Ça roule avec le Crig

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    Ça roule avec le Crig
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Les féminines du Club de Rugby d’Illkirch-Graffenstaden (Crig) ont fait leur grands débuts à domicile ce dimanche dans le championnat Fédérale à XV. Elles ont écrasé Saint-Louis-Chalampé sur le score de 103 — 3. Quelle signification peut-on accorder à cette victoire et quel est le projet des féminines du Crig pour leur première année d’existence ?

Une page s’est tournée en mars dernier, l’entente entre Sélestat et Illkirch, née en 1998 et baptisée MISs Rugby, a pris fin. Si l’on peut dire que cette entente fut le fleuron du rugby féminin alsacien, puisqu’elle évoluait en Challenge Armelle-Auclair la saison dernière, son extinction ne marque pas pour autant la fin du rugby féminin dans l’Est et des ambitions de ses actrices et acteurs. Bien au contraire, puisque l’histoire se poursuit sous les uniques couleurs du Crig, club de la banlieue strasbourgeoise. À la manœuvre, on retrouve Nathalie Millet, ancienne trois-quarts centre des MISs, elle a raccroché les crampons à la fin de la saison dernière. Très impliquée dans le rugby alsacien, puisqu’elle est aussi arbitre, c’est elle qui chapeaute toutes les équipes féminines du Crig et qui mène le projet. Le Crig compte actuellement une cinquantaine de licenciées en seniors avec deux équipes, une à XV évoluant en Fédérale et l’autre à VII en Promotion Honneur. Le premier match de la première année d’existence de l’équipe s’est donc joué ce dimanche. Il s’est soldé par une large victoire contre Saint-Louis-Chalampé, 103 à 3.

« Dans le club, on nous laisse une place comme n’importe quelle autre équipe. »

Nathalie Millet

Certains diront qu’une victoire aussi large n’a pas de signification. Il semble au contraire qu’elle soit emplie d’enseignements selon Nathalie Millet. Que ce soit hors terrain mais également sur le terrain. La manageuse du Crig a effectivement confié : « Je suis très satisfaite de l’état d’esprit du groupe. Très satisfaite du nouveau staff. Et enfin très satisfaite de l’accueil qui nous est fait dans ce club. On nous laisse une place comme n’importe quelle autre équipe. On fait partie du club ! Nos deux équipes seniors, masculines et féminines, n’ont par exemple pas joué en même temps ce week-end pour que tout le monde puisse voir les deux matchs. Sentir cette appartenance à un club, un collectif, c’est vraiment plaisant et différent par rapport à l’entente. » La large victoire a également éclairé le staff sur les pistes de travail qu’il va falloir suivre : « Sportivement, on n’a pas battu le record d’écart de points dans un match de rugby (rires) Donc tout n’a pas été parfait ! On voulait observer l’attitude des filles sur ce match. Une grande partie d’entre elles a joué en Armelle-Auclair, la saison passée, l’équipe de Saint-Louis est issue de ce que l’on appelait avant la Fédérale 3 donc c’est normal qu’il y ait un écart. Cependant cela ne veut pas dire que l’on va survoler le championnat toute la saison. On a encore beaucoup de travail. Personnellement je suis une compétitrice et le staff mené par Manu Revert l’est tout autant et est très exigeant. On a donc noté certaines choses qu’il va falloir travailler. La mêlée par exemple a été un secteur compliqué dimanche. Tout comme l’indiscipline sur les rucks, qui nous a coûté trois cartons jaunes. En effet, la plupart de nos filles sont habituées aux chocs et à la rugosité de l’élite 2 mais là… sur les déblayages et dans les rucks il y a moins de résistance, ça répond moins qu’en Armelle-Auclair (sourires). Ce qui fait que l’on se met à la faute. Il va donc falloir être encore plus rigoureux parce que si on ne l’est pas, on peut se faire battre. Je veux que l’on ait la même exigence envers nous-mêmes que lorsque nous étions en élite 2. » Une exigence symbolisée par le rythme de deux à trois entraînements hebdomadaires dans les magnifiques et récentes installations du stade Albert-Schweitzer avec un staff technique compétent et étoffé avec Manu Revert à la baguette.

« C’est comme si nous étions descendus de trois échelons »

Nathalie Millet

Le projet semble donc bien ficelé est bien né. Toutefois, l’ancienne trois-quarts centre admet qu’il a fallu convaincre les anciennes MISs de rejoindre l’aventure au Crig : « Il faut comprendre que c’est comme si nous étions descendus de trois échelons entre l’Armelle-Auclair et la Fédérale actuelle (réunion hétérogène depuis 2014 des anciennes Fédérale 1, Fédérale 2 et Fédérale 3 à XII, N.D.L.R.) Il a fallu expliquer le projet, convaincre les filles de poursuivre l’aventure au CRIG d’autant que la saison dernière en Armelle-Auclair a été difficile. La transition n’a donc pas été simple mais les choses se mettent en place petit à petit. Et encore une fois le sentiment d’appartenance à un club, surtout avec l’état d’esprit qui règne au Crig, est un vrai plus. » L’esprit club a ravi les filles mais elles ont dû également être séduites par le projet mené par Nathalie Millet et soutenu à 100 % par le club : « Le projet à court terme est de se maintenir en Fédérale. Et viser les phases finales et le haut si possible. On espère aussi qu’il y aura une réforme afin de pouvoir engager deux équipes à XV. Nous avons actuellement cinquante filles, seulement une vingtaine de filles à mettre sur la feuille de match chaque week-end, et une équipe de VII. Les filles ne jouent donc pas assez. » Allier réussite sportive, formation et éducation pour préparer le futur telle est l’ambition de la manageuse : « À long terme le projet est de remonter en Élite et de créer un centre de formation pour le rugby féminin dans l’Est. Le projet est là et il est lancé nous avons le soutien entier du club, ce n’est pas par hasard qu’il se réalise à Illkirch. On espère aussi pouvoir créer un rassemblement de Cadettes avec les clubs de Sélestat et des Cheminots de Strasbourg. » Celle qui est professeure au lycée Le Corbusier d’Illkirch participe également à un autre volet du développement du CRIG et du rugby alsacien : « Et enfin, nous avons déposé un dossier pour créer une section mixte sports/études rugby au lycée Le Corbusier d’Illkirch. »

Enfin, Nathalie Millet nous confiait : « Je n’ai pas de velléités féministes. Nous voulons juste avoir une reconnaissance sportive, qu’on nous laisse juste jouer au rugby et prendre du plaisir sur un terrain. » Mais il y a fort à parier que cette initiative et toutes les autres initiatives dans le rugby féminin, par la force des choses, permettront de faire évoluer positivement les mentalités ainsi que l’image du corps féminin dans nos sociétés. M. L.

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