin d’investir dans d’autres choses avant d’en arriver aux GPS. On y arrive petit à petit. Effectivement, le club grandit et c’est nécessaire pour être pertinent. C’était aussi une demande des joueurs.

Les moyens humains ont-ils également évolué ?

Quand je suis arrivé à l’UBB, j’étais tout seul. Puis nous étions deux. Aujourd’hui, nous sommes cinq à collaborer à la cellule de préparation physique, couvrant les professionnels et le centre de formation. Chacun à un rôle bien précis et cela change tout. Quand j’étais à la fac, on me parlait de l’individualisation de la préparation. Mais quand vous arrivez le matin à l’entraînement, que vous avez un groupe de quarante joueurs et que vous êtes le seul préparateur… Vous vous dites : « l’individualisation, elle attendra demain ! » Vous êtes déjà content quand vous arrivez à travailler avec trois groupes séparés. Aujourd’hui, avec nos moyens, l’individualisation est devenue une réalité. Du moins, on s’en rapproche.

Cette saison, Bordeaux-Bègles va découvrir la grande Coupe d’Europe. Cela change-t-il quelque chose à votre travail de préparateur physique ?

Oh que oui !

Parce qu’il n’y aura plus ces semaines de repos officieux, ou parce que cette compétition réclame des efforts différents ?

Les deux. Comme la plupart des Français, nous nous sommes servis des week-ends de Challenge européen pour faire reposer nos cadres. Cette fois, ce ne seront plus des semaines « off ». Ce seront de gros matchs, avec tous les risques que cela engendre. Mais il faut voir les choses positivement, cela va donner de la confiance et une belle dynamique aux joueurs. Autre chose : on regarde les temps de jeu proposés en Coupe d’Europe, qui sont très élevés. Ce sont des schémas que l’on peut retrouver ponctuellement en championnat mais évidement que nous le prenons en compte et que nous nous y préparons.

C’est aussi des profils de matchs qui peuvent convenir à votre équipe, réputée coureuse et joueuse…

Quand je suis arrivé à Bordeaux-Bègles, on nous a très vite qualifiés d’équipe joueuse. Mais je ne conçois pas ce sport autrement que par le déplacement. D’accord, la musculation est importante. Il faut que les garçons soient forts et puissants. Mais à ce niveau-là, ils sont globalement tous prêts. Ce qui fait la différence, ce sont les déplacements et la capacité à enchaîner les efforts au cours d’un match et durant une saison. C’est ce que les garçons qui arrivent du Super XV ne comprennent pas toujours. Chez eux, ils ont trois mois de préparation physique pour une compétition de cinq ou six mois. Ici, il vous faut tenir un an avec trois semaines seulement dédiées exclusivement au physique. Et encore… Il y a forcément des périodes de creux dans la saison. Il y a toujours la tentation de copier ce que fait le sud, en matière de préparation, mais c’est un leurre. Il y a trop peu de ressemblances. Nous devons simplement accepter notre situation. Dans notre configuration, physiquement, il n’y a aucun moment d’excellence dans la saison. Mais le niveau moyen doit rester élevé. L’an dernier, nous avons bien commencé et bien fini. Il nous faut mieux maîtriser le milieu de saison. Nous avons eu du mal, je trouve, lorsque le rythme du championnat a été saccadé par le Tournoi ou la Coupe d’Europe. C’est un point à améliorer.​

Léo Faure
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