Wenger : « On a beaucoup à apprendre du rugby »

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    Wenger : « On a beaucoup à apprendre du rugby »
Publié le , mis à jour

Vendredi matin, Arsène Wenger a tombé le costume d’entraîneur de football pour revêtir celui de féru de rugby.

De notre envoyé spécial à Londres

St Albans, banlieue cossue du nord de Londres, immensité verte où s’effacent, pour quelque temps, les abominations architecturales de la mégalopole anglaise, ses autoroutes constipées et son fracas perpétuel. Au bout de Bell Lane, route de campagne bordée de hêtres, apparaît soudain le blason d’Arsenal, peint sur les murs du centre d’entraînement du club londonien. Il faut ensuite franchir un barrage, tenu par un grand-père souriant et qui serait à la retraite depuis bientôt dix ans, s’il n’était pas né dans l’un des pays les plus libéraux de la planète. Dans l’antre des Gunners, les photos de Thierry Henry se disputent à celles de Ian Wright, Dennis Bergkamp ou Patrick Vieira. Mais celle qui revient le plus souvent n’est autre que celle du Professeur, son surnom outre Manche. Arsène Wenger a débarqué il y a presque vingt ans à Arsenal (1996), un club avec lequel il compte trois titres de champion d’Angleterre. à son arrivée, le Professeur a cassé l’image du club, dont le « kick and rush » (tape et cours !) était alors le credo. « Il a tout révolutionné, nous expliquait vendredi matin Kevin Wallace, reporter à Sky Sports. Il a changé les joueurs et tourné Arsenal vers un jeu offensif qui n’existait pas en Angleterre. Les autres équipes ont suivi. » Et le « kick and rush » qui hantaient jusque-là nos soirées Ligue des Champions a disparu de nos écrans télés…

Gare aux chevilles !

Drôle de mec, drôle de parcours que celui de ce gamin de Duttlenheim, microvillage de la banlieue de Strasbourg où ses parents tenaient un bar. « Il n’y a pas de meilleure éducation que de grandir dans un bistrot, explique-t-il en préambule. À 5 ou 6 ans, vous découvrez combien les adultes peuvent être cruels les uns envers les autres. Question tactique et sélection, j’ai appris de ces gens qui venaient dans le bistrot et parlaient tout le temps de football, de qui devait jouer sur l’aile gauche et de qui devait figurer dans l’équipe du village… » On savait l’homme mordu de foot, passionné de basket. On ne le connaissait pas féru de rugby. Wenger lève le voile. « L’essence même du collectif se trouve dans le rugby, dans la mesure où le degré de solidarité y est le plus fort. Que des hommes soient prêts à aller au combat, ensemble, à l’instant T, a toujours forcé mon admiration. Parce qu’il ne faut pas avoir peur des mots : le rugby est un combat, une guerre que l’on ne peut gagner seul et sans faire confiance à la force de l’autre. » Et dans le foot, alors ? « Au moment des phases finales de Premier League ou de Ligue des Champions, les mêmes joueurs font les mêmes différences. Au top niveau, dans les grands matchs, les individualités prennent le dessus. » Arsène Wenger, qui rêve d’assister au prochain France - Irlande, pourrait parler de rugby pendant des heures. Si clinique lorsqu’il évoque les choses du football, de l’éclosion de Martial à Manchester (« Monaco ne voulait vendre ni Martial ni Kurzawa et au final, les deux partent ! ») à ses retrouvailles avec Claudio Ranieri, le « Professeur » est comme habité d’une tendresse particulière, quand il parle de balle ovale. « Pour tout vous dire, j’aurais aimé être un ailier : marquer des essais, crocheter, dribbler ou me servir du pied pour contourner la défense. » Et les valeurs, alors ? « On a beaucoup à apprendre du comportement des rugbymen, notamment vis-à-vis des arbitres. En revanche, je m’érige contre l’idée selon laquelle le foot est un sport plus doux. En Angleterre, les chocs sont très violents. Les défenseurs jouent des épaules, des coudes et visent les tibias ; un tacle aux chevilles est particulièrement douloureux, croyez-moi. »

Lundi soir, le journaliste Christian Jeanpierre a conduit Arsène Wenger à Croydon, à l’autre bout de la mégalopole anglaise, afin que le coach des Gunners rencontre le « Goret », autre Frenchie passé par l’Angleterre. « Avec Philippe (Saint-André, N.D.L.R.), j’ai beaucoup échangé sur les problèmes que rencontre le rugby moderne. Son sport suit le chemin du football, d’un amateurisme pur vers un professionnalisme international, avec les problèmes qui s’y rapportent : les moyens financiers mis à disposition des clubs, les tiraillements entre Ligues et Fédérations, les différences d’organisation entre les pays du rugby. En Nouvelle-Zélande, les joueurs sont par exemple tous affiliés à la Fédé quand en Europe, les clubs ont le pouvoir. Tous ces problèmes qu’il rencontre aujourd’hui, je les ai connus par le passé. Tout ça a nourri notre conversation. » Et scellé une réelle complicité.

Anecdote

Le modèle de lancaster

Stuart Lancaster a été propulsé à la tête du XV de la Rose sans n’avoir jamais entraîné au plus haut niveau. Afin de combler ses carences, l’ancien prof de sports de Leeds s’est donc beaucoup inspiré du coach des Gunners. Il raconte : « Le jour où nous avons pris une rouste au pays de Galles (mars 2013, 30 à 3), je n’ai pas su comment réagir, au départ. Qu’allais-je dire à mes joueurs ? Fallait-il les punir, les humilier ? Puis j’ai repensé à cette phrase d’Arsène Wenger : « Le visage du coach est le reflet de la santé de son équipe. » Alors... » Avant d’affronter la presse, Stuart a rangé son regard noir, dégainé son plus beau sourire et fait face aux journalistes. Puis il a convoqué ses joueurs, pris la séance vidéo à rebrousse poil, soulignant la santé de sa mêlée fermée plutôt que la pauvreté de sa défense. Ses hommes l’ont cru. L’opinion aussi. Et tous ont accepté de le suivre, jusqu’au Mondial en cours.

Marc Duzan
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