Dernier debrief’ pour Lancaster

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    Dernier debrief’ pour Lancaster
Publié le , mis à jour

C’est dimanche matin que le sélectionneur du XV de la Rose a donné sa dernière conférence d’après-match, après l’élimination des siens face à l’Australie. Pour des propos à son image, davantage tournés vers le jeu que sur une émotion pourtant à fleur de peau. Classe.

Par Nicolas Zanardi, envoyé spécial

C’est un homme dévasté, les yeux cernés par une nuit sans sommeil, qui s’est présenté dimanche matin face à la presse en l’inhabituelle compagnie de Ian Ritchie, chef exécutif de la RFU. Stuart Lancaster, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’en a désormais plus que pour un match avant la fin de sa carrière de sélectionneur du XV de la Rose, et se trouve d’ores et déjà en course pour le titre de personne la plus détestée d’Angleterre, en concurrence frontale avec Chris Robshaw et Jack l’Éventreur. Encore que ce dernier a permis au pays des retombées économiques inespérées sur le long terme, dont Lancaster ne pourra malheureusement pas se targuer. Port de tête altier, voix douce, le sélectionneur du XV de la Rose a pourtant fait face aux inévitables questions des journalistes, une dernière fois. Calme, posé. Classe, en somme. « On peut contrôler des choses autour d’un match de rugby, mais pas toutes, avançait-il calmement, digne dans la défaite. J’ai revu le match contre l’Australie ce matin, et nous avons joué un bon rugby par moments. Mais clairement, nous n’étions pas prêts pour gagner cette rencontre face à une équipe des Wallabies qui était meilleure que nous. Nous ne perdons pas notre Coupe du monde sur ce match. »

Questions de pression

Les raisons ? Oh, elles sont multiples, entre le mauvais choix de Robshaw face au pays de Galles, cette indiscipline chronique qui permit à Dan Biggar voilà une semaine de faire oublier Leigh Halfpenny. Et surtout cette pression, cette intense pression, qui fit se réveiller à nos yeux d’observateurs le souvenir douloureux de l’équipe de France 2007, tétanisée par l’enjeu d’une Coupe du monde sur son sol. « C’est votre opinion, glissait Lancaster. À mon sens, je ne crois pas que nous ayons été paralysés par la pression face au pays de Galles ou à l’Australie. Celle subie par les joueurs avant le match d’ouverture face aux Fidji était déjà incroyable, mais ils ne s’en étaient pas si mal sortis que ça, puisqu’ils avaient récolté le bonus offensif dans les dernières minutes. Si je me souviens bien, nous avons aussi effectué 60 minutes de qualité face au pays de Galles. Et puis, tout s’est écroulé… »

Les maux du milieu de terrain

Difficile de ne pas voir, ici, une allusion à cet étrange coaching anglais qui avait consisté à sortir Sam Burgess pour le remplacer par George Ford, Owen Farrell glissant au centre. Un remplacement aux airs plus politiques que sportifs, les journaux anglais ne s’étant pas privés de l’analyser comme une volonté de Lancaster de remettre son protégé George Ford sur le terrain tout en ménageant la susceptibilité d’Andy Farrell, entraîneur de la défense mais aussi père d’Owen. Le hic ? C’est qu’à deux reprises, ce coaching eut des conséquences catastrophiques. C’est en effet une montée en pointe malvenue de Farrell qui permit aux Gallois de trouver l’espace amenant l’essai de la gagne de Gareth Davies, et surtout un plaquage à l’épaule sur Giteau qui lui valut un carton jaune à la 70e, en plein-temps fort anglais, alors que son équipe était revenue à 7 points des Australiens. Une faute hautement symbolique des errements d’un staff puisque, sur le coup, Sam Burgess aurait pu être sanctionné de la même manière… « Franchement, je n’ai pas de regrets par rapport à ce choix-là, assumait encore Lancaster. Depuis le début de mon mandat, le milieu de terrain a été un fil rouge de problèmes, entre suspensions et blessures, qui s’est accentué lors de notre tournée de l’été dernier en Nouvelle-Zélande… Les décisions sont prises collectivement par le staff mais relèvent de ma responsabilité. Au sein du staff, il n’y a pas eu de division concernant ce sujet. » Pas de division, mais un échec. Lequel va valoir à Stuart Lancaster de disputer son dernier match samedi prochain à Manchester, presque sur ses terres du Nord. Drôle de symbole…

Nicolas Zanardi
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