Ledesma : «Rompre la synergie de la bajadita »

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    Ledesma : «Rompre la synergie de la bajadita »
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En parfait connaisseur de la mêlée argentine, Mario Ledesma veut jouer un sale tour à son ancienne équipe avec les Wallabies.

M.O : Qu’avez-vous ressenti lors de votre retour en Argentine dans la peau d’un entraîneur des Wallabies?

M.L : C’est un sentiment très étrange. Cela me fait tout drôle de faire partie du groupe australien, de me retrouver dans le camp ennemi, alors que j’ai disputé quatre Coupes du Monde avec les Pumas. Je suis fier de revenir et heureux de retrouver ma patrie. J’ai été très reçu et j’ai reçu de nombreux messages de sympathie de la part des Argentins. De toute manière, très peu de personnes sauront réellement où je me trouve durant le match et c’est très bien comme ça. Je fais profil bas. Quand tu es entraîneur, le protagoniste principal c’est le joueur. Tu n’es là que pour donner des directives. Plus tu apprécies ce que tu fais, mieux les choses se passent ensuite sur le terrain car les joueurs ressentent ce plaisir. Mon frère, Pedro, ainsi que mes parents sont à Mendoza. Ils logent dans le même hôtel que moi. J’ai aussi pu revoir de nombreux amis…

MO : Qu’est-ce qui est le plus dur lorsqu’on entraîne ?

ML : Je crois que c’est de se rendre compte que l’on n’est plus un joueur, mais bien un entraîneur (rires). Quand tu joues, tu as des occasions de prouver toutes les semaines. Quand tu entraînes, une mauvaise séance et ça peut vite devenir très compliqué pour toi. Les joueurs et le public te jugent en permanence.

MO : Tevita Kuridrani avait-il vraiment marqué contre l’Afrique du Sud ?

ML : Tevita est un joueur très honnête. Quand il célèbre quelque chose, il ne le fait jamais dans le vent. C’est donc que son essai était bien valable.

MO : Quels sont vos objectifs avec la mêlée australienne ?

ML : Je suis en train de changer quelques petites choses, et surtout la confiance des joueurs dans leurs capacités à faire front en mêlée. Nous avons dominé les Springboks dans cette épreuve de force qu’ils affectionnent tout particulièrement durant toute la seconde période. En première mi-temps nous n’avions pas respecté les objectifs que nous nous étions fixés. Nous voulions exercer une poussée très frontale. Ce qui est logique car sans angles de poussée, le paquet génère plus de force et on améliore la biomécanique. Le huit de devant doit jouer comme un seul homme, former un ensemble bien compact sans aucune fissure. De la même manière, il te faut rompre la synergie qui permet à la bajadita d’avancer. La mêlée argentine est très efficace car les avants dont preuve d’une grande coordination.

MO : Comment jugez-vous cette mêlée des Pumas ?

ML : C’est une très bonne mêlée, même si toutefois, je la trouve moins performante quand les titulaires sortent. Même s’il fait de son mieux, le droitier remplaçant a particulièrement du mal à faire oublier Ramiro Herrera. Le joueur castrais a rendu une très bonne prestation l’année dernière, en dominant tous ses vis-à-vis de l’hémisphère Sud. Le problème c’est d’obtenir une certaine régularité et homogénéité dans l’ensemble de l’équipe et c’est difficile pour toutes les formations.

MO : De qui vous méfiez-vous particulièrement ?

ML : De l’association Ayerza-Creevy. Le principal duel se situe au centre de la mêlée. Si Creevy parvient à prendre le meilleur sur Moore, les choses se corseront pour nous. Notre droitier, Greg Holmes devra se montrer solide sans toutefois croiser son axe de poussée. S’il commence à pousser en biais, Azera va le manger tout cru.

MO : Avez-vous le sentiment que la mêlée demeure le talon d’Achille des Australiens ?

ML : Ce que je m’efforce de faire depuis mon arrivée, c’est de changer la perception qu’ont nos adversaires et les arbitres de la mêlée australienne. Je crois que nous nous y sommes parvenus durant le dernier Super 15. Si vous jetez un coup d’œil aux performances en mêlée des franchises australiennes, elles se sont plutôt montrés dominatrices dans ce secteur de jeu, particulièrement le paquet des Queensland Reds. Il est fini le temps où les Australiens n’avaient pas de répondant. Nous voulons désormais dominer cette épreuve de force et nous faire pénaliser le moins possible par les arbitres.

MO : La défaite concédée l’an dernier à Mendoza jouera-t-elle dans les têtes de vos joueurs ?

ML : Cheika n’est pas ce genre d’entraîneurs à se pencher le passé. Ce n’est pas plus mal de regarder sans arrêt vers l’avenir. Les Australiens n’ont pas besoin comme les Français qu’on leur rabâche les oreilles avec leurs défaites précédentes pour se motiver. Les Français ont besoin de monter dans les tours pour avoir la bave aux lèvres. Pas les Australiens qui sont beaucoup plus posés et tranquilles dans un vestiaire. Cela te permet souvent d’avoir une meilleure vue d’ensemble.

MO : Aimeriez-vous un jour revenir entraîner en Argentine ?

ML : Bien sûr que j’en rêve. Mais pour être à la hauteur de ce défi, je dois d’abord terminer mon apprentissage aux côtés des meilleurs. Ce travail de minutie demande du temps. Cela va faire cinq années que je m’implique dans l’entraînement et je ne me sens toujours pas prêt. J’adorerais travailler avec Gonzalo Quesada car nous sommes amis depuis de nombreuses années.

Propos recueillis à Mendoza par Frankie Deges, correspondant

Retrouvez la suite de cet entretien dans l’édition du Midi Olympique du lundi 27 juillet.

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