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    « Mon rêve ? Rejouer un jour une finale à Wembley »
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Compétitions

« Mon rêve ? Rejouer un jour une finale à Wembley »

Bernard Guasch – Président des Dragons catalans A la tête du club qu’il a fondé (l’UTC en 2000, devenu la franchise des Dragons catalans en 2006) depuis bientôt seize ans, l’homme d’affaire catalan, passionné et passionnant, revient sur la décennie passée par son équipe en Super League.

L’entretien

Lorsque vous avez obtenu la première intégration des Dragons catalans en Super League pour la saison 2006 (ticket de trois ans), qu’avez-vous ressenti ?

Cela a été une surprise générale ! Car à l’époque dans les années 2000, Toulouse dominait le championnat. Ils avaient préparé un dossier depuis deux ou trois ans, puisqu’on parlait à l’époque de l’intégration d’une équipe française en Super League. Toulouse, 4e ou 5e métropole, était donc prêt. Là où nous avions réuni depuis quelques années le XIII catalan et Saint-Estève (Union treiziste catalane), deux clubs qui n’étaient pas au mieux. On en était encore aux prémices et nous pensions donc, qu’on serait peut-être le deuxième club à jouer en Super League, surement pas le premier. Mais pendant six mois, nous avons travaillé d’arrache-pied pour mettre en place le meilleur business plan possible, en faisant valoir les couleurs catalanes et notre situation géographique privilégiée. Mêlant ainsi au sportif, les côtés loisir et plaisir, dont les Anglais sont friands. Et huit jours après le rendu des copies, on m’a appelé pour me dire : « ce sera les Catalans (qui deviendront les Dragons en 2006). » J’ai été stupéfié. Ce fut à la fois une immense joie et une grande peur, car on pensait avoir quelques années pour nous préparer et nous étions finalement mis face au fait accompli.

En quoi avez-vous vu changer le club durant ces années ?

Ce n’est pas compliqué… On est parti en 2006 d’un budget qui tournait autour de 2 ou 2, 5 millions et aujourd’hui, nous sommes à plus de 10 millions d’euros après dix saisons. L’évolution est là résumée. Le club a changé de dimension.

Sur le plan sportif, si vous deviez évoquer vos plus beaux souvenirs, quels seraient-ils ?

La finale de la Cup à Wembley en août 2007 (perdue 30 à 8 contre Saint-Helens) est le fait le plus marquant de ces dix ans. Ce fut un moment extraordinaire à vivre ! Ensuite nous avons aussi fait deux demi-finales de Super League (2009 et 2014, face à Saint-Helens) où nous passons très près, surtout contre Leeds (en 2009, défaite 20-27). Je retiendrai aussi les matchs délocalisés à Barcelone ou Montpellier. De belles fêtes.

« Jouer à Wembley, c’est magique ! »

Quel est le match qui vous a fait le plus vibrer ?

C’est encore cette finale qui me revient à l’esprit. Jouer à Wembley, c’est magique ! Même si nous n’avions tenu qu’une mi-temps car il y avait eu une ou deux décisions arbitrales difficiles contre nous et qu’on s’était effondré durant vingt minutes. Après, le match le plus abouti que j’ai pu voir de mon équipe date de cette année, lors de la victoire à Brutus contre Wigan (58-16).

Au contraire, le plus mauvais moment que vous gardez à l’esprit…

Le deuxième match de l’histoire des Dragons en Super League. Nous avions gagné le premier au stade Aimé-Giral le 12 février 2006 face à Wigan et on se déplaçait la semaine d’après à Salford. Et ce jour-là, après vingt minutes de jeu, Stacey Jones se casse le bras. J’ai alors compris que la saison était foutue pour nous. Et au final, nous terminons l’année à la dernière place du classement…

Parlez-nous des joueurs qui vous ont le plus marqué ?

Stacey Jones, bien entendu. C’est le joueur qui a marqué l’histoire des Dragons. Après, il y a des éléments comme Clint Greenshields ou Greg Bird, qui a lui laissé un souvenir inoubliable au club en six mois. Scott Dureau fait partie de ces joueurs, car il a été le meilleur demi de mêlée du championnat durant deux saisons. Il y a aussi Steve Menzies qui a passé deux ans chez nous. C’est un surhomme ! Et certains Français, Jérôme Guisset, Greg Mounis et Thomas Bosc, ont eux aussi été très importants durant ces dix ans. Voilà les grands joueurs qui m’ont marqué et j’en oublie certainement d’autres.

Certains vous ont-ils déçu ?

Naturellement. Mais cela, on ne les cite pas. Il y a eu tellement de bons moments et de belles découvertes, qu’on fait en sorte de ne garder que cela à l’esprit. Heureusement d’ailleurs, car il est très difficile de gérer aujourd’hui un club sportif… Et tous ces faits positifs nous font avancer

« Cela me fait vraiment chaud au cœur de voir des gens désormais revendiquer leur passion pour le XIII »

Les entraîneurs ou le coach, dont vous garderez un souvenir impérissable ?

Il n’y en a eu que quatre en dix ans : Mick Potter, Kevin Walters, Trent Robinson et Laurent Frayssinous. Ils furent quatre très grands entraîneurs, avec chacun leur particularité. Mais c’est vrai que Trent Robinson, du fait de son jeune âge et de son manque d’expérience qui auraient pu être préjudiciables, m’a énormément bluffé dans le bon sens du terme.

