Il y a 61 ans : la première Coupe du monde de rugby à XIII

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    Il y a 61 ans : la première Coupe du monde de rugby à XIII
Publié le , mis à jour

Retrouvez vos dossiers quotidiens : revivez ces grands moments du rugby à XIII. 1954 : cette année-là, à l’automne se dispute la première Coupe du monde de rugby à XIII. L’équipe de France se hisse en finale et s’incline face à la Grande-Bretagne.

1954, l’armée française s’enlise dans la cuvette de Dhien-Bien-Phu. Une voix s’élève celle de l’abbé Pierre qui en appelle à la solidarité lors du terrible hiver qui a décimé de nombreux mal-logés. En sport, Louison Bobet remporte son deuxième tour de France. Quelque semaines avant sur le circuit de Montlhéry, l’Ariégeois Jacques Dupont est sacré champion de France sur route. En Suisse, au cœur de l’été, l’équipe de France de football ne brille pas lors de la Coupe du Monde 1954 remportée par l’Allemagne. En automne, le monde du ballon ovale va élire un champion du Monde, non pas à XV, mais à XIII. En cette année 1954, la France accueille la première Coupe du monde de l’histoire du 30 octobre au 13 novembre. Quatre nations : l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Grande-Bretagne, la France participent à cette première édition dans une poule unique. Après la phase de classement, les nations classées premières et deuxièmes sont qualifiées pour disputer le titre mondial.

Le projet Paul Barrière

Cette Coupe du Monde, elle est l’œuvre d’un homme : Paul Barrière, le président de la fédération française de jeu à XIII. Un homme de caractère, fédérateur et grand organisateur de spectacles, en cette année 54, il n’a que 30 ans. Quelques années avant, il s’est illustré dans le maquis audois de la Haute-Vallée. De retour à la vie civile, il est plein de projets pour sa fédération dont il a été élu président en 1947. En termes de projets sportifs, ce natif d’Espéraza a de qui tenir. Il est le neveu de Jean Bourrel, le célèbre chapelier quillanais, président de l’US Quillan qui a été sacrée championne de France en 1929 avec une équipe essentiellement composée pour l’époque de joueurs professionnels.

Paul Barrière est aussi un président comblé. Son équipe nationale s’est illustrée lors de la mémorable tournée en Australie en 1951 où ses deux victoires en tests matchs lui ont valu d’être officieusement sacrés champions du Monde. Au retour à Marseille, le public phocéen a accueilli les tricolores comme de véritables vedettes américaines. A l’issue de cette brillante tournée australienne, la création d’une Coupe du Monde hante les nuits du président audois. C’est un pari insensé bien que dans ces années 1950, le jeu à XIII tient le haut du pavé en France avec les vedettes que sont Puig-Aubert, Vincent Cantoni, Gilbert Benausse. Finalement, sa persévérance aura raison du scepticisme de ses homologues anglais, australiens et néo-zélandais. Pour les vingt ans d’existence de sa fédération, la France obtient les pleins pouvoirs pour organiser cette première Coupe du Monde de l’histoire.

Avec la collaboration des clubs professionnels de football

Dans cette entreprise, Paul Barrière ne peut pas bénéficier de l’aide de son homologue quinziste Réné Crabos, très hostile à ce projet.

finalement, ce sont les présidents des clubs de football de Première division qui vont donner un sérieux coup de pouce à leurs amis treizistes. Parmi ses connaissances, Paul Barrière compte sur son fidèle collaborateur, Claudius Devernois, président de Roanne XIII, puissant industriel et un certain Louis Bernard Dancausse, un Marseillais qui n’est autre que le président des clubs de football professionnel. C’est aussi un banquier très influent de la cité phocéenne. Ainsi, Nantes, Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse et Paris accueilleront les rencontres de classement. Quant à la finale et le match d’ouverture, ils auront pour cadre le Parc des Princes.

Entame fructueuse face a la Nouvelle-Zélande

Le 30 octobre au Parc des Princes, la France et la Nouvelle-Zélande disputent le premier match de l’histoire de cette nouvelle compétition.

