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La révolution limouxine

Le 5 mai 1968, le stadium de Toulouse accueille une finale 100 % audoise entre Carcassonne et Limoux. Carcassonne visait un triplé historique. Pour sa première finale, les Limouxins l’ont emporté 13 -12 après prolongation. La seule prolongation de l’histoire des finales.

Dans la Haute Vallée audoise, ce 5 mai 1968 est aussi célèbre que la bataille de Marignan. Et pour cause, ce jour-là, l’équipe commandée par l’emblématique « Jo » Guiraud a créé un retentissant exploit, celui de décrocher le premier et unique titre de champion de France des rouges et noirs. Cette victoire, elle a pris une dimension supplémentaire puisqu’elle a été acquise face à l’éternel rival de Carcassonne. Mais avant d’arriver à ce sacre du 5 mai, le chemin des Limouxins a été semé d’embûches. Une finale où le centre limouxin, Laurent Roldos apporte son témoignage.

Un début de saison difficile

Lors de la phase qualificative, les Limouxins avaient fini à la quatrième place du classement sur seize participants. Qualifiés d’office pour les quarts de finale, les Audois avaient souffert à Toulouse pour s’imposer devant Villeneuve (6-2). En demi-finale, ils s’imposent péniblement devant Saint-Gaudens 11 à 7 à Carcassonne. « En fin de saison, nous étions physiquement au point. En revanche, en début de saison, nous avons été en difficultés. D’ailleurs, lors du premier tour de la Coupe de France, Lézignan nous élimine dès le premier tour », se souvient Laurent Roldos.

Carcassonne favori

De cette édition 1968, Carcassonne est le favori logique. Il est le double tenant du trophée et convoite le triplé, une performance que l’ASC n’a jamais réussi auparavant. En poule, il a terminé à la troisième place devant son rival. En match de classement, c’est tout de même Limoux qui dans les deux oppositions a donné du fil à retordre à son adversaire. A Limoux, elle s’est imposée 17 à 5 et au retour Carcassonne l’a emporté 7 à 4. Selon les spécialistes, l’ASC doit être championne d’autant qu’elle a dans son effectif, un leader charismatique : Jean Barthe.

6 drops

Six drops ont été inscrits dans cette finale. Il est vrai qu’à l’époque, le drop valait deux points. Cette tactique avait été savamment étudiée par les deux formations. Proches des poteaux adverses, les artificiers limouxins et carcassonnais ne se sont pas privés de scorer. Dans cet exercice, le vétéran « Jo » Guiraud a été excellent avec trois drops réussis. Du côté de Carcassonne, c’est l’ouvreur Colombies qui s’est doublement illustré et le deuxième ligne Jean Barthe en début de seconde période (42e) qui a tenté sa chance face au poteau.

L’essai Jean Christophe Vergeynst- C’est le tournant de cette finale et bien des décennies après, il alimente encore des conversations. À moins de dix minutes de la fin, Carcassonne mène 9 à 6 et se dirige vers son troisième sacre. Limoux est à la recherche d’un second souffle. A la 69e minute, Jean-Christophe Vergeynst profite d’un relâchement de la défense carcassonnaise pour jouer rapidement un tenu dans le dos des défenseurs adverses, il s’arrache et égalise. Une réalisation qui est sérieusement contestée par l’ensemble des Carcassonnais, très remontés à l’encontre de l’arbitre Monsieur Lacaze. Or, Laurent Roldos offre une autre version des faits. « À l’époque, on pouvait rapidement jouer le tenu. D’ailleurs, Jean-Christophe était coutumier du fait. C’était un excellent joueur et Surtout, il connaissait le règlement. Cet essai que conteste encore de nombreux Carcassonnais, il est parfaitement valable. »

Cette réalisation a conduit tout droit à la prolongation pour le plus grand plaisir des supporters limouxins et de Michel Drucker qui était le commentateur de cette finale sur le petit écran.

Guy Andrieu, le tir victorieux

A l’image des deux premières mi-temps, la prolongation est également indécise. A trois minutes de la fin, Carcassonne est en tête (12-11) à la faveur d’un essai du centre Henri Castel. A 45 mètres face au poteau carcassonnais, le buteur limouxin Guy Andrieu se voit offrir une pénalité. Le centre de la Haute Vallée ne tremble pas et offre deux points synonymes de victoire.

Trois minutes après, Limoux est champion de France (13-12). Le retour des champions de France dans la Sous-Préfecture audoise demeure un moment inoubliable dans l’histoire de la ville. D. N.

La fiche technique

A Toulouse (stadium de Toulouse) Limoux bat Carcassonne 13 -12 après prolongation. (2-2), (9-9) puis (11-9) pour Limoux à la mi-temps de la prolongation.

Arbitre : M. Lacaze (Aquitaine), 14 432 spectateurs payants pour 17 000 spectateurs.

Limoux : 1 E Vergeynst (69e), 2 P Andrieu (82e, 107e), 3 D Guiraud (27e, 44e, 59e).

Carcassonne : 2 Blanc (48e), H Castel (94e), 3 D Colombies (36e, 46e), Barthe (42e).

Limoux- Nauze ; Roldos, Andrieu, Costesèque puis Bonnafous, Bonnery ; (o) Guiraud (cap), (m) Belli ; Vergeynst ; De Nadaï, Lécina ; Satge puis Bélinguier, Dumas, Parpaiola.

Carcassonne – Toujas ; Blanc, Servolle, H Castel, Y Raynaud ; (o) Colombies, (m) R Castel ; Escourrou ; Alésina, Buttignol ; Barthe (cap), Franc, Ribot.

Didier Navarre
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