Peut-on cacher son jeu ?

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    Peut-on cacher son jeu ?
Publié le , mis à jour

Avant chaque coupe du Monde, les sélectionneurs laissent souvent à penser qu’ils dissimulent leurs meilleures cartes. Mais est-ce vraiment envisageable ?

Coups de bluff, esbroufe et mensonges assumés. Voici le refrain lancinant de tout prélude à un Mondial. La semaine dernière, John Beattie -ancien troisième ligne du XV du Chardon et père du numéro 8 du Castres olympique- nous confiait ainsi : « Je ne vois pas l’Écosse vainqueur au Stade de France pour la simple et bonne raison que Vern Cotter ne dévoilera pas toutes ses cartes, à Saint-Denis. Il va cacher son jeu en vue de la coupe du Monde. » L’effort est louable, l’argument recevable. Peut-on, pourtant, cacher son jeu, jouer à contre-nature dans le simple but de tromper ses adversaires ? Frédéric Michalak, le demi d’ouverture des Bleus, n’en est pas convaincu : « Le risque est trop important. Cacher son jeu, c’est impossible. Regardez ce qu’a fait l’Écosse contre l’Italie, en match amical. Derrière leurs touches et leurs mêlées, les Écossais avaient juste trois sorties de balles à disposition. Celles-ci revenaient cycliquement dans la rencontre. Ils ont montré leur vrai visage. » Pour le numéro 10 du Rct, s’il est envisageable de réserver ses lancements de jeu les plus élaborés pour la compétition, il reste donc difficile -voire carrément fantaisiste- de bouleverser un projet de jeu lors d’un match de préparation. Guilhem Guirado va plus loin : « Comme toute équipe, nous avons besoin de repères dans le jeu courant, d’un langage commun. On ne va pas jouer à contre-nature dans le simple but de tromper nos adversaires. Ce serait pour le moins risqué… »

Huget : « Fred choisira peut-être l’extérieur, la prochaine fois… »

À quoi peut-on s’attendre, dès lors, samedi soir ? Le XV de France restera vraisemblablement sur le culte de la force ayant fait son succès contre l’Angleterre, lors du second Crunch de l’été (25 à 20) : une discipline irréprochable, un pack qui concasse et une défense hermétique. Difficile d’imaginer, toutefois, que les Bleus ressortent face à l’Ecosse les deux lancements de jeu ayant fonctionné face aux coéquipiers de Chris Robshaw. Le premier des deux plaçait Yannick Nyanga dans l’intervalle en milieu d’alignement. Le second mettait Yoann Huget, lancé à l’intérieur de Frédéric Michalak, sur orbite jusqu’à l’en-but anglais. Mais comment reproduire de tels lancements contre l’Écosse ou durant le Mondial, lorsque l’on connaît la prédominance de l’analyse vidéo dans les préparations de match ? « Le fait d’avoir réalisé cette combine contre l’Angleterre ne nous empêche pas de la reproduire pendant la compétition, nuance Huget. Et si cela arrive, je serai toujours à l’intérieur de Fred (Michalak). Mais le moment venu, il choisira peut-être de jouer vers l’extérieur… » La combine utilisant Nyanga au milieu d’alignement pourrait quant à elle ouvrir des espaces. Mais en début d’alignement, cette fois-ci. En clair, le poker menteur auquel se livrent les sélectionneurs ne connaît aucune limite. Et bien malin celui qui aurait pu prédire que Tony Woodock, au soir de la finale du dernier Mondial, puisse surgir en début d’alignement pour marquer l’essai qui consacra les All Blacks…

Marc Duzan
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