Devant 17 000 Parisiens, l’équipe de France s’impose 22 à 13 et prend une sérieuse option pour disputer la finale. Une semaine après au Stadium de Toulouse, le stade de l’Île du Ramier est plein comme un œuf pour la réception de la Grande-Bretagne. Le trésorier de la fédération comptabilise 37 471 spectateurs (Ce qui est à ce jour, une des plus grandes chambrées de l’enceinte toulousaine). Cette deuxième rencontre tient toutes ses promesses. Le public est sous le charme des arabesques de « Gijou » Benausse, de l’adresse de Puig-Aubert et de la puissance de Vincent Cantoni. Côté anglais, Dave Valentine, le capitaine est à la hauteur de sa réputation. Dans ce match très engagé, les deux nations se quittent sur un score de parité 13 à 13. Pour disputer la finale, les Français doivent obligatoirement s’imposer à Nantes face à l’Australie. Au stade Marcel Saupin, en ce jour du 11 novembre, c’est une véritable demi-finale que livrent Français et Australiens. Le combat est rude dans un stade qui est devenu une véritable rizière. À la pause, le score est de parité (5-5). Finalement, les attaquants français ont le dernier mot en fin de rencontre. Une double réalisation de Jacky Merquey et Vincent Cantoni hissent la France en finale. Victorieux (15-5), les Français vont disputer le titre face à la Grande Bretagne.

La finale ou le rendez-vous manqué

Deux jours après, au Parc des Princes, 30 000 spectateurs ont pris place et espèrent assister au sacre mondial de l’équipe de France. Cette dernière est privée de Gilbert Benausse, le génial ouvreur carcassonnais, blessé lors du match de classement de Toulouse. Physiquement, les Français n’ont pas récupéré du match de Nantes. En première période, Puig-Aubert a eu beau inaugurer le tableau d’affichage (2-0), c’est l’Angleterre qui mène le débat. La domination anglaise est concrétisée par deux essais successifs de Gordon Brown et David Rose. Avant la pause, Puig-Aubert offre un peu d’oxygène à ses coéquipiers en convertissant une nouvelle pénalité (4-8).

À la reprise, contre toute attente, Vincent Cantoni grille la politesse à la défense adverse et positionne son équipe en tête au tableau d’affichage (9-8). La joie sera de courte durée puisque l’ouvreur Brown et Helme, son compère de la charnière exploitent deux égarements défensifs tricolores pour porter le score à 16 à 9. À la 72e, l’ailier bordelais, Raymond Contrastin redonne espoir au public parisien après avoir échappé à son vis-à-vis David Rose. La Grande-Bretagne n’a plus que quatre points d’avance (16-12). En cette fin de match, elle est mise sous pression. Contrastin a une nouvelle occasion d’essai. Mais à quelques mètres de la ligne de but, l’Écosse Dave Valentine le pousse en touche, c’était la dernière cartouche. La Grande-Bretagne devient le premier champion du Monde de la planète ovale.

Conclusion

Trois jours après, les présidents des quatre fédérations se retrouvent dans un hôtel parisien afin de tirer les conclusions de ce premier tournoi mondial. Sur le plan financier, cette première Coupe du monde a dégagé un léger bénéfice. En revanche, l’impact médiatique fut un succès. Tous les représentants décident alors de pérenniser cette épreuve. La deuxième édition est programmée en 1957 en Australie.

La finale > fiche technique

À Paris (Parc des Princes) – Grande-Bretagne bat France 16-12 (8-4)

Arbitre : Cyril Appleton (Angleterre), 30, 368 spectateurs.

Grande-Bretagne : 4 E Brown (22e, 68e), Rose (31e), Helme (61e), 2T Ledgard (31e, 61e).

France : 2 E Cantoni (51e), Contrastin (72e), 1 T (72e), 2P Puig-Aubert (4e, 35e).

Grande-Bretagne : Ledgard ; Rose, Jackson, Naughton, Sullivan ; (o) Brown, (m) Helme ; Valentine (cap) ; Robinson, Watts ; Coverdale, Smith, Thorley.

France : Puig-Aubert (cap) ; Cantoni, Merquey, Teisseire, Contrastin ; (o) Jimenez, (m) Crespo ; Verdié ; Save, Pambrun ; Krawzyck, Audoubert, Rinaldi.

Les résultats

Grande-Bretagne- Australie 28-15, Grande- Bretagne-Nouvelle-Zélande 26-6, Grande-Bretagne-France 13-13 ; France-Nouvelle-Zélande 22-13, France- Australie 15-5 ; Australie-Nouvelle-Zélande 34-15.

Le classement : 1ex æquo France et Grande -Bretagne 5 points, 3 Australie 2 points, 4 Nouvelle-Zélande 0 point.

FRANCE

Le groupe : Puig-Aubert, Audoubert, Benausse, Cantoni, Carrère, Contrastin, Crespo, Delaye, Guilhem, Jimenez, Krawzyck, Merquey, Pambrun, Rinaldi, Save, Teissère, Verdié, Voron. Entraîneurs Messieurs Duhau, Duffort.

Didier Navarre
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