Votre plus grande fierté ?

C’est lorsqu’aujourd’hui, je m’aperçois que de plus en plus de gens sont fiers et heureux d’être treizistes. J’ai connu il y a une vingtaine d’années, une période où les passionnés de rugby à treize n’osaient pas dire qu’ils étaient treizistes ou que leur père et grand-père l’étaient avant eux. Et cela me fait vraiment chaud au cœur de les voir désormais revendiquer leur passion !

Vos regrets ?

Nous en avons toujours et j’en ai encore qui trottent dans ma tête. Mais je fais en sorte de vite les oublier ou les mettre de côté, car je ne suis pas quelqu’un qui regarde en arrière. Je préfère me dire que si les choses ont été faites comme cela, c’est que cela devait arriver ainsi.

« Je pense en toute modestie, qu’on a réalisé le plus beau recrutement de notre histoire. »

Quel regard portez-vous sur la 7e place décrochée par l’équipe cette saison, loin des objectifs très ambitieux annoncés ?

C’est une déception. Je suis énormément frustré et honnêtement, ce fut une des saisons les plus difficiles et longues que j’ai connues et il me tardait vraiment qu’elle se termine. J’avais émis de hautes ambitions et malheureusement, rien ne s’est déroulé comme je l’espérais. Bien entendu, le sport est souvent comme ça, mais je pense qu’en dix mois, nous avons vécu toutes les choses négatives qui peuvent se passer en plusieurs saisons. Je souhaite donc qu’on ait connu tous nos pépins cette année…

Pourquoi vos joueurs ne parviennent-ils pas à se libérer à l’extérieur et comment ont-ils pu être autant blessés ?

Nous n’avons jamais pu constituer à l’extérieur, des équipes fortes mentalement. Chose qu’on a fait à Brutus. On a toujours dû aligner des groupes amoindris en déplacement et cela a fait la différence dans une compétition très exigeante. Au sujet des blessures, j’espère qu’on aura eu notre lot cette année ! Après je ne suis pas médecin et je ne peux donc pas les expliquer. Cela varie chaque année. Mais c’est vrai qu’on n’avait jamais connu en dix ans, une série de graves blessures aussi importante.

Pensez-vous avoir réalisé pour la saison prochaine, le recrutement le plus ambitieux de l’histoire des Dragons ?

C’est ce que je pensais l’an dernier (sourire). Après, compte tenu du grand nombre de joueurs de qualité qui partaient, il ne fallait pas se louper cette année. J’avais mis énormément de pression sur les épaules de Laurent Frayssinous et je pense qu’il a bien œuvré pour faire les bons choix. Alors, même si je reste un peu plus prudent dans mes dires que l’année passée, je pense en toute modestie, qu’on a réalisé le plus beau recrutement de notre histoire.

Plusieurs joueurs vont-vous quitter comme vous le précisez… Lequel regretterez-vous le plus ?

Eliott Whitehead. C’est un joueur extraordinaire. En deux ans et demi chez nous, je crois qu’il a manqué un seul match et n’a jamais été blessé. Il n’a jamais réalisé un mauvais match ou créé un problème sur ou en dehors du terrain. C’est un garçon attachant et exemplaire que je vais regretter. Mais je suis aussi très heureux qu’il puisse évoluer en NRL en Australie. Avec cependant, un accord passé entre nous deux : qu’il vienne terminer sa carrière aux Dragons. Whitehead, voilà un futur très grand joueur !

« L’objectif pour la saison prochaine sera de rentrer dans le quatuor de tête pour jouer les phases finales et pourquoi ne pas disputer une autre finale. »

Quels seront vos objectifs pour la saison prochaine ?

Je vais dire à nouveau ce que j’avais déjà énoncé l’année dernière. L’objectif pour la saison prochaine sera de rentrer dans le quatuor de tête pour jouer les phases finales et pourquoi ne pas disputer une autre finale. Malgré tous nos malheurs cette année, nous ne passons pas très loin de revenir à Wembley. Le tournant de la saison est à mon sens ce quart de finale de la Cup à Hull K.R, où s’est fait voler le match ! Il y a un mois et demi de ça, Steve Ganson, le patron des arbitres de Super League, nous a tout de même certifiés que les trois premiers essais adverses étaient non-valables… Je pense donc que nous méritions de faire la finale de la Cup, car derrière, Hull K.R a battu Warrington qui était totalement à côté de la plaque ce jour-là. Et en finale, je pense qu’on aurait été un meilleur adversaire pour Leeds que ce que n’a été Hull K.R. Alors, rejouer une finale à Wembley, est toujours un rêve pour moi.

Imaginez-vous toujours être président pour fêter en 2025, les vingt ans des Dragons catalans en Super League ?

Non, car à un moment donné, il faut savoir passer la main. Je suis déjà usé après bientôt seize années à la tête du club. Et je ne suis pas le seul, puisque nous sommes sept membres fondateurs de l’UTC en 2000, toujours présents au conseil d’administration, à être fatigués. Si bien, que nous réfléchissons depuis quelques semaines à l’avenir du club. Il faut à tout prix que dans les deux ou trois années à venir, nous intégrions dans le conseil d’administration, de nouveaux jeunes dirigeants, qui vont nous suppléer, pour apporter leur dynamisme et leurs nouvelles ambitions. Propos recueillis par Julien LOUIS

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