La carte jeune tient toujours

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    La carte jeune tient toujours
Publié le , mis à jour

La réussite de Clermont, tous les quatre ans en période de Coupe du monde, est celle d’un système de détection et de formation. État des lieux.

Le pari clermontois, en ce début de saison, ressemblait fort à celui tenté (et réussi) il y a quatre ans, pendant le dernier épisode de Coupe du monde : faire de la place aux jeunes et compenser l’expérience en fuite par un supplément d’enthousiasme. En 2011, la révélation se nommait Jean-Marcellin Buttin, les explosions Wesley Fofana et Julien Bardy. Tous avaient largement contribué au début de saison canon des Auvergnats, vainqueurs pendant le Mondial sur les pelouses de Toulon puis du Racing 92. En 2015, leurs successeurs se nomment Paul Jedrasiak, Arthur Iturria, Enzo Sanga ou Pierre Rude. Avec le même succès. L’idée, pourtant, pouvait sembler un peu folle dans ce contexte où la chasse aux jokers Coupe du monde est ouverte depuis quatre mois. Clermont, fort de finances largement supérieures à la moyenne, n’aurait eu aucun mal à se jeter dans cette bataille. Le choix des jeunes est philosophique plutôt que pratique. Porteur de cette vision depuis une décennie en Auvergne, Jean-Marc Lhermet n’évoquait pourtant que timidement son sentiment de confiance il y a six semaines. « Le rugby a tellement évolué en quatre ans. L’équilibre compétitif n’est plus le même. Il y a moins d’écart entre les équipes, le jeu a aussi pris une dimension physique supérieure. C’est plus difficile pour les jeunes d’exploser aujourd’hui. Je reste positif, nos jeunes vont nous apporter. Sinon, nous aurions pris plus de jokers. Mais est-ce que ce sera aussi impressionnant qu’en 2011 ? (il grimace) Je n’en suis pas certain. » Le résultat est pourtant probant.

Jeunes du monde

Il est aussi le résultat d’une politique de recrutement nettement rajeunie, visant à polir les meilleurs jeunes sur place. À Clermont, la formation est à multiple facette. L’optimisation du réservoir de jeunes issus du terroir auvergnat, tout d’abord. Depuis le début de la saison, Etienne Falgoux (pilier gauche), Pierre Rude (talonneur), Michael Simutoga (pilier droit), Corentin Astier (deuxième ligne) et Enzo Sanga (demi de mêlée) s’entraînent avec le groupe professionnel. Deux d’entre eux ont déjà fait leurs grands débuts en Top 14 mais tous ont, en commun, d’avoir fait leurs premières armes rugbystiques sur le territoire du comité d’Auvergne. L’exemple n’a pas valeur de règle. Les Clermontois, à la manière de ce qui s’est développé dans le football, ont entrepris d’étendre géographique leur territoire de recrutement. Débarqué chez les jeunes en provenance du Puc, Wesley Fofana fut un premier exemple probant. Jonathan Danty aurait pu suivre, mais le Parisien n’a jamais cédé aux sirènes auvergnates. Qu’importe, l’exemple de Fofana a fait école. Depuis, Clermont chasse les meilleurs jeunes de France et s’est offert les services d’Arhtur Iturria (deuxième ligne, ex-Bayonne), Yohan Beheregaray (talonneur, ex-Pau), Charlie Cassang (demi de mêlée, ex-Agen) ou Alexandre Nicoué (ailier, ex-Vannes). Autant de joueurs qui s’entraînent avec les professionnels, ont participé pour certains au début de saison canon de leur équipe après avoir connu les joies du pôle France au CNR Marcoussis. La recette, désormais, est également valable à l’international où Clermont a arraché l’an dernier Patricio Fernandez, jeune ouvreur argentin convoité par toute l’Europe du rugby.

Enfin, dans le domaine de la formation, Clermont profite des nombreux partenariats montés à travers le monde pour prendre une longueur d’avance sur ses concurrents. Napolioni Nalaga fut un précurseur de l’académie de Nadroga, aux Fidjis, imité depuis par Noa Nakaitaci, Peceli Yato et donc, récemment, Alivereti Raka. En Géorgie, où l’ASMCA a développé un partenariat avec la Fédération, Clermont a récupéré Vito Kolelishvili quand Beka Kakabadze (pilier droit) pointe le bout de son nez chez les professionnels. Une autre facette d’un professionnalisme synonyme de mondialisation. Et pour lequel Clermont a accroché le bon wagon.

Léo Faure
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